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Chroniques · Opinion
Elissa Steamer : ses plus gros chèques venaient d’un jeu vidéo, pas de ses planches — comment ?
En 1999, Elissa Steamer est la seule femme des dix pros de Tony Hawk's Pro Skater. Son plus gros chèque viendra du jeu, pas de ses boards. Voici comment.
En 2014, Elissa Steamer lâche au micro un aveu que peu de pros feraient : ses plus gros chèques de carrière ne sont pas venus de ses planches. Ils sont venus d’un jeu vidéo. Andrew Reynolds, qui était dans le même jeu, parle d’un seul chèque d’environ 190 000 dollars.

Ce jeu, c’est Tony Hawk’s Pro Skater, sorti sur PlayStation le 29 septembre 1999. Dix pros au casting, une seule femme. Reste une question que personne ne pose : comment une skateuse de Fort Myers a gagné plus avec une manette qu’avec vingt ans de boards à son nom ?
Dans cet article 7 parties
- Fort Myers, 1996 : Toy Machine et une VX1000 dans le salon
- Activision, 1998 : le chèque que Tony Hawk a refusé
- Dix pros, une seule fille : pourquoi Steamer en 1999
- Le chèque à 190 000 dollars, et la porte qui se referme
- Bootleg, Zero, quatre médailles d’or : ce que le jeu a changé…
- Activision, Neversoft et le skate dans le salon
- Verdict : pourquoi un jeu a payé plus que ses planches
Fort Myers, 1996 : Toy Machine et une VX1000 dans le salon
Elissa Steamer naît en 1975 à Fort Myers, en Floride, et commence le skate en 1989 sur un petit park municipal de Grand Avenue. En 1995, Lance Mountain lui envoie déjà des planches. Mais son premier vrai sponsor, c’est Toy Machine, la marque d’Ed Templeton, et c’est Chad Muska qui lui ouvre la porte.
En 1996, Jamie Thomas s’installe chez elle à Fort Myers pour filmer sa part de Welcome to Hell – 1996. Tu connais la suite : la première part féminine qui compte dans une vidéo street, racontée dans notre portrait d’Elissa Steamer et dans la chronique des 30 ans de Welcome to Hell. Elle passe pro en 1998.
Côté argent, le modèle est simple. Une pro touche une royalty sur chaque planche vendue à son nom. Pas de prime de contest à espérer : la catégorie street féminine n’arrivera aux X Games qu’en 2004.
Activision, 1998 : le chèque que Tony Hawk a refusé
En septembre 1998, Activision, qui fait développer son jeu de skate par le studio Neversoft, contacte Tony Hawk. Sur la table, un chèque unique pour utiliser son nom et son visage pour toujours.
Hawk dit non. Il réclame un pourcentage sur chaque copie vendue. Dans son livre How Did I Get Here – 2010, il raconte qu’en deux ans, il a touché dix fois l’offre de départ.

Dix pros, une seule fille : pourquoi Steamer en 1999
Hawk choisit lui-même les autres pros du jeu. Ses critères, d’après son livre : le niveau, la personnalité et la diversité. Chacun reçoit une part des royalties, choisit ses fringues et ses tricks spéciaux.
Au final : Bob Burnquist, Kareem Campbell, Rune Glifberg, Tony Hawk, Bucky Lasek, Chad Muska, Andrew Reynolds, Geoff Rowley, Jamie Thomas et Elissa Steamer. Regarde bien. Muska et Thomas, ce sont les deux mecs de Toy Machine qui l’ont fait entrer dans la marque et filmée trois ans plus tôt.
Chacun y trouve son compte. Activision veut un casting crédible pour les skateurs qui achètent la PlayStation. Steamer, elle, gagne une vitrine que jamais une VHS ne lui donnera : la chambre de millions de gamins.

Le chèque à 190 000 dollars, et la porte qui se referme
En septembre 2014, Andrew Reynolds raconte la scène au magazine Jenkem. Sur le premier jeu, tous les pros touchent des royalties sur le nombre de copies vendues. Et un jour arrive un chèque d’environ 190 000 dollars. Ils se marrent, ils n’y croient pas.
J’adore qu’Elissa Steamer ait touché 190 000 dollars elle aussi. C’est mon passage préféré. — Andrew Reynolds, Jenkem – 2014
Puis la fenêtre se ferme. Selon Reynolds, un pro dont il ignore le nom passe dans les bureaux et propose d’être dans le jeu gratuitement. La direction comprend vite. Pour les épisodes suivants, plus de royalties : un forfait, « 10 000 dollars ou quelque chose comme ça ».

Bootleg, Zero, quatre médailles d’or : ce que le jeu a changé pour elle
Le jeu cartonne. Fin décembre 1999, 350 000 copies sont déjà livrées aux magasins américains. En 2001, il en est à 3,5 millions selon Wired. Reynolds le dit sans détour : à une époque, un quart des gamins en démo lui parlaient du jeu, pas de sa dernière part vidéo.
Pour Steamer, c’est pareil. Le jeu la met entre les mains de gamins qui n’ont jamais vu une VHS de Toy Machine. Elle reste dans les cinq premiers épisodes puis dans le remake de 2020. Sur les planches, sa meilleure royalty tombe pendant Bootleg, la petite marque née chez Baker, autour de Reynolds et d’Erik Ellington. Bootleg s’arrête après Bootleg 3000 – 2003. Elle repart avec trois mois de paie.

En juin 2006, Jamie Thomas la fait entrer chez Zero. Aux X Games, elle prend l’or en street en 2004, 2005, 2006 et 2008, l’argent en 2007. En 2015, elle entre au Skateboarding Hall of Fame.
Activision, Neversoft et le skate dans le salon
Pour Activision, le pari rapporte une franchise : Neversoft enchaîne une suite par an jusqu’en 2007. The Guardian résume l’effet en 2020 : le jeu a fait découvrir le skate à toute une génération, marques et noms de tricks compris.
Pour les pros, le marché change de règle. Le premier jeu paie au volume. Les suivants paient au forfait, parce qu’un rider a accepté de venir gratis. Leçon de deal au passage : la visibilité, ça se monnaie tant que personne ne la brade.
Verdict : pourquoi un jeu a payé plus que ses planches
La réponse tient en trois choses. Un contrat d’abord : Tony Hawk refuse le chèque unique et impose un pourcentage par copie vendue, et ce modèle s’étend aux neuf autres pros du premier jeu. Un volume ensuite : 3,5 millions de copies en deux ans, contre une royalty de planche qui dépend de ce que vendent les shops. Un timing enfin : le pourcentage n’a existé que sur le premier épisode, avant le passage au forfait.
Steamer était dans la seule fenêtre où un jeu vidéo payait les skateurs comme des stars. Elle l’a dit elle-même : ses plus gros chèques venaient des royalties du jeu. Le gros gagnant reste Activision, qui a bâti une franchise. Mais pour une skateuse qui n’avait pas encore de catégorie aux X Games, c’est le jeu qui a payé ce que le marché des planches ne payait pas.
Pour aller plus loin sur l’homme derrière le contrat, la fiche de Tony Hawk retrace son parcours. Et l’interview complète de Reynolds est à lire sur Jenkem.
Toi, tu prenais qui dans le premier Tony Hawk’s Pro Skater, et est-ce que tu savais qu’Elissa Steamer y était la seule fille ? Dis-le en commentaire ↓
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