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38 secondes de galère à New York : pourquoi le clip raté de Red Bull Skateboarding parle plus qu’un trick posé ?

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38 secondes de galère à New York : pourquoi le clip raté de Red Bull Skateboarding parle plus qu’un trick posé ?

38 secondes de galère postées par Red Bull à New York, et une question : pourquoi un raté parle plus qu'un trick posé ? Hawk, Jamie Thomas, Boulala et Jaws répondent.

11 octobre 2026 · 8 min de lecture

Faits sourcés, ligne street 1990-2005.

Une signature collective : chaque date, chiffre ou citation a une source. Une erreur ? On corrige. Qui écrit NOSK8

Un park new-yorkais, des arbres, un bloc de béton. Un rider en casquette Red Bull jette sa planche, souffle « I’m so over it » et repart pour un essai de plus. Le 24 septembre 2026, Red Bull Skateboarding a posté ces 38 secondes sur TikTok avec une seule légende : « the frustration is real ». Deux semaines plus tard, le clip dépasse les 13 000 vues.

Pas de trick posé en slow motion. Pas de musique épique. Juste un mec qui galère, qui accuse ses trucks et qui annonce « last try, guys » comme tout le monde l’a déjà fait. Une marque qui a bâti son image sur l’exploit pur montre l’inverse. La question mérite d’être posée : pourquoi ce genre de clip raté parle plus qu’un trick parfait ?

« I’m so over it » : ce que montrent les 38 secondes de Red Bull Skateboarding à New York

Le clip tient en trois répliques. « I’m so over it » au début, quand la planche part encore toute seule. Puis le diagnostic que chaque skateur a déjà sorti : « What I really need to do is tighten up my trucks. I think it’s gonna help. » Il faut serrer les trucks, ça va aider. Et enfin la phrase sacrée : « Last try, guys. »

Si tu as déjà passé une session entière sur un seul trick, tu connais la suite. Le dernier essai n’est jamais le dernier. Le réglage des trucks change rarement quelque chose, et on a d’ailleurs un article entier sur ce réglage pour le prouver. Mais ça rassure. Ça donne une raison de recommencer.

Frustration skate à New York : skateurs de rue qui regardent un contest au Harold Hunter Park, Manhattan
À New York, on rate devant tout le monde : au Harold Hunter Park, le public est assis à deux mètres du béton. Photo : Kurt Boone — CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

Ce qui frappe, c’est le décor. Un park public de New York, des promeneurs, un chien en arrière-plan. À New York, tu ne galères jamais seul. Le béton est partagé, le public est là, et chaque chute se fait sous les yeux de quelqu’un. Tyshawn Jones, né à Manhattan et élevé entre le New Jersey et le Bronx, a grandi dans ce genre de décor avant de devenir deux fois Skater of the Year chez Thrasher, en 2018 et en 2022.

Le clip ne nomme aucun rider dans sa légende. Il n’en a pas besoin. Le sujet, c’est la galère elle-même.

Le dernier essai n’est jamais le dernier. C’est même pour ça qu’on l’annonce à voix haute. — Toutes les sessions du monde

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27 juin 1999 : Tony Hawk tombe onze fois avant le premier 900

Un des moments les plus célèbres de l’histoire du skate est une séance de galère filmée en direct. Le 27 juin 1999, aux X Games, Tony Hawk tente le 900, deux tours et demi en l’air. Il le pose au douzième essai. Onze fois avant, il est tombé devant les caméras et la foule.

Tony Hawk pose le premier 900 aux X Games 1999

Regarde la vidéo une fois en comptant les chutes plutôt que le trick. Chaque chute fait monter la tension d’un cran. Quand il pose enfin, sa phrase est restée : « This is the best day of my life. » Le meilleur jour de sa vie, après onze ratés en public.

Tony Hawk en air au-dessus du bowl de Lake Cunningham, treize ans après ses 12 essais pour le 900
Tony Hawk à Lake Cunningham, San José, en 2012 : le même gars qui avait mis douze essais à poser le 900 de 1999. Photo : Victor Solanoy — CC BY 2.0, via Wikimedia Commons

Sans les onze chutes, le 900 aurait été un bon trick. Avec elles, c’est devenu une histoire. Le public n’a pas seulement vu un exploit, il a vécu l’attente. C’est exactement la mécanique du clip de Red Bull, en version stade. Tu retrouves d’ailleurs tout le parcours du Birdman sur sa fiche rider.

Point Loma, 1997 : le trick jamais posé de Jamie Thomas

Certaines galères ne finissent jamais par un landing. Et elles deviennent quand même mythiques. Jamie Thomas, qui fête ses 52 ans ce 11 octobre, en est la preuve. Dans Thrill of It All – 1997, la vidéo de Zero, il tente un ollie melon par-dessus la rampe d’escalier du lycée Point Loma, à San Diego. Le spot, un drop de 27 marches, prendra le nom de « Leap of Faith ».

Il ne pose pas le trick. Il retombe sans se blesser, mais sa planche casse net à l’impact. Le clip entre quand même dans la vidéo, et il fait sa réputation. D’autres essaient après lui, dont Richard King, sans plus de succès. Plusieurs y laissent une cheville ou une jambe. En 2005, le lycée construit un ascenseur à l’endroit même du drop.

Leap of Faith de Point Loma : 27 marches, le trick jamais posé de Jamie Thomas en 1997
Le Leap of Faith, 27 marches au lycée Point Loma de San Diego : Jamie Thomas le tente dans Thrill of It All – 1997, et personne ne le pose après lui. Source : Wikipedia — Point Loma High School (encart NOSK8)

Thomas avait lancé Zero en 1996, un an plus tôt. La marque a fêté ses 30 ans avec cette image collée à la peau : un mec qui tente l’impossible et qui assume l’échec à l’écran.

Ferme les yeux deux secondes. Le claquement sec d’une planche qui casse en deux sur le béton. Le silence d’une seconde, puis les rires nerveux des potes. Le grip qui pend, les deux morceaux que tu ramasses quand même. Ce son-là, tous ceux qui ont skaté le connaissent. Aucun montage ne le rend aussi bien qu’un vrai raté.

Jamie Thomas n’a jamais posé le Leap of Faith. C’est pourtant l’image qu’on garde de lui. — La légende du raté

Lyon 25 : de Boulala en 2002 à Jaws en 2016, quatorze ans de bataille

De l’autre côté de l’Atlantique, Lyon a son propre mur. Vingt-cinq marches, environ 4,50 mètres de haut pour 6,70 mètres de long. Le Suédois Ali Boulala le rend célèbre dans Sorry – 2002, la vidéo de Flip. Il le tente, il ne le pose jamais. Mais le clip suffit à graver les marches dans la mémoire du skate.

Aaron « Jaws » Homoki s’y attaque en 2015. Il se déchire un ligament du genou. Il revient quand même, son père et Boulala sur place, et pose un melon grab sur le Lyon 25. La photo fait la couverture de Thrasher en mars 2016. Dans Thrasher, Jaws a choisi la part de Boulala dans Sorry comme sa part « classic ».

Jaws vs the Lyon 25

Le film de Thrasher prend son temps sur les tentatives. On y voit le genou, la peur et l’hésitation au bord des marches. Le landing arrive à la fin, et il ne vaut quelque chose que parce que tu as vu tout ce qui précède. Une galère qui commence par un genou en vrac.

Lizzie Armanto en invert sur la rampe Birdhouse à Copenhague, avant de devenir la première femme à boucler la Loop
Lizzie Armanto avec la team Birdhouse à Copenhague, en 2015. Trois ans plus tard, elle devient la première femme à boucler la Loop. Photo : Stig Nygaard — CC BY 2.0, via Wikimedia Commons

Même team que Jaws à l’époque, même logique. En 2018, Lizzie Armanto devient la première skateuse à boucler la Loop, une rampe à 360 degrés. Ce qu’on retient, c’est le tour complet. Jamais le chemin pour y arriver.

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Alors, pourquoi ce clip raté parle plus qu’un trick posé ?

Parce que le raté, c’est la seule partie du skate que tout le monde a vécue. Personne ne fait le 900 ni le Lyon 25. Tout le monde a déjà dit « dernier essai » trois fois de suite, et tout le monde a déjà accusé ses trucks. Le trick parfait, tu le regardes. La galère, tu la reconnais.

Les plus grands moments de l’histoire le prouvent. Le 900 de Hawk vaut par ses onze chutes. Le Leap of Faith de Thomas et le Lyon 25 de Boulala sont devenus cultes sans jamais être posés. Le melon de Jaws pèse lourd parce qu’il arrive après un genou déchiré sur les mêmes marches.

Skateurs autour de la fontaine de Washington Square Park à New York, le même béton pour les pros et pour toi
Washington Square Park, Manhattan, avril 2026 : le même béton, les mêmes essais ratés, pros ou pas. Photo : Christian David — CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

Voilà la réponse, nette : le clip de Red Bull marche parce qu’il montre ce que les parts coupent au montage. Ce que la vidéo finale efface, c’est justement ce qui rend le trick crédible. Et 38 secondes de frustration à New York te rappellent que les pros galèrent comme toi, sur le même béton, avec les mêmes excuses.

Aujourd’hui, les marques le savent. Red Bull poste ses ratés, Thrasher filme les tentatives de Jaws en entier. Le raté n’est plus coupé, il est devenu un contenu. Tant que ça reste vrai, tant que la planche tombe pour de vrai et que le « last try » n’est pas joué, c’est une bonne nouvelle. Ça ressemble enfin à une vraie session.

Ton record de « dernier essai » sur un seul trick, c’est combien, et sur quel trick ? Dis-le en commentaire ↓

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Le lexique

  1. 1

    900

    Deux tours et demi en l'air sur une rampe verticale. Tony Hawk est le premier à le poser, en 1999.

  2. 2

    Melon grab

    Grab où la main arrière attrape la planche côté talons, entre les pieds.

  3. 3

    Loop

    Rampe en boucle complète à 360 degrés : le skateur passe la tête en bas au sommet.

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