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42 ans sous contrat : comment Mark Gonzales garde un sponsor aussi longtemps ?

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42 ans sous contrat : comment Mark Gonzales garde un sponsor aussi longtemps ?

De la couverture Thrasher de 1984 à Krooked et adidas, Mark Gonzales n'a jamais été sans sponsor. Il a pourtant claqué la porte de Vision et de Blind au bout de quatre ans. Ce qui le retient tient en une ligne.

22 octobre 2026 · 7 min de lecture

Faits sourcés, ligne street 1990-2005.

Une signature collective : chaque date, chiffre ou citation a une source. Une erreur ? On corrige. Qui écrit NOSK8

Novembre 1984. Un gamin de seize ans fait la couverture de Thrasher en beanplant, une planche Alva sous les pieds. Il s’appelle Mark Gonzales. Quarante-deux ans plus tard, son nom est toujours imprimé sur une planche et sur une chaussure. On a déjà raconté son ollie de Wallenberg en 1991. Ici, une autre question : celle de l’argent.

À voir Krooked — Pure Evil (Thrasher Magazine)

Krooked — Pure Evil (Thrasher Magazine)

Dans un milieu où un pro change de board sponsor tous les trois ou quatre ans, c’est une anomalie. Les marques ont été vendues, rachetées, rangées dans des catalogues de licences. Gonz, lui, est toujours là. Alors comment on dure autant, et qu’est-ce que ça coûte quand on s’en va ?

Thrasher 1984 : un môme de South Gate et une planche Alva

Au départ, rien de très business. Gonz grandit à South Gate, au sud de Los Angeles. Il pose le pied sur la planche de son cousin à huit ans. À quinze, il croise Tommy Guerrero et Natas Kaupas, qui sortent eux aussi les figures des rampes pour les poser dans la rue. Personne n’appelle encore ça du street.

La couverture de 1984 change la donne. Un sponsor, une photo en kiosque, et soudain le gamin a une valeur. Premier contrat implicite de sa vie : tu skates, on te fournit, on te met en avant. Ce deal-là, il le signera encore et encore pendant quatre décennies.

Vision, 1985 : le premier pro model

Planche Gonz de 1988 montée en trucks Venture et rails Schmitt Stix, l'époque du premier pro model chez Vision
Planche Gonz Vision · Salt Lake City, 1988 · Jared Eberhardt, CC BY-SA 2.0

Juste après la couverture, Gonz rejoint Vision. En mai 1985, il dispute son premier contest en pro, le Sacto Streetstyle, à Sacramento. Vision sort son pro model dans la foulée.

Les termes chiffrés de ce contrat n’ont jamais été rendus publics, et on ne va pas en inventer. Ce qui est connu suffit : un nom sur une planche, et une marque qui monte sur le dos de ses riders. Vision lance Vision Street Wear, des fringues puis des chaussures.

En clair, Vision vend un style, et le style, c’est Gonz qui le fournit. En 1986, il ollie le gap d’Embarcadero qui portera son nom. La même année, avec Natas, il est le premier à skater un handrail. Le street naît sous ses pieds, avec un logo Vision collé dessous.

À lire aussi : 1993, une VHS, un Anglais de 16 ans : comment Tom Penny a-t-il fait changer de style tous les pros américains en six mois ?

1989 : Blind, un nom choisi pour piquer Vision

Figurines Devil Man et Flameboy de World Industries, la maison de Steve Rocco où Blind est née en 1989
Devil Man, mascotte de World Industries, la maison mère de Blind · lydia_shiningbrightly, CC BY 2.0

En 1989, Gonz s’en va. Il cofonde Blind avec Steve Rocco, sous le parapluie de World Industries. Le nom n’a rien d’un hasard : Vision, la vue, et Blind, l’aveugle. C’est une pique adressée à son ancien employeur, assumée comme telle.

Pourquoi partir ? Parce que Gonz est devenu le produit. Chez Vision, il fait vendre et ne décide de rien. Chez Blind, il dessine le logo, celui qu’on voit encore aujourd’hui. Jason Lee arrive juste derrière lui, puis Rudy Johnson et Guy Mariano.

En 1991, Spike Jonze filme Video Days, souvent citée comme la vidéo de skate la plus importante de l’histoire. Au début des années 90, Blind devient une des plus grosses marques de planches du monde.

1993 : l’année où tout le monde quitte Blind

Dessin signé Mark Gonzales en 2000, le graphisme qu'il a emporté de Vision à Blind puis Krooked
« Life in Heaven », dessin de Mark Gonzales (2000), expo à Torrance · Jared Eberhardt, CC BY-SA 2.0

Quatre ans après l’avoir lancée, Gonz quitte Blind en 1993. Wikipédia résume ça en une phrase sèche : il part sur des frustrations proches de celles qu’il avait connues chez Vision. Il enchaîne avec ses propres marques, ATM Click puis 60/40 avec Ron Chatman.

La même année, il crée la polémique. Il reprend un graphisme dessiné pour un de ses pro models Vision et le colle sur une planche ATM Click. Le message est clair : le dessin est à lui, peu importe le logo qui l’a payé à l’époque.

Blind, elle, paie l’addition. Fin 1993, Rudy Johnson, Guy Mariano, Tim Gavin et Jeron Wilson partent chez Girl, qui vient de naître. Jason Lee lance Stereo. En quelques mois, la marque perd son fondateur et la moitié de la bande de Video Days.

Deluxe, puis Krooked en 2002 : la maison qu’il ne quitte plus

Après les marques perso, Gonz pose ses valises chez Deluxe, à San Francisco. Il skate pour Real, la marque de Tommy Guerrero et Jim Thiebaud, avec des parts dans Kicked Out of Everywhere, Non-Fiction et Real to Reel.

En 2002, il lance Krooked, toujours avec Deluxe. Cette fois, le montage est différent. Gonz est directeur artistique et il dessine l’essentiel des graphismes, des pubs et des visuels de la marque. Il n’est plus le visage d’une marque possédée par d’autres. La marque, c’est son trait.

Vingt-quatre ans plus tard, Krooked tourne toujours chez Deluxe. C’est la plus longue relation de board de toute sa carrière. Et ce n’est pas un hasard qu’elle coïncide avec la seule où il tient le crayon.

À lire aussi : Mark Gonzales à Wallenberg en 1991

adidas, quinze ans en 2013 : payer une signature, pas un palmarès

Côté chaussures, l’histoire est encore plus longue. En 2013, la page team d’adidas Skateboarding le présente avec une phrase qui fait office de contrat : « Fifteen years on adidas ». Quinze ans, donc une arrivée autour de 1998. Et il est toujours à l’image chez adidas dans les années 2020.

La même fiche le donne vivant entre Paris et New York, sponsorisé par adidas, Krooked, Fourstar, Spitfire et Independent. L’interview qui suit vaut tous les communiqués. Quelles adidas il porte ? « What is free is good », ce qui est gratuit est bien. Une paire dure environ une semaine, et il n’a souvent pas de planche sur lui. Chez un autre, ça passerait pour du je-m’en-foutisme. Chez lui, c’est la marque.

adidas n’achète pas des résultats en contest. La marque achète l’homme que Transworld a classé skateur le plus influent de tous les temps en décembre 2011, devant Tony Hawk et Rodney Mullen.

Pendant ce temps, les marques qu’il a quittées ont changé de mains. Vision a été vendue, puis ses droits de licence revendus. Blind appartient aujourd’hui à Dwindle Distribution. Le logo dessiné par Gonz y est toujours, lui n’y est plus depuis plus de trente ans.

42 ans plus tard : pourquoi Gonz reste et pourquoi il part

Dessins de Mark Gonzales tatoués sur un bras en Utah, la fidélité qui explique ses 42 ans de sponsors
Personnages de Gonz tatoués sur un bras, Utah · Jared Eberhardt, CC BY-SA 2.0

Pose les dates les unes à côté des autres. Vision, de 1985 à 1989 : quatre ans. Blind, de 1989 à 1993 : quatre ans. Krooked, depuis 2002 : vingt-quatre ans. adidas, depuis la fin des années 90 : près de trente ans. Le motif saute aux yeux.

Voilà la réponse. Gonz garde un sponsor aussi longtemps à une condition : que la marque lui laisse ce qu’il vend, c’est-à-dire son trait et sa liberté. Chez Krooked, il possède le dessin. Chez adidas, on paye une signature, pas un podium, et personne ne lui demande de se tenir à carreau. Partout où il n’était qu’un rider dans la maison des autres, il est parti au bout de quatre ans.

Et partir coûte, des deux côtés. Pour lui, c’est repartir de zéro, monter ATM Click, 60/40, se battre pour un graphisme qu’il considère comme le sien. Pour la marque, c’est pire. Blind a perdu son fondateur, puis sa bande. Un rider qui dessine sa propre marque, on ne le remplace pas.

Ce qui reste, tu le vois dans n’importe quel shop : un deck Krooked avec ses bonshommes tordus au mur, une paire adidas dans le rayon, le même nom sur les deux. Le skate connaît l’autre école, celle du gros transfert. Gonz a pris la route inverse : rester là où il tient le crayon.

La leçon tient en une ligne : on ne garde pas un sponsor en étant fidèle. On le garde en étant impossible à copier, et en ne vendant jamais ce qui fait de toi ce que tu es.

Toi, si une marque te proposait un contrat à vie, tu signerais pour la planche ou pour le droit de dessiner dessus ? Dis-le en commentaire ↓

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