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1993, une VHS, un Anglais de 16 ans : comment Tom Penny a-t-il fait changer de style tous les pros américains en six mois ?

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1993, une VHS, un Anglais de 16 ans : comment Tom Penny a-t-il fait changer de style tous les pros américains en six mois ?

1993, une cassette du 411 montre un Anglais de 16 ans, troisième d'une compétition à Northampton. Un an plus tard il débarque en Californie, et tous les pros veulent skater comme lui. Comment ?

14 octobre 2026 · 7 min de lecture

Faits sourcés, ligne street 1990-2005.

Une signature collective : chaque date, chiffre ou citation a une source. Une erreur ? On corrige. Qui écrit NOSK8

Un hangar à Northampton, des néons au plafond, une caméra au fish-eye (l’objectif ultra grand angle qui arrondit tout). Un gamin en casquette se marre face à l’objectif, l’air de ne pas trop savoir pourquoi on le filme. Le sous-titre pose le décor en deux lignes : né le 13 avril 1977, dans le Dorset, en Angleterre. Il s’appelle Tom Penny. Il a seize ans.

À voir 411 Video Magazine n°2 (1993) : le Wheels of Fortune de Tom Penny

411 Video Magazine n°2 (1993) : le Wheels of Fortune de Tom Penny

On est en 1993, dans le numéro 2 du 411 Video Magazine, le magazine du skate qui sortait en cassette VHS au lieu du papier. Penny y a droit à son « Wheels of Fortune », la rubrique qui présente les espoirs. Quelques minutes de bande, pas plus.

Un an plus tard, les pros américains essaient de bouger comme lui. Transworld l’écrira noir sur blanc en 2012 : six mois après son arrivée aux États-Unis, en 1994, « tous les pros de la planète voulaient skater comme lui ».

Six mois. Pour un ado qui avait appris sous la pluie, sans shop ni magazines. Comment c’est possible ? Accroche-toi, parce que la réponse n’est pas un trick.

Oxford, avant la cassette : pas de shop, pas de magazines, quatre potes

Premier truc à remettre droit : d’où il vient. Tu liras « Dorset », « Abingdon » ou « Oxford » selon les sources. Elles disent toutes un bout de vrai. Le 411 le fait naître dans le Dorset. Le magazine anglais Sidewalk le fait grandir à Abingdon, un bourg de l’Oxfordshire. Et lui raconte qu’il a commencé à Oxford.

Sa version, donnée à Transworld en 2012, vaut le détour : « Quand j’ai commencé le skate à Oxford, il n’y avait pas beaucoup de skateurs. Pas de magazines, pas de shop, aucune idée du reste du monde du skate. »

Ses influences de l’époque ? Pas des pros. Quatre potes : Justin Parker, Erin Chalice, Pete Crucioli et Thomas Kilpatrick.

Retiens ça. Penny ne copie personne de connu.

Tom Penny à 16 ans, casquette sur la tête, en interview puis en skate dans le hangar de Radlands, images du 411 Video Magazine n°2 (1993)
Seize ans, casquette, sourire en coin : Tom Penny dans le 411 n°2, en 1993. Image : 411 Video Magazine via YouTube

Puis le shop SS20 d’Oxford le repère, et Sean Goff, pro du coin et copropriétaire du magasin, le fait entrer dans l’équipe. Derrière, Jeremy Fox le prend chez Deathbox, la marque anglaise qui deviendra Flip. En 1993, Penny est déjà dans The Long Overdue, la toute première vidéo Flip, avec Geoff Rowley, Rune Glifberg, Andy Scott et Alex Moul.

À lire aussi : Flip, 1994 : comment Deathbox est devenu Flip ?

Northampton, 1993 : la cassette où il finit troisième

Radlands, c’est un hangar de Northampton ouvert en 1992 par la famille Ince, présenté comme le premier skatepark couvert de Grande-Bretagne. En 1993, il accueille une compétition où débarquent des pros américains. Le 411 envoie ses caméras.

Sur la bande, une ligne de texte s’affiche : « 3. Tom Penny ». Troisième, à seize ans, dans une compétition où des pros sont venus des États-Unis pour gagner. Le public est entassé sur les gradins, un photographe accroupi au pied de la barre.

Bannière Radlands et Tom Penny sur la barre devant le public, avec l’incrustation « 3. Tom Penny », compétition de Northampton 1993
Radlands, Northampton, 1993 : l’incrustation du 411 le donne troisième. Image : 411 Video Magazine via YouTube

Le même numéro liste ses sponsors : Flip, Independent (une marque de trucks, les essieux de la planche), Union, Droors et SS20. Et ses skateurs préférés : Mark Gonzales, Daewon Song, Eric Koston, Rune Glifberg, Guy Mariano, Jason Lee. Un gamin de seize ans avec cinq sponsors, qui cite son coéquipier danois au même rang que Gonz. Ça te pose le personnage, non ?

La voilà, la cassette de 1993. Regarde comment il retombe après chaque figure. Le haut du corps ne bouge presque pas. Garde ça dans un coin de la tête, on y revient.

Huntington Beach, 1994 : dix-sept ans et enfin plus de pluie

Juillet 1994. Flip quitte l’Angleterre pour la Californie. Jeremy Fox, son associé Ian Deacon et Geoff Rowley partent les premiers, Penny et Glifberg suivent. Direction Huntington Beach, au sud de Los Angeles, là où l’industrie du skate a ses bureaux et ses spots.

Rowley a raconté le départ : « Je venais d’avoir dix-huit ans, Tom en avait dix-sept, aucun de nous n’avait jamais vécu loin de chez lui. » Ils avaient grandi en rêvant de se lever chaque matin pour aller skater sans qu’il pleuve. « Personne ne pouvait nous retenir. »

Et ça se voit vite. Penny décroche sa première couverture de Transworld, un frontside bluntslide (la planche qui glisse sur sa queue, roues arrière posées au-dessus du rebord) photographié à Huntington Beach.

En 1995, le numéro 11 du 411 consacre une section à Flip. Penny n’y a que quelques plans. Dont un switch frontside flip (une rotation de planche lancée du mauvais pied) au Carlsbad Gap, un saut célèbre au-dessus du vide. La même année sort Hi-5, la vidéo de la marque de chaussures Etnies. Les gens rembobinent.

À lire aussi : Ce que Geoff Rowley a appris à Huntington Beach en 1994

Ce que les pros ont vraiment copié

Alors, comment un Anglais de dix-sept ans retourne toute la Californie en six mois ? Pas avec une figure plus dure que les autres. En 1994, les pros américains savent déjà à peu près tout faire. Ce qu’ils n’ont jamais vu, c’est la manière.

Andrew Reynolds a vu la partie de Penny dans Hi-5. Il le résume mieux que personne : « Pas grand monde a un kickflip, un frontside flip, un switch frontside flip et un switch flip qui ont tous exactement la même allure. » Quatre figures différentes, une seule signature. Les autres skatent trick par trick. Penny skate d’un seul bloc.

Tom Penny en polo rayé et jean large, en équilibre sur sa planche le long d’un mur, partie Flip Extremely Sorry (2009)
Seize ans plus tard, même façon de se tenir sur la planche. Tom Penny dans Extremely Sorry, 2009. Image : Flip Skateboards via YouTube

Deuxième morceau : il ne force rien. Skin Phillips, ancien rédacteur en chef de Transworld : « Il était nonchalant. Je ne crois pas qu’il ait jamais réalisé l’impact qu’il a eu sur le skate. » Chad Muska, qui skatait avec lui à l’époque, va plus loin : « C’est comme s’il ne savait pas qu’il faisait un truc spécial. Rien n’était conscient. »

Troisième morceau, l’assurance. Phillips encore : les mecs de Flip, en arrivant, « n’étaient absolument pas impressionnés par les compétitions ou les démos. C’était juste ce sur quoi ils avaient grandi ». Logique. Le gamin de Radlands s’était déjà frotté aux pros américains à seize ans, et il avait fini troisième.

Six mois après son arrivée aux États-Unis en 94, tous les pros de la planète voulaient skater comme lui. Transworld Skateboarding, 2012

Donc la réponse, nette : Tom Penny n’a pas conquis l’Amérique avec un trick. Il l’a conquise avec une façon de bouger. La cassette de 1993 l’avait déjà mis sous les yeux du milieu. Huntington Beach l’a mis devant les pros, tous les jours. Et son style a fait le reste : des figures qui se ressemblent toutes, posées sans effort, sans calcul. Un trick, ça s’apprend. Une démarche, non. Alors ils ont passé des années à essayer.

Et après ? Le gamin de Radlands au Hall of Fame

La suite, tu la connais si t’as usé des VHS au début des années 2000 : éS Menikmati en 2000, puis Flip Sorry en 2002, Really Sorry en 2003, Extremely Sorry en 2009. En décembre 2011, Transworld le classe 21e skateur le plus influent de tous les temps.

Flip, Extremely Sorry (2009) : la partie vidéo de Tom Penny

En 2023, il entre au Skateboarding Hall of Fame. Le texte d’intronisation, signé Don Brown, parle d’un « visage neuf venu d’Oxford » et de « sa victoire iconique à Radlands ». Oui, le gamin troisième en 1993 a fini par gagner là-bas.

Et la dernière ligne devrait te faire lever un sourcil. Aujourd’hui, Tom Penny vit en France. Il skate souvent en Espagne.

Pour le reste de la légende, on a tout raconté dans notre portrait de Tom Penny.

Et toi, ta première fois devant Penny, c’était quoi ? La cassette du 411, Menikmati, ou dix secondes sur ton téléphone ? Dis-le en commentaire.

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