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Gino Iannucci — l’homme qui a inventé le style, et n’a jamais eu besoin de le montrer

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Gino Iannucci — l’homme qui a inventé le style, et n’a jamais eu besoin de le montrer

Gino Iannucci : 30 ans à skater comme personne. De Mouse en 1996 à Yeah Right en 2003, retour sur la légende silencieuse de Girl et Chocolate.

24 juin 2026 · 5 min de lecture
Guillaume Martin

Rédacteur skate chez NOSK8. Guillaume couvre les spots, les portraits de skaters et la culture skate française — chaque article est relu et sourcé (fédérations, médias spécialisés, riders).

A vu naitre et mourir 3 generations de pros. Chronique mensuelle.

En 1996, tu rembobinais Mouse pour la troisième fois de la journée. Il y avait cette ligne — Gino, une rue de New York, quelques tricks enchaînés dans un silence presque parfait. Rien de surhumain sur le papier. Et pourtant tu ne comprenais pas exactement ce que tu venais de voir.

Trente ans après, tu ne comprends toujours pas. C’est pour ça que Gino Iannucci reste unique.

⏳ Lecture : 5 min

Mouse – 1996 : cinq minutes qui n’avaient pas de nom

La vidéo Mouse de Girl Skateboards en 1996, c’était une bombe à fragmentation. Eric Koston y était. Guy Mariano aussi. Chaque part avait son truc, son énergie propre. Et puis Gino arrivait.

La différence était immédiate, même si tu aurais eu du mal à la formuler à 16 ans. Koston construisait des tricks comme des architectes construisent des buildings — précision, logique, impact. Gino, lui, avait l’air de tomber sur ses tricks par accident, avec une grâce qui rendait l’exercice presque honteux. Un nosegrind sur un rebord quelconque. Un nollie switch sur un trottoir banal. La même ligne refaite cinq fois dans les rues de New York avec des variantes que personne n’avait vues.

Son style, c’est le mot qui revenait partout. Mais « style » ne dit rien. Ce qui se passait réellement chez Gino, c’était une forme d’économie absolue. Aucun mouvement de trop. Aucun geste de bras inutile. La planche faisait ce qu’elle avait à faire, et Gino restait droit dessus, les mains dans les poches.

New York n’est pas la Californie

Gino Iannucci est né à New York en 1974. Ce détail compte plus qu’il n’y paraît. Dans les années 90, le skate professionnel gravitait autour de la Californie — San Diego, Los Angeles, San Francisco. C’était là que les marques étaient, là que les spots mythiques comme EMB ou Hubba Hideout faisaient leur office de cathédrales.

New York était à part. Les rues y sont différentes — plus serrées, plus sales, moins complaisantes. Les curbs ne sont pas waxés. Les spots disparaissent du jour au lendemain. Brooklyn Banks vivait dans la tension permanente avec les flics. Skater à New York dans les années 90, c’était se battre pour chaque ligne.

Gino a grandi dans cet environnement avant de rejoindre Girl Skateboards et de se retrouver en Californie. Il a gardé quelque chose de cette école dure — une façon de lire les spots sans attendre qu’ils soient parfaits, de trouver la ligne dans ce que personne d’autre ne voyait.

Gino Iannucci, Chocolate Tour — style inimitable sur une rue de New York
Gino Iannucci, Chocolate Tour. Crédit : Chocolate Skateboards / YouTube.

Yeah Right – 2003 : le sommet silencieux

Si Mouse avait posé Gino, Yeah Right – 2003 l’a figé dans quelque chose d’inamovible. Cette vidéo de Girl, réalisée par Spike Jonze, est l’une des plus importantes de l’histoire du skate. Elle a été pensée comme un film, pas comme une compilation de tricks.

La part de Gino y était construite autour de New York, de ses rues, de ses espaces cassés. Peu de tricks spectaculaires dans le sens où le skate de contest entend le mot. Beaucoup de lines pensées, de spots trouvés dans l’ordinaire de la ville, de gestes qui semblaient couler de source. Le fakie nosegrind qui dure une fraction de seconde de trop et qui fait la différence. Le switch frontside boardslide sur un rail que personne d’autre n’aurait waxé.

Ce qui rendait la part mémorable, c’est qu’elle ne cherchait pas à l’être. Gino ne posait jamais. La caméra le suivait et capturait ce qui se passait, sans drama, sans musique épique. Juste du skate, fait par quelqu’un qui n’avait pas besoin de te convaincre que c’était bien.

Carrière

Carrière

  1. 1996

    Mouse - Girl Skateboards 1996, part Gino Iannucci

    Girl

    Part dans Mouse (Girl Skateboards). La vidéo qui définit une génération entière — Gino y pose son style sans en avoir l’air, et ça ne ressemble à rien d’autre.
  2. 2002

    Gino Iannucci The Chocolate Tour 2002

    Chocolate

    Chocolate Tour. Gino en terrain new-yorkais, ses spots familiers — un clip qui capture exactement pourquoi il reste incomparable sur ses propres rues.
  3. 2003

    Gino Iannucci Yeah Right! 2003 - Thrasher Classics

    Thrasher

    Part dans Yeah Right! (Girl, Spike Jonze). Sa part la plus regardée, la plus analysée. New York comme terrain de jeu, economy of motion comme seul principe.
  4. 2007

    Lakai Fully Flared 2007 - Gino Iannucci

    Lakai

    Part dans Fully Flared (Lakai). À 33 ans, il est encore là, dans une vidéo qui compte parmi les plus ambitieuses de la décennie. Son style intègre sans fléchir.
  5. 2020s

    Out There: Gino Iannucci - Thrasher Magazine

    Thrasher

    Out There, Thrasher. À cinquante ans passés, il sort encore des clips. Le même calme. Les mêmes mains dans les poches. Rien à prouver depuis longtemps.

Après le silence : toujours là, jamais bruyant

Gino Iannucci n’a pas eu de « comeback ». Il n’est jamais vraiment parti. Il a juste continué à skater à son rythme, pendant que l’industrie autour de lui se transformait en machine de contest, de sponsors millionnaires et de posts sponsorisés.

Ce qui est intéressant chez lui, c’est l’absence totale de posture. Il n’a jamais joué le jeu de la nostalgie — le « ah les années 90 c’était mieux ». Il n’a pas non plus essayé de se réinventer en changeant de style pour coller aux trends. Il skate comme il a toujours skaté, et c’est suffisant.

Chez Girl et Chocolate, il reste une référence. Pas une statue — une référence vivante. Les jeunes riders de la marque grandissent avec ses parts dans les oreilles. C’est peut-être ça, la marque des vrais — pas l’influence revendiquée, mais celle qu’on capte sans y faire attention.

Dans un skate qui a souvent récompensé le spectaculaire — le plus haut, le plus difficile, le plus quantifiable — Gino a toujours skié sur un terrain différent. Pas plus simple. Différent. Il a prouvé qu’on pouvait être l’un des meilleurs sans jamais avoir besoin de le démontrer avec un chiffre ou un trophée.

C’est pour ça que tu rembobines encore aujourd’hui.

C’est quoi ta part Gino préférée — Mouse – 1996, Yeah Right – 2003, ou un clip que personne ne cite jamais ? Dis-le en commentaire ↓

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