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Manual : tenir 3 secondes, c’est une histoire de regard, pas de jambes

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Manual : tenir 3 secondes, c’est une histoire de regard, pas de jambes

Le tail racle, le nose retombe, et tu forces encore plus sur les cuisses. Daewon Song a gagné 10 000 dollars en manual : ce qui le fait tenir n'est pas dans ses jambes.

15 octobre 2026 · 8 min de lecture

Faits sourcés, ligne street 1990-2005.

Une signature collective : chaque date, chiffre ou citation a une source. Une erreur ? On corrige. Qui écrit NOSK8

Ton premier manual en skate ressemble souvent à ça. Tu lèves le nose, les roues arrière roulent, et une demi-seconde plus tard le tail racle le sol. Ou les roues avant retombent avec un clac. Tu recommences, tu serres les cuisses, tu forces sur les jambes. Rien ne change.

À voir Daewon Song, le roi du manual, en vidéo chez Thrasher

Daewon Song, le roi du manual, en vidéo chez Thrasher

Le manual, c’est rouler sur deux roues sans que le tail touche. Sur le papier, c’est le trick le plus simple du monde. En vrai, c’est celui qui fait le plus râler au skatepark.

Le problème, c’est que tout le monde le travaille avec les jambes. Alors que le truc qui te fait tenir est ailleurs. Plus haut. Et Daewon Song en a fait un métier.

Voilà la méthode pour tenir 3 secondes en deux semaines. Le repère, les bras, la vitesse. Dans l’ordre.

Niveau

Débutant

Temps

2 semaines

Prérequis

Rouler, freiner

Surface

Sol lisse, plat

Daewon Song, 10 000 dollars pour un manual : le trick a son roi

Si un seul skateur a fait du manual un art, c’est Daewon Song. Né à Séoul en 1975, il filme dès Love Child – 1992 chez World Industries. C’est dans cette vidéo qu’on voit le premier hardflip jamais filmé.

En 1997, il sort avec son pote Rodney Mullen une vidéo bizarre : Rodney vs. Daewon – 1997. Deux parts face à face, comme un match. Les deux créent ensemble Almost Skateboards en 2003. Paul Rodriguez, des années plus tard, dira que c’est sa part préférée de Daewon.

Et en mars 2014, Daewon gagne le 2Up des Berrics, un contest de manuals voté par le public face à neuf autres pros. Le 4 mars, il repart avec le trophée et 10 000 dollars. Pour des tricks sur deux roues.

Daewon Song, le roi du manual, en session devant la foule à Guanajuato au Mexique en 2006
Daewon Song à Guanajuato en 2006, bras tendu, la foule collée à la rampe. Le mec qui a gagné 10 000 dollars avec des manuals garde toujours un bras en balancier. Photo : Chad Santos, Wikimedia Commons (CC BY 2.0)

Le truc, c’est que même lui a galéré. Tom Penny, une légende des années 90, saluait surtout ses enchaînements en manual. Personne ne naît avec ça. Tes 200 tails qui raclent, Daewon les a eus aussi. C’est le mur que tout le monde passe pareil : on force avec les jambes, on tombe, on recommence.

À lire aussi : Maîtriser le manual, le trick qui sépare les débutants.

À lire aussi : Daewon Song a lâché Almost après 15 ans pour fonder Thank You : ce que ça change d’être son propre patron

Le plan sur 2 semaines : 6 paliers jusqu’aux 3 secondes

Apprendre le manual quand tu débutes, la technique en vidéo
  1. Jours 1 et 2 : trouve ton point de bascule

    À l’arrêt, board posé sur de la moquette ou de l’herbe pour qu’il ne roule pas. Pied avant sur les vis avant, pied arrière juste derrière les vis arrière. Recule ton poids jusqu’à ce que le nose se lève. Le but : sentir le point où le nose monte sans que le tail touche. Ce point fait à peine quelques centimètres.

  2. Jours 3 et 4 : roule et lève

    Pousse deux fois, pose tes pieds, puis bascule. Ne cherche pas à durer. Cherche à lever le nose sans que le tail frotte, même une demi-seconde. Si ça frotte, avance ton pied arrière d’un centimètre. Ça suffit souvent.

  3. Jours 5 à 7 : choisis un repère

    Avant de basculer, choisis un point fixe à 4 ou 5 mètres devant toi. Une fissure, une ligne peinte, un poteau. Dès que le nose monte, tes yeux restent dessus. Plus question de regarder ta planche. Au début ça fait peur, c’est normal.

  4. Jours 8 à 10 : sors les bras

    Bras écartés, à hauteur d’épaules, mains ouvertes. Ce sont eux qui corrigent, pas tes genoux. Tu penches trop en arrière ? Les bras partent devant. Le nose retombe ? Ils reculent un peu. Petits gestes, jamais de grands moulinets.

  5. Jours 11 et 12 : trouve ta vitesse

    Fais le même manual à trois vitesses : très lent, à la vitesse d’un pas rapide, et franchement vite. Note celle où tu tiens le plus longtemps. Pour la plupart des débutants, c’est celle du milieu. C’est ta vitesse de travail pour la suite.

  6. Jours 13 et 14 : le test des 3 secondes

    Repère, bras, bonne vitesse. Compte à voix haute : un, deux, trois. Pose le pied ou laisse le nose redescendre tout seul. Filme-toi sur dix essais. Tu verras tout de suite ceux où tes yeux ont lâché le repère.

Les 4 fails classiques et comment les corriger

Les 4 fails classiques

  • Le tail racle tout le temps : ton poids est trop en arrière ou ton pied arrière est sur le tail. Remonte-le sur les vis et descends moins les fesses.
  • Le nose retombe direct : tu bascules trop timidement. Bascule franc, puis corrige avec les bras, pas l’inverse.
  • La planche part devant toi : tu tombes sur les fesses. Mets un casque, et dès que tu sens que ça part, saute du board vers l’arrière en restant debout.
  • Tu regardes tes pieds : c’est le fail que personne ne voit, et c’est le pire. On y revient juste en dessous.

La vitesse minimale : plus lent que ce que tu crois

Paul Rodriguez pousse dans une rue de San Francisco pour prendre la vitesse minimale avant un trick
Paul Rodriguez à San Francisco en 2010 : deux poussées, pas dix. Pour un manual, la bonne vitesse est celle où tu peux encore lever les yeux du sol. Photo : Incase, Wikimedia Commons (CC BY 2.0)

Trop lent, la planche s’arrête dès que le nose monte et tu tombes vers l’avant. Trop vite, chaque caillou devient un piège et tu n’as plus le temps de corriger. Entre les deux, il y a une zone confortable.

Cette zone, c’est en gros la vitesse d’un pas rapide. Deux poussées et c’est bon. À cette allure, tu as le temps de choisir ton repère, de sortir les bras et de basculer calmement.

Et surtout, tu peux regarder devant. Plus tu vas vite, plus tu as envie de surveiller le sol juste sous ton nose. C’est exactement ce qu’il ne faut pas faire.

À lire aussi : Flip in flip out : pourquoi tu rentres tes 2 flips mais jamais le combo ?

Pourquoi tes yeux tiennent la planche, et pas tes jambes

Paul Rodriguez en manual sur un banc de Pier 7 à San Francisco, bras écartés, le regard posé devant lui et pas sur ses pieds
Le manual en une image : Paul Rodriguez sur un banc de Pier 7, San Francisco, 2010. Tête droite, regard devant, bras en balancier. Ses jambes, elles, ne bougent presque pas. Photo : Incase, Wikimedia Commons (CC BY 2.0)

Voilà la réponse au titre. Quand tu fixes ton nose, tu regardes un truc qui bouge. Ton corps suit ce mouvement et se met à osciller avec lui. Chaque petite secousse de la planche devient une secousse de ton buste.

Ce n’est pas une impression. En 2010, des chercheurs de l’hôpital universitaire de Zurich ont mesuré l’équilibre de 20 personnes. Quand elles fixaient un point immobile sur un décor fixe, leur corps oscillait moins, dans tous les sens. Quand elles suivaient des yeux un point qui bougeait, leur corps se balançait au même rythme. L’étude est publiée dans Gait & Posture.

Traduit en skate : ton repère à 4 mètres, c’est le point immobile. Le sol autour, c’est le décor fixe. Les deux calment ton corps. Tes jambes, elles, n’ont qu’à rester souples et tes bras font les petites corrections.

Donc non, il ne te manque pas de force dans les cuisses. Il te manque un endroit où poser les yeux. C’est pour ça que tu tenais une demi-seconde en serrant les jambes, et que tu en tiendras trois en levant la tête.

3 secondes : le jour où ça tient pour de vrai

Un jour, tu vas basculer, fixer ta fissure, et compter. Un. Deux. À trois, tu réalises que le tail n’a pas touché. Les roues arrière chantent sur le béton, tes bras bougent à peine, et tu poses le nose sans y penser. C’est le déclic.

Objectif manual : tenir 3 secondes sur les roues arrière sans que le tail touche le sol
Trois secondes, le cap des deux semaines. Assez long pour traverser un manual pad, assez court pour y arriver avec un repère et deux bras ouverts.

Après ça, tout s’ouvre. Le manual sur un curb, puis sur un manual pad, puis les combos. Le flip in flip out commence exactement là. Et si ton ollie n’est pas encore propre, pas grave : le manual s’apprend sans.

Daewon a gagné 10 000 dollars avec ce trick à 39 ans. Toi, tu cherches trois secondes. Lève la tête, sors les bras, et compte.

C’est quoi ton record en manual, et tu regardes où pendant que tu le tiens ? Dis-le en commentaire ↓

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Le lexique

  1. 1

    manual

    Rouler en équilibre sur les deux roues arrière, le nose en l'air, sans que le tail touche le sol.

  2. 2

    nose

    L'avant relevé de la planche, devant les trucks avant.

  3. 3

    tail

    L'arrière relevé de la planche, celui qu'on frappe pour un ollie.

  4. 4

    manual pad

    Un bloc bas et plat au skatepark, fait pour enchaîner un manual d'un bout à l'autre.

  5. 5

    curb

    Une bordure de trottoir ou un petit muret, souvent le premier obstacle pour poser un manual.

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