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Koston a fait entrer P-Rod chez Girl à 17 ans : pourquoi l’élève a signé chez Nike SB avant lui ?

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Koston a fait entrer P-Rod chez Girl à 17 ans : pourquoi l’élève a signé chez Nike SB avant lui ?

Septembre 2002 : Koston fait passer P-Rod pro chez Girl, à 17 ans. Trois ans plus tard, l'élève porte sa propre Nike SB. Le maître, lui, attendra 2009.

1 octobre 2026 · 11 min de lecture

Faits sourcés, ligne street 1990-2005.

Une signature collective : chaque date, chiffre ou citation a une source. Une erreur ? On corrige. Qui écrit NOSK8

Septembre 2002. Paul Rodriguez a 17 ans, et le mec qui l’invite à rejoindre Girl, c’est Eric Koston. Son skateur préféré de tous les temps, dit-il. P-Rod appellera ce jour-là « le moment où mon rêve s’est réalisé ».

Trois ans plus tard, le gamin a sa propre chaussure chez Nike SB. Koston, lui, est encore chez éS. Puis il part chez Lakai. Il n’arrive chez Nike qu’en 2009, quatre ans après l’élève. Alors comment le gamin qu’on a fait entrer par la grande porte s’est retrouvé à en ouvrir une autre avant son idole ?

Septembre 2002 : Koston va chercher un gamin de 17 ans

Avant Girl, P-Rod a déjà un CV de rue. À 14 ans, il est trop timide pour déposer lui-même sa cassette « sponsor me ». C’est un pote qui la porte chez One Eighteen, un shop de Los Angeles tenu par Andy Netkin, 19 ans. Netkin le prend dans le team dès le lendemain.

Suivent DNA, puis City Stars, la marque de Kareem Campbell. Encore amateur, il récupère la dernière part de Street Cinema. D’habitude, cette place revient au pro le plus respecté de l’équipe. Pas à un am de 16 ans.

En 2002, sa part dans In Bloom, la vidéo de Transworld pour les riders qui démarrent, fait le reste. Girl le passe pro en septembre. Transworld le nomme Rookie of the Year la même année. Sa première board pro porte le logo Girl avec « Muchachita » écrit à la place du nom. En 2013, il la classe encore numéro un de ses graphiques préférés.

Et l’invitation vient de Koston. En 2002, Koston n’est pas un nom parmi d’autres. Il roule pour Girl depuis la création de la marque en 1993, il fait partie des têtes d’affiche d’éS côté chaussures, et il a Menikmati – 2000 dans les pattes. P-Rod roule aussi pour éS : on le voit dans la vidéo du tour allemand de la marque en 2002. Même planche, mêmes pompes que son idole.

Paul Rodriguez - part complète dans Yeah Right (Girl, 2003)

Sa part dans Yeah Right – 2003, remise en ligne sur sa propre chaîne, montre ce que Koston a vu. Un gamin de 18 ans qui skate comme s’il avait toujours été pro : vitesse, réceptions propres, zéro geste en trop. Deux ans plus tard, c’est ce skate-là que Nike va signer.

Le moment où mon rêve s’est réalisé. — Paul Rodriguez, sur son entrée chez Girl, interview de 2013

1997-2004 : Nike, refoulé des shops, signe P-Rod

Côté Nike, le tableau est moins glorieux. En 1997, la marque lance sa première ligne de chaussures de skate. Les shops spécialisés n’en veulent pas. Le marché est tenu par DC, Globe, éS, Emerica et Vans, et Nike n’a aucune crédibilité dans la rue. Premier essai, premier échec.

1997, le premier essai raté de Nike dans le skate avant le lancement du label SB en 2002
1997 : Nike débarque dans le skate et se fait refouler des shops. Le label SB ne naît que cinq ans plus tard, et il lui manque encore un visage. Source : Wikipedia — Nike Skateboarding.

En 2002, deuxième tentative. Nike crée le label SB et sort la Dunk Low SB, avec languette rembourrée et semelle Zoom Air. Les ventes sont moyennes. Nike enchaîne quatre autres modèles : Angus, FC, Delta Force, URL. Il manque toujours un visage.

Ce visage, Nike SB le trouve en 2004. La marque signe P-Rod comme figure de proue, en même temps que l’Australien Lewis Marnell. En 2005 sort sa première chaussure signature, la Nike SB Paul Rodriguez Zoom Air Low. Le montant du contrat n’a jamais été rendu public, et on ne va pas en inventer un. Ce qui est public, c’est la suite : en 2005, il prend l’or en street aux X Games de Los Angeles.

Baby Jordans contre franchise éS : ce que chacun venait chercher

Pourquoi lui, et pourquoi en 2004 ? Nike a besoin d’un rider que les shops respectent et que les gamins veulent copier. Un pro de 19 ans passé par City Stars et Girl coche les deux cases. Et il n’a pas quinze ans de carrière chez un concurrent à renier.

Côté P-Rod, la réponse tient dans les Footnotes des Berrics, en 2012. Les critiques de « vendu », il les a entendues. Elles ne l’ont jamais vraiment travaillé. Sa première paire, c’était des baby Jordans. Même quand il roulait pour éS, dès qu’il ne skatait pas, il portait des Air Force 1 blanches ou des Cortez. « J’étais un supporter de Nike depuis la naissance », résume-t-il.

Et Koston ? En 2003, il est la vitrine d’éS, et la preuve tient dans un nom de tournoi. En janvier, la marque organise le « Eric Koston éS Game of S.K.A.T.E. », une invitation réservée aux pros. C’est le premier tournoi de S.K.A.T.E. en duel, un contre un, de l’histoire. En 2004, le format part dans le monde entier. Le duel que tu joues au park porte son nom.

Une histoire tourne sur le web francophone : P-Rod se serait fait connaître en battant Koston dans un de ces duels. On a cherché. Aucune vidéo, aucune interview. La Wikipédia anglaise n’en parle pas, la française l’affirme sans une seule référence. Donc on ne la raconte pas. La vraie histoire est meilleure de toute façon.

Le Game of SKATE de Koston chez éS, finale 2006

La finale de 2006, filmée en entier. Trois ans après la première édition, le tournoi au nom de Koston réunit chaque année les meilleurs à plat. Quand ta marque te donne ça, tu ne la quittes pas sur un coup de tête.

2005 : le coup de fil à Koston

Quitter éS, pour P-Rod, ce n’est pas signer un papier. C’est décrocher son téléphone. Il le raconte aux Berrics en 2012 : avant de partir, il a dû appeler Koston, appeler Tony chez éS, appeler plusieurs personnes. Parce qu’ils étaient proches.

J’ai dû appeler Koston. On était proches, on était une famille là-bas. — Paul Rodriguez, The Berrics Footnotes, 2012

Une fois ce cap passé, tout se débloque. « Quand je suis arrivé chez Nike, c’était comme si le monde s’ouvrait. C’était dingue. » Le gamin que Koston avait fait entrer chez Girl annonce à son idole qu’il part chez la marque que les shops refoulaient huit ans plus tôt.

Paul Rodriguez, sac sur le dos et planche en main, repère un ledge à San Francisco en 2010
San Francisco, 2010 : P-Rod pose sa planche sur un ledge pour le jauger. Cinq ans après le coup de fil à Koston, le contrat Nike a changé sa vie, pas sa routine. Photo : Incase — CC BY 2.0, via Wikimedia Commons.

Koston, lui, reste en famille. Il quitte éS en 2006, mais pas pour Nike : il signe chez Lakai, la marque de chaussures fondée en 1999 par Mike Carroll et Rick Howard, les cofondateurs de Girl. Le départ est annoncé par une vidéo sur YouTube, et il filme une part pour Fully Flared – 2007.

Trois ans plus tard, il repart. Cette fois chez Nike SB, avec une vidéo d’annonce qui parodie le jet de chaussure sur George W. Bush. Faire rire plutôt que s’expliquer. Le détail de ce départ, on l’a raconté dans l’histoire de Koston qui lâche Lakai après trois ans.

2007, New York : P-Rod ferme la première vidéo Nike SB

Le deal change la carrière de P-Rod dès la première vidéo. En 2007, Nike SB sort Nothing But The Truth, sa toute première, avec une avant-première à New York. Marnell ouvre. P-Rod ferme. La dernière part, celle qu’on donne au rider sur qui la marque mise tout. Exactement la place qu’il avait arrachée chez City Stars quand il était encore am.

Derrière, il construit au-delà de ses parts. En 2008, il lance Primitive, un shop à Los Angeles. Le patron ? Andy Netkin, le mec de One Eighteen qui avait vu sa cassette quand il avait 14 ans. Les fringues suivent, puis les planches en 2014. En 2010, Target le signe : il devient le deuxième skateur sponsorisé par la marque, après Shaun White.

Paul Rodriguez en crooked grind sur un rebord de San Francisco en 2010, tête d'affiche de Nike SB
San Francisco, 2010. Crooked grind sur un rebord, le poids tout sur le truck avant : à 25 ans, P-Rod est la tête d’affiche que Nike SB cherchait en 2004. Photo : Incase — CC BY 2.0, via Wikimedia Commons.

En décembre 2011, Transworld le classe 30e des « 30 skateurs les plus influents de tous les temps ». Interrogé sur ses modèles de carrière, il cite deux noms : Andrew Reynolds et Eric Koston. Pour leur longévité, leur impact et le respect qu’ils ont gagné. Neuf ans après Girl, le maître reste la référence.

2009-2014 : Koston arrive, Nike SB rafle une génération

Pour Nike SB, le pari P-Rod a ouvert la voie. En 2009, Koston quitte Lakai et rejoint la marque. Nike ne le fait pas attendre : il a direct sa chaussure, la Eric Koston 1. L’élève a dû faire ses preuves, le maître arrive avec un modèle à son nom dès l’entrée.

La suite ressemble à un recrutement en chaîne. En 2012, Sean Malto, rider Girl lui aussi, quitte Etnies pour Nike SB. La même année, c’est P-Rod qui souhaite la bienvenue à Luan Oliveira dans l’équipe. Le gamin qu’on était allé chercher en 2002 est devenu celui qui accueille les autres.

Paul Rodriguez au-dessus de San Francisco en 2010, une planche au logo Nike SB à la main
2010, au-dessus de San Francisco : le logo Nike SB s’affiche sur la planche de P-Rod. En 1997, la même marque n’avait pas sa place sur le mur d’un shop. Photo : Incase — CC BY 2.0, via Wikimedia Commons.

Le compteur parle tout seul. En mai 2014, P-Rod sort son huitième modèle signature avec Nike. Un cadre de la marque lui glisse alors qu’ils ne sont que quatre athlètes Nike à ce chiffre : lui, Michael Jordan, Kobe Bryant et LeBron James.

Le skateur que certains traitaient de vendu en 2004 partage un chiffre avec les trois plus gros noms du basket. Après dix ans de contrat, il le résume ainsi : « nos histoires sont liées, au moins avec Nike SB ». La marque, elle, n’est plus l’intruse des shops. Elle vend aux skateurs ce qu’Emerica a refusé de devenir pendant 28 ans.

Huit modèles signature Nike pour Paul Rodriguez en 2014, un compte partagé avec Jordan, Kobe et LeBron
Huit chaussures signature en dix ans : le chiffre qui dit ce que le deal de 2004 a rapporté à P-Rod, et à Nike. Source : Wikipedia — Paul Rodriguez.

Verdict : pourquoi l’élève est passé avant le maître

Reprenons la question du départ. Pourquoi P-Rod signe chez Nike SB en 2004, et Koston seulement en 2009 ?

Notre lecture, faits à l’appui : en 2004, Nike ne cherche pas une légende, elle cherche une porte d’entrée. Une marque refoulée des shops en 1997 n’a pas le crédit pour débaucher la tête d’affiche d’éS, celui dont le tournoi porte le nom. Un pro de 19 ans, si. P-Rod n’a rien à renier : il porte des Nike depuis ses baby Jordans, et le mot « vendu » glisse sur lui. Koston, lui, est un homme de famille. Quand il quitte éS en 2006, il va chez Lakai, la boîte des fondateurs de Girl. Il reste chez lui.

Quatre ans entre la chaussure Nike SB de Paul Rodriguez en 2005 et l'arrivée d'Eric Koston chez Nike SB en 2009
Quatre ans d’écart : l’élève signe chez Nike SB avant le maître, et lui prépare le terrain. Source : Wikipedia — Nike Skateboarding.

P-Rod fait donc le boulot que Nike ne pouvait pas faire seul. Il ferme la première vidéo de la marque, prend l’or aux X Games l’année de sa chaussure, et prouve qu’un skateur respecté peut porter le swoosh sans perdre la rue. Quand Koston arrive en 2009, le terrain est déblayé. L’élève a ouvert la porte, le maître l’a franchie.

Et Koston n’y a rien perdu. Il le dit sans détour : chez éS et Lakai, il a copié tellement de chaussures Nike, en essayant de s’en approcher au plus près, sans jamais y arriver tout à fait. Chez Nike, il a enfin les moyens de faire la chaussure qu’il avait en tête.

Qui a gagné quoi ? P-Rod a gagné une carrière de figure de proue, huit modèles signature et un rôle de recruteur. Nike SB a gagné sa place dans la rue, puis Koston par-dessus le marché. Koston a gagné la chaussure dont il rêvait, sur un terrain que son protégé avait préparé. Le seul qui a perdu, c’est éS : la marque a vu partir les deux, P-Rod en 2005, Koston en 2006.

Toi, en 2005, tu portais quoi aux pieds : des éS, des Lakai ou déjà des Nike SB ? Et quand le swoosh est arrivé au shop, t’as crié au vendu ou t’as acheté la paire de P-Rod ? Dis-le en commentaire ↓

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Le lexique

  1. 1

    S.K.A.T.E.

    Jeu en duel : un skateur pose un trick, l'autre doit le refaire du premier coup. Chaque raté donne une lettre ; le premier qui écrit SKATE a perdu.

  2. 2

    part

    La séquence d'un skateur dans une vidéo de marque. La dernière part est réservée à celui sur qui l'équipe mise le plus.

  3. 3

    chaussure signature

    Modèle qui porte le nom d'un skateur pro. Il touche un pourcentage sur chaque paire vendue.

  4. 4

    am

    Amateur : skateur sponsorisé qui n'a pas encore son modèle pro à son nom.

  5. 5

    ledge

    Rebord en béton ou en granit sur lequel on glisse ou on grind.

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