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AKA: Girl Skater, 2003 : la part d’Amy Caron et la voiture gagnée au Gallaz Skate Jam — qu’est-elle devenue ?

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AKA: Girl Skater, 2003 : la part d’Amy Caron et la voiture gagnée au Gallaz Skate Jam — qu’est-elle devenue ?

Melbourne, 2002 : à 17 ans, Amy Caron gagne le Gallaz Skate Jam, une Ford Ka et une place dans AKA: Girl Skater. La part décortiquée, puis la suite de sa vie.

7 octobre 2026 · 9 min de lecture

Faits sourcés, ligne street 1990-2005.

Une signature collective : chaque date, chiffre ou citation a une source. Une erreur ? On corrige. Qui écrit NOSK8

Février 2002, Melbourne. Une Californienne de 17 ans lève les bras au milieu de la Rod Laver Arena, la salle où se joue l’Open d’Australie de tennis. Elle s’appelle Amy Caron, elle vient de gagner le Gallaz Skate Jam, et on lui donne 2 000 dollars plus les clés d’une Ford Ka. Quelques minutes plus tard, la voiture est déjà cabossée. Cette scène finit dans AKA: Girl Skater, le film de 2003 que toute une génération de skateuses a usé en DVD. Reste une question que plus personne ne pose : elle est passée où, la gamine de la voiture ?

Melbourne 2002 : le contexte d’une tournée qui n’aurait pas dû exister

Au début des années 2000, une tournée de skateuses pro sponsorisée de bout en bout, ça n’existe presque pas. Gallaz, la marque de chaussures femme de Globe, basée à Torrance en Californie, décide de payer le voyage. Quatre riders partent en Australie : Amy Caron, Vanessa Torres, Lauren Perkins et Monica Shaw, rejointes sur place par d’autres. Le film est produit par Whyte House, réalisé par Mike Hill, et il dure 26 minutes.

Pour encadrer la bande, il y a Dave Carnie, l’éditeur de Big Brother, dans le rôle de la « maman d’accueil ». Le magazine en tire d’ailleurs 14 pages en juin 2002, photos de Jaya Bonderov. Le film est là, en entier, mis en ligne par la chaîne Skate Oldies :

AKA: Girl Skater - Gallaz, 2003, le film complet

Le décor est posé dès les premières minutes. Les deux plus jeunes, Caron et Torres, ont un surnom dans la tournée : les « evil twins ». Elles racontent face caméra avoir fait leur tout premier handrail en Australie, pendant ce voyage. La filiation est assumée aussi. Le film présente ces filles comme l’héritage d’Elissa Steamer, la première à avoir eu une vraie part dans Welcome to Hell.

Elissa Steamer en contest en 2009, l'héritage revendiqué par AKA: Girl Skater
Elissa Steamer en 2009. AKA: Girl Skater présente ses quatre riders comme ses héritières. Photo : Incase — CC BY 2.0, via Wikimedia Commons

Tout le monde est trop cool pour skater. Les filles, elles, y vont. — Dave Carnie, à propos de la tournée Gallaz, 2002

Le line-up de la finale, trick par trick : ce qu’on entend vraiment

Pas question de te réciter une liste inventée. La finale du Gallaz Skate Jam 4 se joue les 16 et 17 février 2002, pendant la Globe World Cup Skateboarding. Dans le film, le run décisif d’Amy passe sous la voix du speaker de la salle. Ce sont ses mots qui servent de line-up.

Il annonce un backside 50-50 le long du ledge, puis en descente. Ensuite un kickflip pour monter le gap. Et quand il reste 10 secondes, il lance « Amy… hit the handrail » : elle part sur le rail avant la sirène. C’est tout ce que la bande permet d’affirmer, et c’est déjà beaucoup pour une rideuse de 17 ans en 2002.

Le classement, lui, est archivé sur le site de la World Cup Skateboarding. Amy Caron gagne, Lauren Perkins prend la 2e place (1 200 dollars), Vanessa Torres la 3e (800 dollars). Derrière elles, l’Espagnole Ianire Elorriaga finit 4e et Jaime Reyes 5e. Le speaker insiste : c’est « le plus gros prix du skate féminin », et la première fois qu’on le voit en Australie.

Ford Ka australienne de 2001, le modèle de la voiture gagnée par Amy Caron
Une Ford Ka australienne de 2001, le modèle mis en jeu à Melbourne. Volant à droite, tout est inversé pour une Californienne. Photo : Jeremy from Sydney — CC BY 2.0, via Wikimedia Commons

Puis vient la scène que tout le monde retient. On lui demande de monter dans la voiture, de démarrer et de klaxonner devant le stade. En Australie, le volant est à droite. Amy le dit elle-même dans le film : « everything in Australia is backward ». La Ka bondit en avant, frôle un caméraman et va taper une autre voiture du lot de prix.

Je ne l’ai pas crashée. J’ai juste touché la voiture de devant. C’est Dave Carnie qui l’avait passée en prise et qui avait desserré le frein à main. — Amy Caron, interview à The Side Project, 2003

Deux versions, donc. Dans le film elle lâche « I crashed it ». Un an plus tard, elle accuse sa « mère David », en riant. Pour la petite histoire, la fille qui a cogné une Ford Ka a eu ensuite trois Camaro : une RS rouge de 1985, une IROC rouge et une RS verte de 1995.

Rod Laver Arena et les rues australiennes : les spots

Le spot principal, c’est une salle de tennis. La Rod Laver Arena accueille chaque janvier l’Open d’Australie, et en février 2002 on y monte des modules pour la Globe World Cup. Ledge, gap, handrail : tout le parcours de la finale tient sous ce toit.

Intérieur de la Rod Laver Arena de Melbourne, salle du Gallaz Skate Jam 4
La Rod Laver Arena en configuration tennis. En février 2002, le court disparaît sous les modules de la World Cup. Photo : Richard.Fisher — CC BY 2.0, via Wikimedia Commons

Le reste du film suit la tournée dehors : sessions de rue, démos, et même une démo où le maire de la ville fait le déplacement. Les crédits publics ne listent pas les spots un par un, et on ne va pas inventer des adresses. Ce qui compte, c’est le contraste : une salle de Grand Chelem d’un côté, des rails trouvés en route de l’autre.

Ferme les yeux deux secondes. Le bruit des roues sur le contreplaqué résonne sous un toit fait pour des balles jaunes. Le speaker compte les secondes, la foule tape des pieds, et une gamine de Half Moon Bay pousse vers un handrail qu’elle n’avait jamais pris il y a encore un mois.

La chanson : la voix du speaker en guise de bande-son

Tu cherches le morceau de la part ? Aucun crédit public fiable ne le donne, et on préfère te le dire plutôt que de deviner. Sur la séquence qui compte, celle de la finale, la vraie bande-son c’est le micro du speaker et les cris de la salle.

10 secondes : le speaker lance « Amy… hit the handrail » pendant la finale du Gallaz Skate Jam
Il reste 10 secondes, le speaker lance « Amy… hit the handrail ». Sur la finale, c’est sa voix, pas un morceau, qui fait la bande-son. Encart NOSK8, d’après AKA: Girl Skater – 2003

Côté goûts, sa fiche chez Meow Skateboards parle de radio hip-hop, de NPR et de l’émission Morning Becomes Eclectic. Et la boucle se referme de façon inattendue : aujourd’hui, c’est elle qui chante, on y revient plus bas.

Lisa Whitaker derrière la caméra, Mike Hill au montage

Le film est signé Mike Hill. Mais la majorité des images vient de Lisa Whitaker, avec des plans de Jean-Jacques Briquet et de Colleen Hughson. Whitaker tient alors The Side Project, un site qui deviendra Girls Skate Network, la mémoire en ligne du skate féminin. C’est sa chaîne qui garde aujourd’hui les images d’Amy de cette époque :

Amy Caron Skateboarding 2001-2003, Girls Skate Network

Le DVD ajoute des bonus qui comptent : une partie avec Georgina Matthews, des trick tips de Lauren Mollica, et « AKA: Fearless », un montage de chutes. Le magazine Slap le chronique en mars 2003, sous la plume de Mark Whiteley.

Gallaz, Venture, Lucky : le matériel de 2002

Au moment de la victoire, l’archive du contest liste ses sponsors : Gallaz pour les chaussures, Venture pour les trucks, Lucky pour les roues et les roulements, Velvet pour les lunettes. Un an plus tard, dans l’interview de 2003, la liste a déjà bougé : Circa, Pig Wheels, Popwar Skateboards, Speed Metal et le shop 510 Boardshop. Aujourd’hui, elle roule en regular sur une planche de 8 pouces, chez Meow, avec Bones et Moxi.

Ce qu’elle a changé, et ce qu’elle est devenue

AKA: Girl Skater a montré une chose simple pour l’époque : des filles payées pour partir en tournée, filmées comme des pros, avec un vrai prix au bout. Le débat sur le skate féminin, progrès réel ou marketing, commence quelque part par ici.

Et Amy ? Elle ne s’arrête pas à la Ford Ka. La même année 2002, elle gagne aussi le Slam City Jam de Vancouver. Elle prend le bronze aux X Games en 2003 en park, puis encore le bronze en street en 2007 et en 2008. En 2004, elle apparaît dans Getting Nowhere Faster, le film culte du crew Villa Villa Cola. Elle cofonde ensuite Bigfoot Skateboard Magazine avec Meghan McGuire.

Bryce Wettstein en air au Red Bull Bowl Rippers de Marseille, une rideuse citée par Amy Caron
Bryce Wettstein au Red Bull Bowl Rippers de Marseille. Amy Caron la cite parmi les riders qui l’inspirent aujourd’hui. Photo : Ondine Goat — CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

La réponse à la question du titre est là, et elle est plus belle que prévu. Selon une interview publiée par la marque Seea le 4 décembre 2025, Amy Caron vit dans un van depuis 2019, alimenté au solaire. Elle skate toujours, elle surfe, et elle voyage avec Max, son chihuahua de 15 ans. Depuis environ cinq ans, elle chante sur scène, et ses morceaux originaux sont sur Spotify.

La gamine qui faisait son premier handrail en Australie cite aujourd’hui comme modèles Nora Vasconcellos, Bryce Wettstein, Poppy Starr et Alexis Sablone. Le meilleur conseil qu’on lui ait donné vient de Meghan McGuire : « Don’t be so hard on yourself ». Arrête d’être si dure avec toi-même.

Ce qui reste, en 2026 : une part de 2002 qu’on regarde encore pour un 50-50 et un rail pris à 10 secondes de la fin. Une voiture cabossée devenue une blague éternelle. Et une rideuse qui a choisi la route, la musique et la liberté plutôt qu’un bureau. Si tu veux voir où cette lignée mène, regarde la loop de Lizzie Armanto, et pour les détails du film, l’archive de Womxn Skate History est la plus complète.

Tu l’avais en DVD, AKA: Girl Skater, ou tu découvres la Ford Ka aujourd’hui ? Et c’est qui, pour toi, l’héritière d’Amy Caron en 2026 ? Dis-le en commentaire ↓

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Le lexique

  1. 1

    Backside 50-50

    Grind où les deux trucks glissent sur l'arête, le dos tourné à l'obstacle.

  2. 2

    Ledge

    Muret ou bloc à arête qu'on grind ou qu'on slide.

  3. 3

    Handrail

    Rampe d'escalier qu'on prend en grind ou en slide.

  4. 4

    Part

    Séquence d'un rider dans une vidéo de skate, montée sur un morceau ou une ambiance.

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