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Paul Rodriguez, 2005 : il quitte éS pour sa première Nike SB — qui a perdu le plus ?

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Paul Rodriguez, 2005 : il quitte éS pour sa première Nike SB — qui a perdu le plus ?

En 2005, P-Rod lâche éS, la famille de son idole Eric Koston, pour un swoosh. Vingt ans plus tard, les dates disent qui a vraiment payé ce départ.

7 octobre 2026 · 8 min de lecture

Faits sourcés, ligne street 1990-2005.

Une signature collective : chaque date, chiffre ou citation a une source. Une erreur ? On corrige. Qui écrit NOSK8

En 2005, Paul Rodriguez a 20 ans, de l’or aux X Games de Los Angeles, et des éS aux pieds. Cette année-là, il sort sa première chaussure signature. Elle porte un swoosh. Pour en arriver là, il a dû décrocher son téléphone et appeler Eric Koston, son idole, l’homme qui l’avait fait entrer chez Girl trois ans plus tôt. Vingt ans après, la question tient toujours au park : dans ce départ, qui a perdu le plus ?

On a remis les faits dans l’ordre. Le gamin, la marque qu’il quitte, celle qu’il rejoint. Et ce que chacun a laissé sur la table.

Avant 2005 : un rookie chez Girl, une marque éS au sommet

En 2002, P-Rod sort sa part dans In Bloom, la vidéo de Transworld pour les skateurs qui démarrent. Girl le passe pro en septembre, à 17 ans. Transworld le nomme Rookie of the Year la même année. Aux pieds, il roule éS, comme son idole.

éS, en ce temps-là, c’est du lourd. La marque naît en 1995 et rejoint en 1996 Sole Technology, la maison mère d’etnies et d’Emerica, montée par Pierre-André Senizergues, un ancien pro de freestyle. Le roster fait saliver : Koston, Chad Muska, Tom Penny, Arto Saari, PJ Ladd, Bob Burnquist, Rick McCrank.

En 2000 sort Menikmati – 2000, la vidéo éS où Koston retourne à Bangkok, sa ville natale. Et en janvier 2003, la marque organise le « Eric Koston éS Game of S.K.A.T.E. ». C’est le premier tournoi de S.K.A.T.E. en duel de l’histoire. Le format que tu joues au park sort de chez eux.

Eric Koston dans Menikmati, la vidéo éS de 2000 : la marque au sommet avant 2005

Ferme les yeux deux secondes. Une boîte à chaussures éS, le logo en é accent aigu sur la languette rembourrée, une semelle épaisse comme une marche. En 2003, c’est ça, l’uniforme du street.

2004-2005 : le deal Nike SB, ce qu’on en sait vraiment

Côté Nike, l’histoire commence mal. En 1997, la marque lance ses premières chaussures de skate. Les shops n’en veulent pas. Le marché est tenu par DC, Globe, Emerica, Vans… et éS. Nike est refoulé, entre autres, par la marque que P-Rod porte.

En 2002, Nike crée le label SB et sort la Dunk Low SB. Ventes moyennes. Il manque un visage. En 2004, Nike SB signe Paul Rodriguez comme figure de proue, en même temps que l’Australien Lewis Marnell. En 2005 sort la Nike SB Paul Rodriguez Zoom Air Low.

Le montant ? Jamais rendu public. On ne va pas en inventer un. Les termes connus tiennent en une ligne : un modèle à son nom, un rôle de figure de proue. Pas de chiffre, pas de durée annoncée.

Le deal, en cinq dates

  1. 2003Paul Rodriguez dans Yeah Right en 2003, encore en éS, un an avant le deal Nike SBThrasherYeah Right, chez Girl. Le rookie que Nike SB va signer un an plus tard.
  2. 2003éS Game of SKATE 2003 : la marque que P-Rod quittera pour le deal Nike SB invente le dueléSPremier Game of S.K.A.T.E. en duel, au nom de Koston. éS invente un format.
  3. 2007Paul Rodriguez dans Nothing But The Truth, la première vidéo Nike SB, dont il signe la part de finNike SBNothing But The Truth, première vidéo Nike SB. La dernière part est pour lui.
  4. 2010Paul Rodriguez dans Me, Myself and I, sa part solo de 2010, cinq ans après son passage chez Nike SBPlan BMe, Myself and I. Une part solo pour Plan B, cinq ans après le swoosh.
  5. 2025Paul Rodriguez teste la P-Rod 1 en 2025, vingt ans après sa première chaussure Nike SBP-RodVingt ans après, il poste une session de test de la P-Rod 1 sur sa chaîne.

Pourquoi 2005 : ce que P-Rod et Nike venaient chercher

Nike a besoin d’un skateur que les shops respectent et que les gamins copient. P-Rod coche les deux cases. Il gagne l’or en street aux X Games de Los Angeles en 2004, puis encore en 2005. Et il n’a pas quinze ans de carrière à renier chez un concurrent.

Lui, il vient chercher autre chose qu’un chèque. Aux Berrics, en 2012, il raconte que sa première paire, c’était des baby Jordans. Même chez éS, dès qu’il ne skatait pas, il portait des Air Force 1 blanches ou des Cortez. « J’étais supporter de Nike depuis la naissance. »

Et éS ? La marque a un roster plein de stars plus âgées. Un rookie de 20 ans pèse moins que Koston dans la balance. Sur le papier, laisser partir le plus jeune, ça ne coûte rien. C’est là que le calcul se complique.

Paul Rodriguez jauge le spot Hubba Hideout à San Francisco en 2010, tête d'affiche Nike SB
Hubba Hideout, San Francisco, 2010. Cinq ans après le départ d’éS, P-Rod jauge un des spots les plus durs de la ville, en tête d’affiche Nike SB. Photo : Incase — CC BY 2.0, via Wikimedia Commons.

Les coulisses : le coup de fil à Koston et les cris de « vendu »

Quitter éS, pour P-Rod, ce n’est pas signer un papier. Il le raconte dans les Footnotes des Berrics : il a d’abord dû appeler Koston, appeler Tony chez éS, appeler plusieurs personnes. « On était proches, c’était une famille là-bas. » Une fois ce poids lâché, « le monde s’est ouvert ».

Dehors, ça grince. Le gamin de Girl chez la marque que les shops refoulaient huit ans plus tôt ? Il l’admet lui-même : il a pris des critiques, « vendu, ceci, cela ». Il dit ne jamais s’en être vraiment soucié. On a raconté en détail comment l’élève a signé chez Nike avant le maître.

Le vrai séisme arrive un an plus tard. En 2006, Koston quitte éS à son tour. Pas pour Nike : pour Lakai, la marque de chaussures de la famille Girl, avec une vidéo d’annonce sur YouTube. En deux saisons, éS perd son rookie et sa tête d’affiche.

2 départs en deux saisons : P-Rod quitte éS pour Nike SB en 2005, Koston quitte éS pour Lakai en 2006
Les coulisses en un chiffre : deux départs, deux saisons. Le coup de fil de P-Rod à Koston en 2005 annonçait le suivant. Source : Wikipedia — Paul Rodriguez, Eric Koston.

2005-2014 : ce que le swoosh a fait de la carrière de P-Rod

En 2007, Nike SB sort sa première vidéo, Nothing But The Truth. Marnell ouvre, P-Rod ferme. La dernière part, c’est la place du skateur sur qui la marque mise tout. À 22 ans, il l’a déjà.

Ensuite, il empile. Or aux X Games en 2009 et 2012. Un magasin, Primitive, ouvert en 2008 à Los Angeles. Une 30e place au classement Transworld des skateurs les plus influents de tous les temps, en 2011. Et en mai 2014, la P-Rod 8.

Un dirigeant Nike lui glisse alors un chiffre. Ils ne sont que quatre athlètes de la maison à avoir sorti huit chaussures signature : Michael Jordan, Kobe Bryant, LeBron James. Et lui. Le gamin aux baby Jordans a rejoint Jordan.

Paul Rodriguez en push sur un passage piéton de San Francisco, 2010, vu d'en haut
San Francisco, 2010 : un push sur un passage piéton. Entre la P-Rod 1 et la P-Rod 8, la carrière a changé d’échelle, le geste non. Photo : Incase — CC BY 2.0, via Wikimedia Commons.

Nike SB et éS après 2005 : le marché change de mains

Pour Nike, P-Rod est la preuve que ça peut marcher. En 2009, Koston quitte Lakai et rejoint à son tour Nike SB, avec la Koston 1. Il explique plus tard qu’il avait passé des années à copier des Nike chez éS et chez Lakai, sans jamais arriver à les reproduire vraiment. Chez Nike, il a enfin les outils.

Lis bien cette phrase. Le skateur qui portait éS reconnaît qu’éS dessinait d’après Nike. La marque qui avait refoulé Nike en 1997 courait derrière lui dix ans plus tard.

Pour éS, la suite est plus sèche. À la mi-2012, la marque annonce une pause. Elle revient en 2014 avec des séries spéciales, distribuées dans une poignée de shops choisis. En mai 2024, etnies, éS et Emerica sont rachetées par le groupe suisse Nidecker. Pendant ce temps, Emerica, elle, refusait de devenir Nike.

Attention, aucune source ne dit que le départ de P-Rod a mis éS en pause. Ce serait trop simple, et faux à écrire. Ce que les dates montrent, c’est une hémorragie : le rookie en 2005, la star en 2006, puis plus rien en 2012.

2012 : éS annonce une pause, l'année où P-Rod sort sa sixième chaussure Nike SB, le marché a changé de mains
Le marché après 2005, résumé en une date : éS met la marque en pause, Nike SB ouvre son centre d’entraînement à Los Angeles avec la sixième P-Rod. Source : Wikipedia — Sole Technology, Nike SB.

Verdict : qui a perdu le plus en 2005 ?

P-Rod a perdu quelque chose, c’est vrai. Une famille, de son propre aveu. Des cris de « vendu ». Il a gagné huit chaussures, une part de fin, une place à côté de Jordan et une marque à lui.

Verdict : Paul Rodriguez face au Bay Bridge en 2010, celui qui n'a pas perdu le plus en quittant éS
San Francisco, 2010, face au Bay Bridge. Cinq ans après le départ d’éS, P-Rod est le visage de Nike SB. Celui qui a perdu le plus, ce n’est pas lui. Photo : Incase — CC BY 2.0, via Wikimedia Commons.

Nike n’a rien perdu. Elle a trouvé le visage qui lui manquait depuis 1997, puis récupéré Koston quatre ans plus tard.

C’est éS qui a perdu le plus. Pas un rider : la décennie suivante. En 2005, la marque laisse filer un rookie de 20 ans parce qu’elle a Koston. En 2006, elle n’a plus Koston. Le gamin qu’elle chaussait est devenu l’un des quatre athlètes Nike à huit modèles signature. éS, elle, était en pause.

Aujourd’hui, P-Rod poste encore des sessions de test de la P-Rod 1, vingt ans après. Quand une chaussure de 2005 revient tester le béton en 2025, tu sais de quel côté est parti l’avenir.

Toi, en 2005, t’étais plutôt éS ou Dunk SB aux pieds ? Et si éS avait gardé P-Rod, elle serait où aujourd’hui ?Dis-le en commentaire ↓

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Le lexique

  1. 1

    S.K.A.T.E.

    Jeu en duel : un skateur pose un trick, l'autre doit le refaire du premier coup. Chaque raté donne une lettre ; le premier qui écrit SKATE a perdu.

  2. 2

    part

    La séquence d'un skateur dans une vidéo de marque. La dernière part revient à celui sur qui l'équipe mise le plus.

  3. 3

    chaussure signature

    Modèle qui porte le nom d'un skateur pro, vendu sous son nom par la marque qui le sponsorise.

  4. 4

    Rookie of the Year

    Titre annuel décerné par un magazine au meilleur skateur fraîchement passé pro.

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