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P-Rod 1, 2005 : la première exigence de Paul Rodriguez, 19 ans, venait d’un Foot Locker. Laquelle ?

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P-Rod 1, 2005 : la première exigence de Paul Rodriguez, 19 ans, venait d’un Foot Locker. Laquelle ?

À 19 ans, P-Rod dessine sa première Nike SB avec un designer de la marque. Sa toute première demande ne sort pas du skate : elle sort d’un Foot Locker de son enfance.

9 octobre 2026 · 10 min de lecture

Faits sourcés, ligne street 1990-2005.

Une signature collective : chaque date, chiffre ou citation a une source. Une erreur ? On corrige. Qui écrit NOSK8

En 2004, Paul Rodriguez a 19 ans et une page blanche devant lui : sa première chaussure chez Nike SB, la future P-Rod 1. En face, un designer, Michael Hernandez, qui lui demande ce qu’il aime. Le gamin a déjà sa réponse. Elle ne vient pas d’un skatepark. Elle vient d’un Foot Locker, quand il avait 8 ans.

La P-Rod 1 sort en 2005. Nike SB la présente aujourd’hui comme la chaussure de son premier athlète signature. Vingt ans plus tard, la marque la ressort à l’identique. Entre les deux : dix modèles numérotés, une vidéo tournée sur trois continents, un graffeur new-yorkais, et un logo de supermarché que les avocats ont fait sauter. On remonte le fil. Qui dessinait, qui filmait, qui payait. Et cette première exigence.

2004 : Nike SB cherche un visage, P-Rod cherche son nom sur une boîte

Nike arrive dans le skate en 1997 et se fait refouler des shops. En 2002, le label SB sort la Dunk Low SB. Ventes moyennes. Il manque un visage. En 2004, la marque signe Paul Rodriguez comme figure de proue, en même temps que l’Australien Lewis Marnell. Le coup de fil à Koston et le départ d’éS, on les a racontés en détail dans qui a perdu le plus dans ce départ. Ici, on s’intéresse à l’objet.

Qui paye ? Nike, évidemment. Le montant du contrat n’a jamais été rendu public, et on ne va pas en inventer un. Ce qu’on sait, c’est ce que P-Rod en dit lui-même dans sa vidéo sur la P-Rod 1, postée sur sa chaîne en 2023 : un modèle signature chez Nike, c’était « au-delà de ce que je pensais pouvoir faire en skate ». Une surprise, dit-il. À 19 ans, il n’avait jamais dessiné une chaussure.

Paul Rodriguez assis sur un muret à San Francisco en 2010, ses chaussures Nike SB aux pieds avant la session
San Francisco, 2010. Cinq ans après la P-Rod 1, P-Rod se prépare sur un muret, Nike SB aux pieds. Le swoosh est devenu sa tenue de travail. Photo : Incase — CC BY 2.0, via Wikimedia Commons.

P-Rod 1 : Michael Hernandez, une plaque de carbone et le « landing primo »

Le designer s’appelle Michael Hernandez. Il dessine avec P-Rod ses premiers modèles. Au début, il lui « fouille le cerveau », raconte le skateur. Qu’est-ce que tu écoutes, qu’est-ce que tu portes, qu’est-ce qui te fait kiffer.

Trois demandes sortent de ces séances. La première, on la garde pour la fin. La deuxième, c’est une protection contre le landing primo. Hernandez trouve la réponse : une petite plaque en fibre de carbone au milieu de la semelle. « Ça aidait vraiment beaucoup », dit P-Rod. La troisième, c’est un bout rond, parce que ça colle à sa façon de flicker.

Le reste, c’est Hernandez qui le prend en main. P-Rod l’avoue : il passait son temps à skater, pas à penser design. Le designer remarque son goût pour les trucs « fancy », un peu flashy. Il crée le logo PR et le décline en motif, clin d’œil assumé aux imprimés Gucci. Ce logo, Nike SB l’utilise encore.

Le coloris de lancement tient en deux couleurs : cuir blanc, swoosh noir. Le magazine Sneaker Freaker résume le résultat en 2025 : la P-Rod 1 ressemblait plus à une chaussure de training qu’à une skate shoe classique, « et c’était tout l’intérêt ». Zoom Air au talon, empiècements cuir, mesh respirant. Une Nike qui assume d’être une Nike.

À lire aussi : Jerry Hsu, 2007 : Nike lui propose un contrat, il signe chez Emerica à cause d’un questionnaire — qu’y avait-il dedans ?

Andy Jenkins, Stash et un Jumpman sur la languette

Ensuite viennent les quick strikes, ces séries limitées qui ne passent pas par la grande distribution. P-Rod en garde trois en tête. La première serait signée Andy Jenkins, le graphiste de Girl, la marque de planches de P-Rod à l’époque. Lui-même précise qu’il n’en est pas certain. Une toile couverte d’un collage qui tient de la carte et du plan d’architecte.

La deuxième est confiée à Stash, graffeur new-yorkais déjà reconnu. P-Rod monte à New York, passe du temps dans son studio. Le graffeur grave au laser une skyline de New York dans le cuir, une technique toute neuve chez Nike à ce moment-là. En 2022, pour la vidéo des 20 ans de Nike SB, P-Rod ressort exactement cette paire.

La troisième, c’est la J-Rod. Imprimé éléphant, et le Jumpman de Michael Jordan sur la languette. P-Rod pense que c’est la première chaussure hors Jordan à porter ce logo, et il demande aux commentateurs de le corriger s’il se trompe. Quand il montait au siège de Nike, il demandait à se garer sur la place de parking de Jordan, quand elle était libre.

Sur cette paire, il voulait un autre logo. Celui d’Albertsons, le supermarché à côté de chez lui. Il skatait tous les jours après l’école sur leur quai de chargement. C’est là qu’il a appris ses flips. Pour des raisons juridiques, le logo saute de la version commerciale. Il n’existe que sur des échantillons, « trois à cinq paires », estime-t-il. Il en garde une. Son Graal personnel.

Paul Rodriguez passe le wax sur un ledge en béton à San Francisco en 2010, sa planche posée à côté
San Francisco, 2010 : P-Rod wax un ledge avant de le skater. Le même rituel que sur le quai de chargement d’Albertsons, dont le logo a failli finir sur sa J-Rod. Photo : Incase — CC BY 2.0, via Wikimedia Commons.

La timeline

La lignée P-Rod

  1. 2005Paul Rodriguez présente sa P-Rod 1 Zoom Air, première chaussure signature Nike SBP-RodLa P-Rod 1 sort. Cuir blanc, swoosh noir, Zoom Air au talon, plaque carbone sous le pied.
  2. 2011Publicité Nike SB pour la Paul Rodriguez 5P-RodP-Rod 5 : premier modèle de la série sorti en low et en mid en même temps.
  3. 2017Nike SB Paul Rodriguez Ten, Welcome to the ClubNike SBP-Rod 10, dernier modèle numéroté. Nike signe la vidéo d’une phrase : « Few get one. Fewer get ten. »
  4. 2025Paul Rodriguez teste la réédition 2025 de la P-Rod 1P-RodRéédition de la P-Rod 1 en mai, dans son coloris d’origine, pour les 20 ans de P-Rod chez Nike.
  5. 2026Paul Rodriguez, dernière session test de la P-Rod 1P-RodEn août, il poste sa dernière session test de la réédition. La chaussure de 2005 skate encore.

Qui filmait : Nothing But The Truth – 2007, trois ans de rushes

Une chaussure signature, ça se vend avec des images. La première vidéo de Nike SB s’appelle Nothing But The Truth – 2007. Réalisation Lionel Goldstein, avant-première à New York. Lewis Marnell ouvre, P-Rod ferme. La dernière part, c’est la place du rider sur qui la marque mise tout.

Derrière la caméra, au quotidien, il y a Nigel, le pote qui le filme. P-Rod raconte dans son commentaire de la part, publié par Nike SB : à l’époque, on pouvait garder des images deux ou trois ans avant la sortie. Sa toute première pub Nike, un frontside flip, finit dans la vidéo. Il filme partout : Londres, Majorque, Barcelone, Malibu, l’Australie. Les ledges d’Albertsons aussi, où il tenait à caser un switch tre flip et un noseslide dans la même ligne. Il la plaque à la dernière minute, juste avant de devoir partir.

Et qui payait était sur place. En Australie, Sandy Bodecker, le cadre de Nike qui a monté SB, assiste à la session. Ce jour-là, un gamin du coin traîne avec Nigel. Il s’appelle Stevie Perez. Aujourd’hui, tout le monde le connaît comme pro, souligne P-Rod.

Pour la musique, P-Rod voulait Nirvana, son groupe préféré. Les droits coûtaient une fortune. Ce sera Sonic Youth. Une chose était sûre pour lui : pas de rap, « parce que c’était ce qu’on attendait de moi ».

Paul Rodriguez commente sa part dans Nothing But The Truth (Nike SB, 2007)

Regarde ses pieds pendant la part. Le switch tre flip, les nosegrinds, le gap australien : c’est là que la plaque carbone et la bulle d’air prennent tout leur sens.

Paul Rodriguez s'étire avant une session à San Francisco en 2010, semelle de sa Nike SB face à l'objectif
San Francisco, 2010 : P-Rod s’étire, semelle Nike SB face à l’objectif. Sous cette semelle, depuis la P-Rod 1, il y a toujours eu de quoi encaisser les réceptions. Photo : Incase — CC BY 2.0, via Wikimedia Commons.

À lire aussi : Paul Rodriguez, 2005 : il quitte éS pour sa première Nike SB — qui a perdu le plus ?

Ce que la P-Rod 1 a déclenché : dix modèles et un club

En 2005, la P-Rod 1 n’arrive pas seule. La même année, Lance Mountain pousse la Blazer SB, version skate d’une basket des années 70. Nike SB a compris la recette : une histoire, un nom, un modèle. En 2009, Koston arrive chez Nike. En 2012, il sort sa première signature avec la marque. Brian Anderson suit en 2013 avec le Project BA.

P-Rod, lui, enchaîne. Sa P-Rod 5 sort en 2011 en low et en mid en même temps. En juillet 2012, Nike ouvre 6th and Mill, son centre d’entraînement privé dans le centre de Los Angeles, le jour du lancement de sa P-Rod 6. La P-Rod 7 de 2013 lorgne vers la Jordan 1. La P-Rod 8, en mai 2014, a droit à une pub de l’agence Wieden+Kennedy, et à une fuite sur internet des mois avant sa sortie.

Encart : 10 chaussures signature Nike SB pour Paul Rodriguez, de la P-Rod 1 en 2005 à la P-Rod 10 en 2017
De la P-Rod 1 à la P-Rod 10 : douze ans de modèles numérotés, ouverts par une chaussure dessinée à 19 ans. Sources : Nike SB, Sneaker Freaker.

En juin 2017 sort la P-Rod 10, la dernière numérotée. Nike la lance avec une phrase qui dit tout : « Few get one. Fewer get ten. » Peu de skateurs ont un modèle. Encore moins en ont dix. Et Nike SB, aujourd’hui, le présente comme son premier athlète signature, avec plus de dix modèles à son nom.

La première exigence : une bulle d’air, et un Foot Locker

Retour à 2004, face à Michael Hernandez. La toute première chose que P-Rod demande, avant la plaque carbone, avant le bout rond : quelle que soit la chaussure, il veut une bulle d’air. Un airbag visible, comme sur les Jordan.

La raison remonte à l’école primaire. P-Rod est le plus petit de sa bande. Ses potes ont des Jordan avec la bulle, et pour lui c’est « le truc le plus cool du monde ». Sa mère l’emmène chez Foot Locker. Mauvaise surprise : dans sa pointure, le modèle existe, mais sans bulle. Elles ne commencent qu’à partir d’une taille au-dessus, croit-il se souvenir. Le gamin repart triste.

Ferme les yeux deux secondes. Un rayon de Foot Locker, la boîte ouverte, la semelle retournée, et pas de fenêtre sous le talon. Onze ans plus tard, le même gamin a un designer Nike en face de lui. « Je voulais vraiment cette bulle d’air, pour rattraper le moment où j’avais 8 ans et où je ne pouvais pas en avoir », dit-il. Voilà la réponse : la première exigence de P-Rod pour la P-Rod 1 ne venait ni du skate ni du marketing. Elle venait d’une frustration d’enfant.

Et c’est peut-être pour ça que la série a tenu dix modèles. Une chaussure signature qui marche, ce n’est pas une fiche technique. C’est une histoire que tu peux raconter en une phrase. Le gamin trop petit pour les Jordan qui finit avec le Jumpman sur la languette, ça se raconte.

En mai 2025, la réédition reprend tout : cuir blanc, swoosh noir, Zoom Air, motif PR, plaque carbone. P-Rod la teste en session sur sa chaîne. Sa fiche complète est sur la page rider de P-Rod, et la suite business dans pourquoi il a monté Primitive au lieu de signer ailleurs. La bulle d’air de ses 8 ans, elle, est toujours sous le talon.

T’as déjà skaté une P-Rod ? Laquelle des dix, et elle a tenu combien de sessions avant de lâcher ?Dis-le en commentaire ↓

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Le lexique

  1. 1

    Landing primo

    Quand la planche retombe sur la tranche et que tu atterris dessus. Le pied part de travers, souvent en descente de marches.

  2. 2

    Quick strike

    Série limitée d'une chaussure, distribuée en petite quantité, souvent avec un artiste invité.

  3. 3

    Zoom Air

    Coussin d'air sous pression placé dans la semelle Nike, ici au talon, pour amortir les réceptions.

  4. 4

    Flick

    Le coup de pied qui fait tourner la planche sur un flip. Un bout de chaussure rond aide à le doser.

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