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Jamie Foy encaisse des handrails depuis dix ans : comment un corps tient ça ?

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Jamie Foy encaisse des handrails depuis dix ans : comment un corps tient ça ?

Deux chevilles cassées avant 17 ans, un KO sur un rail, deux titres de Skater of the Year. Jamie Foy ne fait ni régime ni salle. Alors qu'est-ce qui le tient debout ?

26 septembre 2026 · 12 min de lecture

Faits sourcés, ligne street 1990-2005.

Une signature collective : chaque date, chiffre ou citation a une source. Une erreur ? On corrige. Qui écrit NOSK8

Un menu de 12 nuggets Chick-fil-A, et juste derrière, un kickflip front crook sur un rail de 15 marches. C’est comme ça qu’un pote de Jamie Foy résume le bonhomme, en juin 2026, dans l’épisode d’Epicly Later’d que VICE lui consacre. Un autre le pointe du doigt et lâche : regarde son gabarit, c’est un des meilleurs athlètes du monde.

Ça fait dix ans que Jamie Foy descend des handrails que les autres regardent de loin. Il débarque en Californie en 2016. Il est Skater of the Year pour Thrasher en 2017, puis encore en 2024. Entre les deux, des rails de 20 marches, des slams que les filmeurs n’aiment pas revoir. Alors la question se pose toute seule : comment un corps tient ça ?

1997, Deerfield Beach : sur une planche avant de savoir marcher

L’histoire commence en couche-culotte. Jamie Foy naît le 14 juin 1996 à Deerfield Beach, en Floride. Selon Red Bull, il voit une planche à un an, rampe dessus et se pousse. Sa mère raconte que les grands du quartier venaient frapper à la porte : « Madame Foy, Jamie a besoin d’être changé. »

À trois ans, premier contest. Il ne sait faire que des drop-in. Il finit quatrième ou cinquième, et comme c’est le plus petit, on lui file un an de pizzas Pizza Hut. Sa mère est ravie. Lui, il retient surtout qu’il y a quelque chose à gagner.

Jamie Foy monte sur une planche à 1 an, à Deerfield Beach : son corps de skateur se construit avant de savoir marcher
Le chiffre qui explique beaucoup : Jamie Foy skate depuis ses 1 an. À 22 ans, il comptait déjà vingt ans de chutes. Source : VICE, Epicly Later’d – 2026 et Red Bull.

Vers 12 ans, il dit à sa mère qu’il doit skater la rue. Il prend le Tri-Rail, le train régional, jusqu’à Miami, et y passe la journée. Les rampes indoor de Floride, c’était l’école. La rue, c’est le vrai examen, et le corps commence à payer.

Avant 17 ans : deux chevilles cassées et un fauteuil au collège

En 2018, sur la chaîne de The Berrics, Jamie Foy fait l’inventaire de ses pires chutes. À 13 ans, avec un pote, il saute du toit d’une cabane de jardin, environ 2,50 mètres. Le but : kickflip en drop sur une planche de bois posée dans l’herbe. Il plaque primo. Une cheville se tord sur la board, l’autre sur le bois qui rebondit.

Deux ans plus tard, en échauffement d’un contest, il tente un nollie front shove sur six ou sept marches. La planche retombe primo, ses deux pieds se coincent dans les passages de roue. Une cheville fracturée, l’autre salement tordue. Plâtre d’un côté, botte de l’autre. Il va au collège en fauteuil roulant. Son souvenir ? Il faisait des wheelies dans les couloirs.

Jamie Foy's Battle Scars - The Berrics, 2018

Il y a aussi la chute devant la maison. Un kicker bricolé avec des caisses de lait, une plaque de contreplaqué et un panneau de signalisation. Tracté par son scooter électrique, il vole, le panneau cède, et sa tête finit sur le rail. Il cache l’histoire à sa mère pendant trois ans. Le clip finit dans l’émission Ridiculousness sur MTV, qui le lui paie quelques centaines de dollars.

En 2017, la VHS n’existait plus, mais le rituel, si. Un soir de décembre, Thrasher sort « My War » sur YouTube. Tu lances sur ton téléphone, cinq minutes de tentatives sur un rail de vingt marches. Tu entends les roues claquer sur les joints du béton, tu vois le rider rater, remonter, rater encore. Et à la fin tu reviens en arrière, juste pour voir la seconde où ça tient.

Le « West Coast Humbler » et la carapace de Bowser

Ceux qui filment Jamie Foy disent tous la même chose : ses slams sont monstrueux. Un de ses potes raconte dans Epicly Later’d qu’il ne se réceptionne pas comme tout le monde. Sur les grosses chutes, il se cambre, roule sur le dos, puis se relève. Quand on lui demande comment il fait, il répond : « C’est ma carapace de Bowser. » Oui, le boss de Mario.

La carapace ne marche pas à tous les coups. Sa pire chute, il l’a baptisée le « West Coast Humbler » : la planche se bloque sur le rail, et sa tête ripe sur le sol. Sa mère dit qu’il avait l’air d’une poupée de chiffon. Même ses amies à elle détournent les yeux quand elles voient les images.

Il y a pire, dans la liste de The Berrics. Sur un rail d’une vingtaine de marches en Californie, il rate un nosegrind et se fait assommer net. En touchant le sol, il entend dans sa tête une chanson de l’école primaire. Le lendemain, il prend le premier Megabus pour une finale de contest. Il finit troisième et empoche 1 500 dollars.

1 500 dollars : assommé la veille sur un handrail, Jamie Foy finit 3e d'une finale de contest le lendemain
Le corps de Jamie Foy encaisse un KO sur un rail, et le lendemain il repart en contest. Troisième, 1 500 dollars en poche. Source : The Berrics, Battle Scars – 2018.

Même topo au contest Zappos, sur un double set. Une roue se coince dans une fissure rebouchée au bondo, il part en arrière, rebondit sur le dos comme un galet, dévale les quatre dernières marches et atterrit sur ses pieds. Sur un rail jaune à sept kinks, il se blesse à l’entrejambe en glissant dans un feeble. Sur un autre spot, il se tape la main si fort qu’il ne la sent plus pendant vingt ou trente minutes. Il remonte l’escalier et rentre le trick quatre ou cinq essais plus tard.

La timeline

Carrière

  1. 2016Jamie Foy sur King of the Road 2016, le rookie de Floride face aux handrailsThrasherKing of the Road avec Deathwish. Il vient d’arriver en Californie et dort souvent dans sa voiture.
  2. 2017Jamie Foy et le front crook du handrail d'El Toro dans My War de Thrasher, 2017ThrasherPro chez Deathwish, front crook sur El Toro, première couverture de Thrasher, puis Skater of the Year.
  3. 2019Jamie Foy, médaille de bronze Real Street aux X Games 2019X GamesBronze Real Street aux X Games. En 2021, il ajoute l’argent en street et l’or en best trick.
  4. 2024Jamie Foy dans Intervals - 2024, la vidéo New Balance Numeric de sa deuxième année Skater of the YearNew BalanceIntervals, Charred Remains, Honeymoon, Baker Has a Deathwish 2 : l’année qui lui rapporte son deuxième titre.
  5. 2025Aftermath - 2025, la part Red Bull de Jamie Foy après son deuxième Skater of the YearRed BullAftermath, sa part Red Bull. Pas de pause après le titre, les rails continuent.
  6. 2026Jamie Foy dans Epicly Later'd - 2026, deux fois Skater of the Year et pêcheur en FlorideVICEVICE le suit en Floride, sur un bateau de pêche. Ses potes racontent les slams, lui la peur.

El Toro, 2017 : vingt 50-50 avant le front crook

El Toro, c’est le handrail de 20 marches d’un lycée de Lake Forest, en Californie. Thrasher en parle comme d’un monolithe depuis le lipslide de Heath Kirchart dans The End. Ty Evans, le filmeur, demande à Foy s’il se sent de le front crooked.

Foy fait d’abord un test. Il va y poser un front feeble avec Deathwish, au deuxième ou troisième essai. Personne ne l’avait fait. Tout fier, il appelle Ty : « C’est bon, le front crook, je l’ai. » Rendez-vous dans deux semaines. Le lendemain, il se réveille, fixe le plafond et regrette. Les deux semaines lui paraissent interminables.

Le jour J, il le dit à Ty dès l’arrivée : « Je suis terrifié. » Quelques semaines plus tôt, il avait filmé Nyjah Huston taper violemment de la tête sur un autre spot, au point de faire des convulsions. Ty le rassure : échauffe-toi, sens le truc, et si tu ne le fais pas, aucun souci.

Au moins vingt 50-50 sur le handrail d'El Toro avant le front crook de Jamie Foy en 2017
Avant de risquer son corps sur El Toro, Jamie Foy grinde le rail au moins vingt fois en 50-50, pour caler la vitesse à l’oreille. Source : VICE, Epicly Later’d – 2026.

Alors il grinde. Au moins vingt 50-50, pour avoir « les plans » : la vitesse, l’appel, tout. Il le dit lui-même : sur un beau handrail, s’il a le temps, il le grinde cinquante fois pour pouvoir le faire les yeux fermés. Il retient même le son de ses roues sur les joints du béton. Un « da-toung » régulier, qui dit que la vitesse est la bonne.

Au moment d’y aller, le son change. Ça claque trop vite. Il se dit qu’il va beaucoup trop vite, et il s’arrête. Il remonte, repart, retrouve le bon rythme. Il se souvient de s’accroupir pour popper, puis d’un écran noir. Il atterrit, s’éloigne les bras en l’air. Premier essai. Photo d’Atiba Jefferson, première couverture de Thrasher. Atiba lui demande de le refaire pour un autre angle. Réponse : non.

My War: Jamie Foy - Thrasher, 2017

Chick-fil-A, zéro légume : le régime qui n’en est pas un

Tu t’attends à une routine de salle, des bains glacés, un coach. Ses potes rigolent. Dans Epicly Later’d, l’un d’eux est formel : il n’est pas sur un programme santé, et il ne croit pas l’avoir vu toucher un légume. En road trip, Foy repère un Bojangles depuis la banquette arrière avant de repérer un spot.

Le matin, c’est bacon, œufs, pancakes. Il se moque de ceux qui prennent un smoothie ou une salade : « Tu vas avoir faim dans une heure. » Il faut que ça tienne toute la journée. Côté soirées, pareil, rien de rock’n’roll. Un pote de la génération d’avant le dit : pour lui, fêter un trick, c’est déjà viser le suivant. Le skate, c’est son vice.

Le seul soin qu’on lui connaît en public, c’est une pub. En 2022, il vante une argile de la marque Clayer qu’il étale sur ses articulations enflammées et ses bleus. Le détail compte moins que l’aveu : à 25 ans, il avait déjà des articulations qui gonflent.

2024 : le deuxième SOTY, fait exprès

Le premier titre, en 2017, lui tombe dessus. Flow, am, pro et Skater of the Year la même année. Il le dit dans Epicly Later’d : il l’a presque eu par accident, et il ne savait pas si c’était un coup de chance. Alors en 2023, il change de méthode.

Jamie Foy, Skater of the Year Thrasher en 2017 puis en 2024 : sept ans de handrails entre les deux titres
Deux titres, sept ans d’écart. Entre les deux, un corps qui encaisse et un rider qui apprend à choisir ses batailles. Source : Thrasher Magazine.

Ses parts Dickies, New Balance et Deathwish sont repoussées et tombent toutes en 2024. Il appelle Andrew Reynolds et propose de filmer toute l’année pour sortir une part de plus, dès janvier. Ses potes remarquent qu’il garde ses images, peut-être deux ans. Il prend l’avion pour l’Allemagne, deux fois, juste pour aller voir un rail. Il plaque un heelflip backtail sur le spot d’UCI. Thrasher le sacre fin 2024.

Alors, comment le corps de Jamie Foy tient ça ?

La réponse n’est ni dans une salle de sport ni dans une assiette. Ses potes le jurent. Le corps de Jamie Foy tient pour trois raisons, et chacune se paie.

La première : il a appris à tomber avant de savoir marcher. Vingt ans de chutes à 22 ans, ça fabrique un réflexe. Sur une grosse gamelle, il ne tend pas les bras, il roule sur la carapace. Son dos prend ce que ses poignets ne prendraient pas.

La deuxième : il enlève l’inconnu avant de prendre le risque. Vingt 50-50 avant un front crook, l’oreille collée au bruit des roues. Et quand le son est faux, il s’arrête. Le vrai danger, sur un handrail, c’est la vitesse mal jugée. Lui la règle à l’oreille, pas au courage.

La troisième : il choisit ses batailles. En 2024, il planifie, garde ses images et va chercher le rail qui vaut le voyage. Il le résume ainsi : aujourd’hui, 75 % du skate, c’est de se présenter. Il ajoute qu’il y a des jours où il est blessé.

Comment le corps de Jamie Foy tient : 75 % du skate consiste à se présenter, même les jours où il est blessé
Comment son corps tient ? D’abord en se présentant, même blessé, puis en choisissant le rail qui vaut le coup. Source : VICE, Epicly Later’d – 2026.

Et le prix est là, noir sur blanc. Deux chevilles cassées avant ses 17 ans, un KO sur un rail d’une vingtaine de marches, des articulations qui gonflent à 25 ans. Son résumé à lui tient en quatre mots : « You gotta pay to play. » Le corps ne tient pas parce qu’il est épargné. Il tient parce que Foy a accepté de payer, et qu’il a appris à payer moins cher.

Aujourd’hui, quand un kid de quinze ans grinde dix fois un rail en 50-50 avant d’oser le trick qu’il a en tête, il y a de bonnes chances qu’il ait vu une part de Foy. Le handrail n’est plus un pari. C’est un rail qu’on écoute, qu’on apprivoise, puis qu’on attaque.

Pour remonter le fil, relis le premier handrail de Mark Gonzales en 1986. Et si le front crook te fait de l’œil, commence par comprendre pourquoi un seul truck te porte.

Et toi, tu grindes combien de fois un rail en 50-50 avant de tenter ton vrai trick ? Balance ton chiffre, et la pire chute qui t’a appris à tomber.Dis-le en commentaire ↓

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Le lexique

  1. 1

    front crook

    Frontside crooked grind : le skateur glisse sur le rail avec le seul truck avant, la planche en biais, le nose appuyé contre l'obstacle.

  2. 2

    50-50

    Grind où les deux trucks glissent en même temps sur le rail ou le rebord. Le grind de base, celui qui sert à prendre la mesure d'un spot.

  3. 3

    feeble

    Grind où le truck arrière glisse sur le rail pendant que le truck avant passe par-dessus, de l'autre côté.

  4. 4

    kink

    Cassure d'un handrail qui change d'angle en cours de route. Un rail à plusieurs kinks enchaîne plat et pente.

  5. 5

    bondo

    Mastic de carrosserie que les skateurs utilisent pour reboucher les fissures d'un sol avant de filmer.

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