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44 % des blessures en skate sont des fractures : comment on apprend à tomber sans se casser ?

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44 % des blessures en skate sont des fractures : comment on apprend à tomber sans se casser ?

Sur 5 026 blessures de skate recensées aux urgences, 44 % sont des fractures — et le poignet encaisse le plus. Les 3 réflexes à installer, dans l'ordre.

11 septembre 2026 · 10 min de lecture
Guillaume Martin

Rédacteur skate chez NOSK8.

Spots, portraits et culture skate française — chaque article est relu et sourcé. Trois générations de pros au compteur. Chronique mensuelle.

Sur 5 026 blessures de skate recensées aux urgences, 44 % sont des fractures — et le poignet encaisse le plus. Les 3 réflexes à installer, dans l'ordre.


Niveau : Débutant

Personne ne t’a jamais appris à tomber. On t’a appris à poser tes pieds, à pousser, à tenter l’ollie — mais la chute, tout le monde fait comme si c’était un accident. Alors qu’en vrai, c’est le geste que tu vas répéter le plus souvent dans les six prochains mois.

Et ce geste, il se fait bien ou mal. Sur 5 026 blessures de skate recensées en dix ans dans les urgences de la Gold Coast australienne, 44 % étaient des fractures. Pas des bleus, pas des éraflures. Des os cassés.

Le truc, c’est que la plupart partent du même réflexe. Et un réflexe, ça se remplace. Voilà ce qui se passe vraiment dans la demi-seconde où tu pars, et les trois automatismes à installer — dans l’ordre.

Evite l’erreur classique

Tendre les bras vers le sol, paumes en avant, coudes bloqués. C’est le réflexe naturel du corps, et c’est exactement celui qui casse. Tout ton poids plus la vitesse arrivent d’un coup sur une articulation grosse comme un galet. Le poignet ne fait pas le poids — au sens propre.

Ce que ton corps encaisse vraiment quand tu pars en avant

Tomber en skate sans se blesser : ce que ton corps encaisse, en vidéo (Braille Skateboarding)

L’étude australienne publiée en 2024 a passé au crible toutes les entrées aux urgences liées au skate entre 2008 et 2018. Les chiffres sont froids et ils disent tous la même chose.

Sur les fractures, 56 % touchent le haut du corps. Et dans ce haut du corps, 57 % concernent le poignet et la main. Autrement dit : près d’une fracture sur trois, tous types confondus, se joue au bout de tes bras. L’âge moyen des blessés ? 19 ans. Tu es pile dans la cible.

Le reste se répartit entre la cheville (45 % des blessures du bas du corps) et la tête — la moins fréquente, mais 11 % des blessures à la tête de cette étude ont demandé une prise en charge en neurochirurgie.

Jeunes skateurs casqués et protégés : ce que le corps encaisse quand on tombe en skate
Casque, genouillères, coudières : chez les plus jeunes, personne ne discute. C’est pourtant le même béton qui attend tout le monde. Photo : Steven Pisano — CC BY 2.0, via Wikimedia Commons.
  1. La tête — rare mais irrattrapable. Un choc à l’arrière du crâne ne prévient pas, et un casque reste la seule pièce qui joue à ta place là-dessus.
  2. Les poignets et les mains — la zone numéro un. C’est là que ton réflexe naturel t’envoie, et c’est la pièce la plus fragile du lot.
  3. Les genoux — tu tombes dessus en descendant d’un module, ou tu racles le béton. Douloureux, salissant, évitable.
  4. Les coudes — deuxième point d’impact quand le bras cède. Tu ne les sens pas passer sur le moment, tu les sens le lendemain.
  5. Les chevilles — pas de protection possible, juste des chaussures correctes et l’habitude de sauter les deux pieds à plat.

Lâcher la planche : le geste qui te sauve le poignet

Chute en bowl : la planche part sur le côté et la main du skateur file vers le béton
La planche est déjà partie, et la main file vers le béton : c’est exactement le réflexe qui casse les poignets. Photo : Nikolay Loubet — CC BY 3.0, via Wikimedia Commons.

Regarde n’importe quelle chute de débutant filmée au ralenti. Il se passe toujours la même chose : le skateur essaie de garder la planche sous ses pieds une demi-seconde de trop, il se cabre, et quand il part enfin, il part en arrière, bras tendus.

La planche ne se rattrape pas. Une fois que les roues sont parties de travers, c’est fini — tu peux tirer sur ta cheville autant que tu veux, la physique a déjà tranché. Le seul truc qui te reste, c’est où tu poses ton corps.

Donc tu lâches. Tôt. Tu laisses la planche filer et tu t’occupes uniquement de toi. Ça a l’air évident écrit comme ça, et pourtant c’est l’automatisme qui met le plus de temps à s’installer — parce que le cerveau, lui, veut sauver l’objet à 90 €.

A retenir

Avant de lâcher, un coup d’œil : la planche part toujours quelque part. Envoie-la vers un mur, un bac, une zone vide — jamais vers quelqu’un. Une board lancée à hauteur de tibia dans un skatepark bondé, c’est le meilleur moyen de te faire détester en une session.

Rouler plutôt qu’encaisser : la règle des grandes surfaces

Rouler au lieu d'encaisser : roulade d'épaule, tête rentrée, dos arrondi
Rouler, ça s’entraîne : tête rentrée, dos arrondi, l’énergie part dans la rotation au lieu de rester dans le poignet. Photo : U.S. Marine Corps — domaine public, via Wikimedia Commons.

Un choc, c’est une quantité d’énergie qui doit partir quelque part. Si elle part dans un poignet, le poignet casse. Si elle part dans un avant-bras, puis une épaule, puis un dos qui roule sur trois mètres, elle se dilue et il ne reste qu’une belle éraflure.

C’est le principe exact de la roulade des parachutistes et des judokas : on ne bloque jamais, on transforme la descente en rotation. Toi, tu n’as pas besoin d’un dojo pour l’apprendre.

Le geste : tu rentres la tête, tu arrondis le dos, tu tournes légèrement l’épaule vers l’intérieur et tu laisses le sol défiler. Les mains restent près du corps, poings fermés — un poing fermé ne se plante pas dans le béton, une paume ouverte si.

À l’entraînement, tu fais ça sur de l’herbe, planche posée à côté, dix fois de suite. Ça a l’air ridicule. C’est exactement ce que font les riders qui skatent depuis quinze ans sans jamais avoir eu de plâtre.

Le moment où tu sautes au lieu de résister

Le moment où on saute au lieu de résister : trois skateurs en l’air, planche déjà partie
Trois skateurs, trois planches qui partent toutes seules : quand ça lâche, on saute au lieu de résister et on atterrit sur ses deux pieds. Photo : University of Michigan School for Environment and Sustainability — CC BY 2.0, via Wikimedia Commons.

Il y a un instant, très court, où tu sais que c’est fichu. Le nez de la planche accroche, un caillou bloque une roue, le grind lâche. Ton corps a encore le choix : résister, ou décider de partir.

Résister, c’est ce qui produit les pires chutes. Tu pars en retard, déséquilibré, sans contrôle, souvent en arrière — et une chute en arrière, c’est la tête et les poignets d’un coup.

Partir, c’est reprendre la main. Tu sautes, tu atterris sur tes deux pieds, genoux pliés, et tu cours. Oui, tu cours. Courir trois pas après avoir sauté, c’est de la vitesse que tu ne prends pas dans les côtes. C’est la première chose à travailler quand tu commences à descendre des trottoirs, là où la planche s’arrête net et pas toi.

Comment on reconnaît le moment ? À l’usage, et seulement à l’usage. Plus tu tombes en conscience, plus l’alarme se déclenche tôt. C’est aussi pour ça que tomber n’est pas un échec : c’est de l’info que ton cerveau range quelque part, et qui ressortira toute seule la prochaine fois.

Les 3 réflexes à installer — et l’ordre qui compte

Les 3 réflexes appliqués : le skateur est au sol, casque et genouillères ont encaissé à sa place
Fin de chute au fond du bowl : casque sur la tête, genouillères posées, il rigole encore. Les trois réflexes ont fonctionné dans l’ordre : il a lâché la planche, il est parti, il a roulé. C’est à ça que ressemble une chute réussie. Photo : felixtsao — CC BY 2.0, via Wikimedia Commons.

Voilà la réponse, celle pour laquelle tu es venu. Ces trois automatismes s’apprennent dans cet ordre précis, parce que chacun rend le suivant possible. Deux semaines par étape, à raison de quelques minutes en début de session.

1. Lâcher la planche, tout de suite. Le premier, parce que tant que tu tiens à ta board, tu ne peux rien faire d’autre. Exercice : sur l’herbe ou sur un sol souple, roule doucement et saute volontairement de la planche, vingt fois. Sans raison, sans trick. Juste pour que le geste devienne bête.

2. Atterrir sur tes deux pieds et courir. Le deuxième, parce qu’à basse vitesse, la plupart de tes chutes s’arrêtent là — tu n’iras même pas au sol. Exercice : pousse, prends un peu de vitesse, saute en avant, encaisse avec les genoux, cours trois pas. Vingt fois aussi.

3. Rouler quand le sol arrive quand même. Le troisième, parce qu’il ne sert que dans les cas où les deux premiers n’ont pas suffi — vitesse trop élevée, chute latérale, rampe. Exercice : roulades avant sur l’herbe, épaule rentrée, poings fermés. Dix par session pendant deux semaines et c’est gravé.

Dans cet ordre, jamais l’inverse. Un débutant qui apprend la roulade avant d’apprendre à lâcher sa planche va rouler avec une board dans les jambes — on a déjà vu plus malin.

Et par-dessus ces trois réflexes, une couche de matériel qui fait le travail pendant que les automatismes s’installent. La revue des études menées sur les snowboardeurs — même chute, même poignet — mesure un risque de blessure au poignet divisé par plus de quatre chez ceux qui portent des protège-poignets. Trois mois avec, le temps d’apprendre. Après, tu verras. Pour le casque, c’est une autre conversation — et elle est plus courte.

Questions fréquentes

Est-ce que je peux vraiment m’entraîner à tomber, ou c’est du pipeau ?

Tu t’entraînes à tomber comme tu t’entraînes à un trick : par répétition, au ralenti, sur un sol qui pardonne. L’herbe, un tapis, une pelouse de parc. Le but n’est pas de te faire mal une fois de plus, c’est de faire passer le geste du cerveau vers les jambes, pour qu’il sorte tout seul quand tu n’as plus le temps de réfléchir.

Les protections, ça fait pas un peu noob au skatepark ?

Les riders qui te regardent de travers pour des protège-poignets sont en général ceux qui ne skatent pas. Les autres ont déjà passé six semaines avec une attelle et savent très bien ce que ça coûte. Et si vraiment ça te gêne : commence par les porter les jours où tu apprends quelque chose de nouveau, c’est là que tu tombes le plus.

Pourquoi j’ai plus peur de tomber qu’au début ?

Parce que tu vas plus vite et que tu as maintenant un souvenir précis de ce que ça fait. C’est normal, et ça ne part pas en serrant les dents. Ça part en reprenant le contrôle : plus tu sais ce que ton corps fera au moment de partir, moins tu appréhendes. La technique de chute, c’est surtout de la gestion de trouille.

Je dois m’arrêter combien de temps après une grosse gamelle ?

Un choc à la tête, même léger, même avec casque : tu arrêtes la session, point. Pour le reste, la règle simple c’est que si tu ne peux pas poser ton poids dessus ou serrer le poing normalement, tu fais regarder ça par un médecin. Une douleur qui reste au même niveau trois jours plus tard n’est pas une courbature.

Tomber, tu vas le faire des centaines de fois. Le seul truc qui change, c’est si tu le fais en spectateur de ton propre corps ou en pilote. Lâche la planche, atterris sur tes pieds, roule quand il faut — dans cet ordre, deux semaines chacun. Le reste viendra parce que tu skateras plus souvent, et c’est exactement là que la progression se joue.

Bon ride.

C’est quoi ta pire gamelle depuis que tu skates ? Raconte comment tu es tombé. Dis-le en commentaire ↓

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Le lexique

  1. 1

    ollie

    Figure de base : on claque l'arrière de la planche au sol pour la faire décoller avec les pieds, sans les mains.

  2. 2

    grind

    Glisser sur une barre ou un rebord en appui sur les parties métalliques de la planche, sous le plateau.

  3. 3

    bowl

    Cuvette en béton aux parois courbes, héritée des piscines vides, où l'on skate en enchaînant les courbes.

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