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Charlotte Hym : 4 ans de thèse en neurosciences, puis les JO de Tokyo. Comment on tient les deux ?

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Charlotte Hym : 4 ans de thèse en neurosciences, puis les JO de Tokyo. Comment on tient les deux ?

Vingt mois entre sa soutenance de thèse et son drop olympique. Pas de sponsor pour payer le loyer. Juste un labo, une planche et un deal avec sa directrice.

21 octobre 2026 · 6 min de lecture

Faits sourcés, ligne street 1990-2005.

Une signature collective : chaque date, chiffre ou citation a une source. Une erreur ? On corrige. Qui écrit NOSK8

Le 22 novembre 2019, Charlotte Hym soutient sa thèse de neurosciences à Paris. Vingt mois plus tard, le 26 juillet 2021, elle drop en street aux Jeux de Tokyo, seule Française qualifiée dans l’épreuve. Entre les deux, pas de sponsor qui paie le loyer. Juste un labo, une planche et un agenda.

À voir Charlotte Hym et Ben Aurélien, Para la Vida, full video 2015

Charlotte Hym et Ben Aurélien, Para la Vida, full video 2015

Comment on tient les deux sans lâcher l’un ? La réponse tient en trois choses très concrètes. On y arrive.

Get Familiar With French Skateboarder Charlotte Hym — Red Bull Skateboarding

Boulevard Richard-Lenoir, 13 ans : un skate pour son anniversaire

Charlotte grandit dans le 11e, entre Bastille et République. Vers 13 ans, elle voit les skateurs du quartier et demande une planche pour son anniversaire. Elle le raconte au Big Spin Podcast en 2022 : premiers ollies sur le boulevard Richard-Lenoir, avec les potes du collège. « On galérait comme tout le monde. »

Dans son collège, il y a Kevin Rodriguez, déjà fort, que toute la bande regarde. Charlotte apprend dans la rue, pas en park. Et à côté, elle fait du badminton en compétition pendant des années.

Un skateur anonyme en kickflip place de la Bastille à Paris en 2008, le spot où Charlotte Hym a appris le street
Place de la Bastille, août 2008 : un skateur anonyme lance un kickflip sur la dalle. C’est sur ce spot, à trois rues de chez elle, que Charlotte Hym apprend le street à la même époque. Photo : bibi95 — CC BY 2.0, via Wikimedia Commons.

Au lycée, on la pousse vers une école d’ingé. Elle file en fac de sport : licence de STAPS en 2013, master de neurosciences en 2015 à Paris Descartes. Premier stage de recherche : l’équilibre chez les personnes âgées. Pour une skateuse, le sujet ne tombe pas du ciel.

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Paris Descartes, 2015 : le labo qui avait déjà un skate pour bébés

On la présente à Marianne Barbu-Roth, chercheuse qui étudie comment les nouveau-nés bougent. Le labo fait de la motion capture sur des bébés de quelques jours, et travaille sur un engin que l’équipe appelle, sans rire, un « skateboard pour nouveau-nés » : une petite planche à roulettes où le bébé se propulse à quatre pattes.

Sa future directrice trouvait « super approprié » qu’elle fasse du skate. La thèse s’appelle Effet des facteurs maternels sur la locomotion quadrupède du nouveau-né : est-ce que la voix ou l’odeur de la mère change la façon dont un nouveau-né se met à ramper. Quatre ans de boulot.

Fin 2016 : l’équipe de France débarque en pleine thèse

Été 2016, le CIO annonce le skate aux Jeux de Tokyo. Fin 2016, la fédé monte une équipe de France avec les profils les plus probables. Charlotte en fait partie, au moment où elle entame sa thèse.

Rembobine un peu. En 2015, Para la Vida tournait de lien en lien chez les skateurs parisiens : une full video entre potes, une fille qui envoyait autant que les mecs. Personne ne savait qu’elle passait ses journées à analyser la posture de bébés de trois jours. Tu regardais la ligne, tu revenais en arrière, tu la regardais encore.

La qualif olympique, elle la décroche de justesse : vers la 23e ou 24e place mondiale, remontée à la 18e par les quotas par pays. Seule Française en street, quand Aurélien Giraud et Vincent Milou portent le street chez les garçons.

Le deal avec sa directrice : l’ordi dans le sac

Pendant la thèse, le planning est brutal : plein temps au labo, skate le soir, été comme hiver, et le week-end.

Ce qui débloque tout, c’est une personne. « Ma directrice de thèse a été super compréhensive », dit-elle à Old Skullz en 2023. Un contest ou un trip ? Marianne Barbu-Roth la laisse partir. Parce qu’elle sait que le boulot suit : « elle sait que j’amène mon ordinateur, je suis joignable partout ».

Charlotte Hym, skateuse olympienne et docteure en neurosciences, photographiée en mars 2023 à Rosny-sous-Bois
Charlotte Hym en mars 2023 à Rosny-sous-Bois. Docteure en neurosciences depuis plus de trois ans, en post-doc à mi-temps, elle vise encore une qualif olympique pour Paris. Photo : Chris93 — CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.

Quatre ans de thèse, ça sonne comme un retard dû au skate. Faux : la plupart des doctorants mettent quatre ans, sport ou pas. Le skate a juste rempli toutes les autres heures.

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Tokyo 2021, 17e : ce que les Jeux ont vraiment payé

Thèse en poche, elle fait une pause dans la recherche pour préparer les Jeux, pause allongée d’un an par le Covid. Et peu de gens le disent : sans les Jeux, elle ne vivait pas du skate. « J’avais pas les sponsors qui me permettaient de vivre du skate. » Le statut d’athlète olympique lui ouvre des aides de la région, du département, de la ville.

Encart NOSK8 : 20 mois entre la thèse de Charlotte Hym, soutenue le 22 novembre 2019, et son épreuve street aux Jeux de Tokyo le 26 juillet 2021
20 mois séparent la soutenance de thèse de Charlotte Hym et son passage aux Jeux de Tokyo. Sources : theses.fr, Wikipédia. Encart NOSK8.

À Tokyo, pas de public, des tests Covid tous les jours, un appart partagé avec deux kayakistes français. Elle finit 17e de l’épreuve remportée par Momiji Nishiya, 13 ans. Le même jour, Margielyn Didal finit 7e et fait sourire toute la planète skate.

Alors, comment on tient les deux ?

La réponse n’a rien de magique. Un : une directrice qui dit oui aux trips et juge sur le travail rendu, pas sur les heures de présence. Deux : un emploi du temps de sportive amateur tenu quatre ans, le soir et le week-end. Trois : savoir couper au bon moment. Une pause avant les Jeux, puis retour en mars 2022 en post-doc à mi-temps dans la même équipe. On lui proposait un plein temps, elle a dit que ce serait compliqué. Trois jours au labo, le reste sur la planche.

La preuve en images : trois mois après son retour au labo, elle sort une nouvelle part avec Ben Aurélien, Part Deux – 2022.

Ben Aurélien et Charlotte Hym — Part Deux, Winkle TV (2022)

Et la recherche, elle lui apporte quoi sur la planche ? Elle ne le vend pas comme une méthode. Mais quand elle apprend une figure, c’est « Tu peux me filmer cinq essais ? » Elle revoit, juge le geste, corrige : un labo de motion capture, version iPhone. Ajoute le conseil de Ben Aurélien, « tout le monde a peur », et tu as une skateuse qui traite la peur comme une donnée, pas comme un échec.

Aujourd’hui, une skateuse de 20 ans qui hésite entre études et sessions a de bonnes chances qu’on lui cite Charlotte Hym, ou Alexis Sablone, architecte et olympienne. La double vie n’est plus une exception. C’est un plan.

Elle a raté la qualif pour Paris 2024, dans sa ville. Elle disait en 2023 : « Je veux juste pouvoir aller skater tous les jours et continuer ça le plus longtemps possible. » Avec un doctorat en poche, elle n’a pas besoin d’un podium pour ça.

Et toi, tu skates à côté de quoi ? Taf, études, gosses : raconte comment tu cales tes sessions.Dis-le en commentaire ↓

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Le lexique

  1. 1

    Motion capture

    Capture du mouvement par capteurs : on mesure posture et trajectoire de chaque segment du corps.

  2. 2

    Post-doc

    Contrat de recherche après le doctorat, souvent à durée limitée.

  3. 3

    Quota olympique

    Nombre maximum d'athlètes par pays : il fait remonter au classement des riders moins bien classés.

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