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Septième à Tokyo, Margielyn Didal est rentrée à Cebu : pourquoi ?

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Septième à Tokyo, Margielyn Didal est rentrée à Cebu : pourquoi ?

Septième aux JO de Tokyo, la cheville en vrac, et le monde entier qui connaît son prénom. Puis elle rentre à Cebu, la ville où on la chassait des parkings. Pourquoi là ?

13 octobre 2026 · 10 min de lecture

Faits sourcés, ligne street 1990-2005.

Une signature collective : chaque date, chiffre ou citation a une source. Une erreur ? On corrige. Qui écrit NOSK8

Le 26 juillet 2021, à l’Ariake Urban Sports Park, une Philippine de 22 ans boite à la fin de sa finale olympique. Une seule figure posée sur cinq, 7,52 points, septième sur huit. Et pourtant tout le monde parle d’elle. Elle s’appelle Margielyn Didal, elle a passé la finale à applaudir les autres, et quelques semaines plus tard, elle rentre à Cebu.

Pas Los Angeles, pas Tokyo, pas un appart à Manille avec vue sur les sponsors. Cebu, la ville où on lui a déjà refusé l’entrée d’un mall à cause de sa planche. Pourquoi rentrer là-bas, au moment où le monde entier connaît ton prénom ? Pour comprendre, il faut remonter au trottoir où sa mère vendait des œufs frits.

Cebu, Concave Park : la fille du charpentier et de la vendeuse de kwek-kwek

Margielyn Didal naît le 19 avril 1999 à Cebu City. Son père, Lito, est charpentier. Sa mère, Julie, vend du kwek-kwek sur le trottoir : des œufs de caille frits dans une pâte orange, l’en-cas de rue le plus banal du pays. Son stand est planté près du Concave Skate Park. Margie est la quatrième de cinq enfants.

À 12 ans, elle traîne avec les skateurs du park. Elle n’a pas de planche. Daniel Bautista, qui deviendra son coach, s’en souvient chez ESPN : « Elle empruntait toutes les planches, celles de tous nos potes, et en quelques mois elle était meilleure que tous les garçons. » Elle arrête l’école au collège pour skater.

Puis Concave ferme. Et là, le skate à Cebu devient une course-poursuite. Les vigiles, la police, les parkings abandonnés. Un jour, on lui refuse même l’entrée d’un mall parce qu’elle a sa board. Après l’or de 2018, elle le résume en une phrase : « Avant, on se faisait attraper par la sécurité. On n’avait aucun skatepark où aller, surtout à Cebu. » Son nouveau terrain, c’est le dessous d’un pont à Mandaue, la ville voisine.

Ferme les yeux deux secondes. L’air chaud et humide qui colle au t-shirt, l’odeur de friture du stand de sa mère, le béton fendu sous le pont, et le claquement d’un ollie qui résonne contre les piliers. C’est ça, son école. Pas un park Red Bull. Un bout de dalle que personne ne lui a donné.

Margielyn Didal chez elle à Cebu City, épisode FIELD DAY de Red Bull Skateboarding - 2020

En 2020, Red Bull la suit pour un épisode de FIELD DAY. Le principe : un pro à la maison, sans compétition ni deadline. Elle fait visiter sa maison de Cebu City, puis part en session sur le spot du coin avec les locaux. Regarde comment elle roule au milieu d’eux : personne ne joue la star.

2018 : l’or à Palembang, et ce que la célébrité change d’un coup

Le 29 août 2018, aux Asian Games de Jakarta-Palembang, Didal a 19 ans. Elle sort un backside 50-50 360 flip out pour la première fois en grande compétition. 8,9 points, la meilleure note de la journée. Total 30,4, loin devant la Japonaise Kaya Isa (25). Médaille d’or, la quatrième du pays dans ces Jeux.

Cette année-là, elle est aussi la première Philippine à rouler en Street League, à Londres, et la première à représenter officiellement son pays aux X Games, à Minneapolis. Mais c’est l’or asiatique qui fait tout basculer.

La suite va très vite. Jusqu’à 6 millions de pesos de primes promises par l’État et des mécènes. Sa première idée, devant les caméras de GMA : « Je vais le donner à ma mère, pour qu’on monte un petit commerce. » Le 5 septembre, elle est reçue au Sénat. Une semaine plus tard, au palais présidentiel. Le magazine TIME la classe parmi les 25 ados les plus influents de 2018, et une série télé raconte sa vie la même année.

Margielyn Didal, médaille d’or des Asian Games 2018 autour du cou, reçue au Sénat philippin par Manny Pacquiao : la célébrité arrive d’un coup
5 septembre 2018, Sénat des Philippines. Une semaine après l’or, la gamine que les vigiles chassaient des parkings pose avec Manny Pacquiao, un document du Sénat à la main. Photo : Avito C. Dalan, Philippine News Agency — domaine public, via Wikimedia Commons.

Le maire de Cebu promet un skatepark. Sa sœur sort 5 millions de pesos. Le chantier démarre sur un terrain entre le Fort San Pedro et la Plaza Independencia. Retiens bien ce terrain, il va revenir.

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La timeline

Carrière

  1. 2018Carrière de Margielyn Didal, 2018 : son run en or aux Asian Games de PalembangSupa SkateboardingOr en street aux Asian Games, 30,4 points. Première Philippine en Street League et aux X Games la même année.
  2. 2021Carrière de Margielyn Didal, 2021 : le park qu’elle a fait construire à CebuRed BullSon propre park ouvre à Cebu, dans le quartier de Soul Sierra. L’équipe nationale vient s’y entraîner.
  3. 2021Margielyn Didal aux Jeux de Tokyo 2020 : les qualifications street femmesOlympicsFinale olympique à Tokyo, septième, la cheville en vrac. Le public retient son sourire plus que son score.
  4. 2022Carrière de Margielyn Didal, 2022 : sa part Red Bull SolusRed BullPart pour Red Bull Solus. En octobre, fracture de la cheville gauche au Brésil, opération, et la route vers Paris se ferme.
  5. 2025Margielyn Didal en 2025 : la finale femmes de Street League à Santa MonicaSLSTroisième de la Street League à Santa Monica, d’après The Freeman. La même année, elle devient jouable dans Tony Hawk’s Pro Skater 3 + 4.

Tokyo 2021 : septième, et la reine de la finale quand même

Avant les Jeux, elle s’est déjà tordu la cheville à l’entraînement. En finale, elle la retord. Elle ne pose qu’un nosegrind (2,97 points) et finit à 7,52. L’or va à Momiji Nishiya, 13 ans, l’argent à Rayssa Leal, 13 ans aussi.

Et c’est elle qu’on voit partout. Elle encourage les autres, Rayssa Leal comprise, et sourit entre deux chutes. De retour à Manille, elle explique à SunStar : « En tant que skateuse, tu vas en compétition avec l’idée qu’on s’encourage et qu’on souhaite le meilleur à tout le monde. » Pour le grand public, c’est une découverte. Pour n’importe qui ayant grandi dans un park, c’est juste la règle.

Le même article raconte la suite : quarantaine à Manille, puis retour à la maison, à Cebu. Le 5 septembre 2021, un photographe cebuano la shoote, casquette à l’envers et planche à la main. Même dégaine qu’avant les Jeux, même planche sous le bras.

Le park promis de Cebu City, toujours pas sorti de terre

Tu te souviens du terrain entre le fort et la place ? Le chantier s’arrête après les municipales de 2019, quand le maire qui l’avait lancé perd l’élection. Relancé en 2022 sous un autre maire, avec une parcelle proposée au bord de la mer. Puis plus rien. En mai 2025, The Freeman constate que le projet est toujours bloqué.

Plaza Independencia et Fort San Pedro à Cebu City, là où le skatepark promis après l’or de Margielyn Didal n’a jamais été fini
Plaza Independencia, avec les murs du Fort San Pedro au fond. C’est entre les deux que le park promis en 2018 devait sortir de terre. Le chantier s’est arrêté en 2019. Photo : Patrickroque01 — CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.

Didal n’a pas attendu la mairie. En avril 2021, juste avant Tokyo, elle s’entraîne déjà sur un park qu’elle a dessiné elle-même, à Soul Sierra, à Cebu. Elle le dit à l’Inquirer : « Je n’arrive toujours pas à croire que j’ai mon propre skatepark. C’est un rêve. » L’équipe nationale philippine en fait son lieu d’entraînement. Le président de la fédération le dit sans détour : plus besoin de payer le voyage à l’étranger pour bosser ses lignes.

Le park privé de Margielyn Didal à Cebu, visité par Red Bull Skateboarding - 2021

Red Bull résume le plan dans la vidéo : se servir de sa notoriété, dans un pays qui adore ses héros sportifs, pour obtenir un vrai park public couvert à Cebu. Le privé d’abord, faute de mieux. Le public ensuite, pour tous les autres.

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2022-2024 : la cheville cassée, et l’envie qui s’en va

Octobre 2022, au Brésil : fracture de la cheville gauche, opération. Elle rate deux étapes de qualif pour Paris. En septembre 2023, aux Asian Games de Hangzhou, elle vient défendre son titre en boitant. Huitième et dernière de la finale, elle abandonne les trois dernières figures. Paris 2024 se fera sans elle.

En 2024, la journaliste Gretchen Ho sort un documentaire sur elle, Beyond the Board – 2024. Didal y lâche la phrase la plus honnête de sa carrière, rapportée par le Philippine Star : « Je voulais juste aimer le skate comme avant, parce que je l’avais un peu perdu à force de pression. »

Rising From Injury, le documentaire de Gretchen Ho sur Margielyn Didal - 2024

Regarde au moins les dix premières minutes. On y voit le revers de la médaille : les attentes d’un pays entier sur une cheville opérée.

Pourquoi Margielyn Didal est rentrée à Cebu

La réponse tient en trois choses, et c’est elle qui les donne.

La première, c’est le skate lui-même. Dans le même entretien de 2024, elle le définit en une ligne : « Le skate, c’est être libre et faire comme tu veux. » Les médailles, les tops TIME, la pression d’un pays entier lui avaient fait perdre ça. Cebu, c’est l’endroit où le skate redevient une session avec les potes, sans juge ni chrono. Exactement ce que montrait FIELD DAY en 2020.

La deuxième, ce sont les siens. Toujours en 2024 : « Je peux passer du temps avec ma famille, ma compagne, mes chiens et mes amis. » Ses primes de 2018, elle les destinait d’abord au petit commerce de sa mère. La célébrité a apporté de l’argent. Elle n’a pas remplacé le cercle.

La troisième, c’est le park qui n’existe toujours pas. Le 31 mai 2026, on la retrouve au skatepark de Talisay, juste à côté de Cebu, invitée d’honneur d’un contest. Elle y présente Push Philippines au Cebu Daily News : des potes à Londres récupèrent des planches, neuves ou usées, et les envoient en balikbayan boxes, ces cartons que les familles philippines expédient depuis l’étranger. « On a plein de jeunes skateurs talentueux ici à Cebu », dit-elle. Et elle redemande, encore, un vrai park aux normes internationales pour sa ville.

Voilà ce que la célébrité a changé : l’argent, le Sénat, la télé, un personnage jouable dans un Tony Hawk. Et voilà ce qu’elle n’a pas changé : Cebu City n’a toujours pas de skatepark public, et la gamine qui empruntait les planches des autres est devenue celle qui en fait venir par cartons entiers. Elle n’est pas rentrée pour se cacher. Elle est rentrée parce que le boulot qui compte pour elle est là-bas.

La prochaine fois que tu poses ta planche sur un spot que personne ne t’a construit, pense à elle sous son pont de Mandaue. Le skate de Cebu, c’est le tien, avec moins de béton et plus de vigiles. Et il a désormais quelqu’un qui revient toujours.

Et toi, si tu signais demain avec Red Bull, tu resterais dans ta ville ou tu partirais en Californie ? Dis-nous ce qui te retiendrait.Dis-le en commentaire ↓

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Le lexique

  1. 1

    street

    La discipline qui reproduit la rue : marches, rails, curbs, ledges. Celle des JO où Didal a fini 7e.

  2. 2

    nosegrind

    Glisser sur un rebord en appui sur le seul truck avant.

  3. 3

    backside 50-50

    Grind sur les deux trucks, abordé dos au module.

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