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Geoff Rowley se dit « à jamais redevable » à Ed Templeton : qu’est-ce qu’un gamin de Liverpool a appris à Huntington Beach en 1994 ?

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Geoff Rowley se dit « à jamais redevable » à Ed Templeton : qu’est-ce qu’un gamin de Liverpool a appris à Huntington Beach en 1994 ?

En 1994, un gamin de Liverpool sans voiture ni argent pose ses sacs à Huntington Beach, juste en face de chez Ed Templeton. Trente ans plus tard, il signe chez lui.

10 octobre 2026 · 8 min de lecture

Faits sourcés, ligne street 1990-2005.

Une signature collective : chaque date, chiffre ou citation a une source. Une erreur ? On corrige. Qui écrit NOSK8

Le 27 mai 2024, Toy Machine poste une photo de Geoff Rowley sur Instagram avec trois phrases : « This is happening. @geoffrowley is officially brainwashed. The future is gonna be fucked up. » Rowley a 47 ans. Skater of the Year, une boîte à lui, vingt-cinq ans de chaussures à son nom. Et il signe chez le mec qui habitait en face de chez lui en 1994.

Ce mec, c’est Ed Templeton. Rowley a une phrase pour lui, prononcée en 2012 : « I’ll be forever in debt to him ». À jamais redevable. Alors qu’est-ce qui s’est passé dans cette rue de Huntington Beach, l’année où un gamin de Liverpool posait ses sacs en Californie ?

Mai 2024 : à 47 ans, Geoff Rowley signe chez Toy Machine

Rowley a quitté Flip en octobre 2015, après plus de vingt ans dans l’équipe. Il lance Free Dome Skateboards en 2019, la ferme, et reste sans marque de board pendant presque un an, selon Shredder.

Lui choisit Toy Machine. La marque que Templeton a fondée en 1994 et qu’il dirige toujours. Même année, la boucle commence à se voir. En 2024 toujours, Rowley entre au Skateboarding Hall of Fame, promotion 2024, aux côtés de Ron Allen et Tony Magnusson. Et c’est Templeton qui monte sur scène pour le présenter.

Ed Templeton présente Geoff Rowley au Skateboarding Hall of Fame 2024

Le présentateur n’est pas tiré au sort. C’est le voisin de 1994. Pour comprendre pourquoi, il faut repartir trente ans en arrière, sur Main Street.

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Huntington Beach, 1994 : Ed Templeton lance Toy Machine

La jetée de Huntington Beach vue depuis le sable en 1989, le décor de Ed Templeton quand il lance Toy Machine
Huntington Beach, 1989 : la ville où Templeton apprend le skate, et où il monte Toy Machine cinq ans plus tard. Photo : Historic American Engineering Record (HAER CAL,30-HUBE,1-23), 1989 — domaine public, via Wikimedia Commons

Rembobine. Templeton est né en 1972 à Garden Grove. Il commence le skate en 1985 à Huntington Beach, avec son pote Jason Lee. En 1987, il voit son premier pro en vrai : Mark Gonzales, qui vit dans le coin. Ils le suivent jusqu’à chez lui « comme des stalkers », raconte-t-il, et le Gonz sort un judo air d’un mètre sur la quarter du jardin.

Templeton passe pro chez New Deal en 1990, un mois avant la fin du lycée. Deux marques montées avec Mike Vallely coulent vite. En 1994, il repart de zéro avec le soutien de Tod Swank et lance Toy Machine. Il a à peine plus de 20 ans, et il dessine lui-même les graphiques. Son modèle : Gonzales, le pro qui dessinait ses propres boards.

Deux ans plus tard sort Welcome to Hell – 1996, avec Jamie Thomas, Elissa Steamer, Brian Anderson. Templeton dira plus tard qu’« il s’est passé quelque chose à Huntington Beach qui a fait avancer le street ». Prétentieux ? Peut-être. Mais le gamin de Liverpool qui débarque cette année-là va lui donner raison.

Il s’est passé quelque chose ici, à Huntington Beach, qui a fait avancer le street. — Ed Templeton, 2012

« Forever in debt » : ce que Rowley a dit, en 2012 et en 2024

Même année 1994, à l’autre bout de la ville. Les riders de Flip débarquent d’Angleterre et du Danemark : Geoff Rowley, Tom Penny, Rune Glifberg, Andy Scott. Rowley raconte en 2012 : « Je venais d’avoir dix-huit ans, Tom en avait dix-sept. Aucun de nous n’avait jamais quitté la maison. On ne connaissait personne. Personne. On n’avait pas d’argent, pas de voiture, juste la planche qu’on avait. On ne pouvait pas se permettre de la casser. »

Imagine. Tu as grandi à Liverpool, où le seul shop de skate était un disquaire, Probe Records, avec deux planches au mur et zéro grip. Tu as roulé un mois sur ta première complète sans griptape. Et là, tu te réveilles en Californie, il ne pleut pas, et tu ne sais pas qui appeler.

La suite de la phrase de 2012 répond à ça : « J’ai beaucoup skaté avec Ed, genre tous les jours, parce qu’il habitait juste en face de chez moi. » Tous les jours. Puis la phrase du titre, toujours rapportée par sa biographie : il sera « à jamais redevable » à Templeton, parce que ce dernier s’est ouvert à lui tout de suite. « Dès qu’on a commencé à parler, c’était évident qu’on serait potes. On écoutait la même musique, on était de la même génération. »

Ed Templeton dessine un de ses personnages au feutre sur la porte d'un van à Nuoro en 2010
Nuoro, Sardaigne, 2010. Templeton trace un de ses personnages au feutre sur la porte d’un van. Le skateur qui dessine et photographie : le voisin que Rowley trouve en face de chez lui en 1994. Photo : gigi murru — CC BY-SA 2.0, via Flickr

Douze ans plus tard, au moment de signer chez Toy Machine, Rowley remet ça dans une interview à Shredder. Il connaît « Ed et Deanna depuis qu’il était un gamin tout juste descendu du bateau de Liverpool ». Et il lâche la phrase qui compte le plus : « Ed et moi, on était meilleurs quand on skatait ensemble. J’y crois. Ça a toujours été une évidence. »

Ed et moi, on était meilleurs quand on skatait ensemble. J’y crois. — Geoff Rowley, Shredder, mai 2024

Liverpool, Staples Center, Sorry : ce qu’il a gardé, ce qu’il a changé

Templeton n’a pas appris à Rowley à sauter des marches. Le gnar, Rowley l’avait déjà en débarquant. Deux semaines après son arrivée, une session improvisée avec un photographe de TransWorld finit en couverture du mag.

La suite, tout le monde la connaît. En 1999, un 50-50 sur la hubba du Staples Center à Los Angeles, en Vans vulc basses à une époque où tout le monde portait des chaussures gonflées comme des pneus. Skater of the Year chez Thrasher en 2000. Puis sa part dans Sorry – 2002, que Thrasher range dans ses classiques.

Geoff Rowley dans Sorry, Flip, 2002 — classique Thrasher

Ce qu’il a gardé de Liverpool, il l’a dit lui-même : sa part de Really Sorry – 2003 tourne sur « You’ll Never Walk Alone », l’hymne du Liverpool FC, pour ses parents et ses grands-parents.

Ce qui a changé, c’est le reste. En 1992, Jeremy Fox, le fondateur de Deathbox, le décrivait dans TransWorld comme un gamin qui « se fiche de la musique et de tout ce qui n’est pas le skate ». Deux ans plus tard, ce même gamin se fait un ami pour la vie sur des disques partagés avec son voisin. Et le Rowley qui suit ressemble beaucoup plus à Templeton qu’au portrait de Fox. Copropriétaire de Flip. Civilware en 2013, Free Dome en 2019 : un pro qui ne se contente plus de rider pour les autres.

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Sans Templeton en 1994, pas de Rowley chez Toy Machine en 2024

Mur de photos et de peintures de Ed Templeton à l'exposition Beautiful Losers à Madrid en 2008
Beautiful Losers, Madrid, 2008. Le mur de Templeton : skateurs, potes, ados de Huntington Beach, la scène où Rowley a fait ses débuts américains. Photo : DANIEL IS CLEVER — CC BY-SA 2.0, via Flickr

Alors, qu’est-ce qu’un gamin de Liverpool a appris à Huntington Beach en 1994 ? Pas un trick. Rowley le dit sans détour, et c’est la seule réponse sourcée : il a appris qu’on skate mieux à deux. Le rêve californien dont il parle en 2012, ce n’était pas le soleil. C’était de se réveiller chaque matin avec quelqu’un en face pour aller skater. Templeton a été ce quelqu’un, l’année où Rowley n’avait rien.

La deuxième partie de la réponse, c’est notre lecture à NOSK8, pas une citation. En face de chez lui, Rowley a vu un mec d’à peine plus de 20 ans qui dessinait ses boards, montait sa marque après deux échecs, écoutait les mêmes disques et parlait d’autre chose que de skate. La preuve qu’un skateur peut être une personne entière, et son propre patron. Rowley a suivi la même pente.

D’où le « à jamais redevable ». On ne doit pas une carrière à un voisin. On lui doit la première année, celle où tout peut casser. Sans la porte d’en face ouverte en 1994, pas de session quotidienne, pas d’ami de trente ans, et pas de photo « officially brainwashed » en 2024.

Ce qui reste, pour toi qui as trente-cinq balais et une planche dans le garage : le pote qui t’a sorti au park la première fois, tu lui dois probablement plus que tu ne crois. Rowley a mis trente ans à signer chez le sien.

Et toi, c’est qui ton Ed Templeton, celui qui t’a emmené skater tous les jours la première année ? Dis-le en commentaire ↓

Sources

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Le lexique

  1. 1

    hubba

    Muret incliné qui longe un escalier. On le grind ou on le slide de haut en bas, c'est un des spots les plus durs du street.

  2. 2

    vulc

    Semelle vulcanisée : fine et souple, elle laisse sentir la planche sous le pied. Rowley l'a remise au goût du jour en 1999.

  3. 3

    part

    La séquence d'un skateur dans une vidéo de marque, montée sur une chanson choisie.

  4. 4

    SOTY

    Skater of the Year : le titre que Thrasher décerne chaque année au skateur qui a marqué la saison.

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