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411 Video Magazine — la VHS qui a tout appris à une génération entière avant YouTube

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411 Video Magazine — la VHS qui a tout appris à une génération entière avant YouTube

411 Video Magazine (1993-2002) : 51 numéros, 9 ans de cassettes bimestrielles, et une génération entière éduquée avant YouTube. La chronique du magazine VHS qui a tout inventé.

21 mai 2026 · 5 min de lecture
Guillaume Martin

Rédacteur en chef · 18 ans de skate

A vu naitre et mourir 3 generations de pros. Chronique mensuelle.

411 Video Magazine (1993-2002) : 51 numéros, 9 ans de cassettes bimestrielles, et une génération entière éduquée avant YouTube. La chronique du magazine VHS qui a tout inventé.

Tu l’as rebobiné combien de fois ? Le numéro 17, le 22, peut-être le 34 avec cette part de Heath Kirchart qui te donnait des frissons à 14 ans. 411 Video Magazine n’était pas une vidéo de skate. C’était un abonnement à un monde interdit.

Pas une émission, pas une vidéo team au sens classique. Un magazine qu’on pouvait regarder. Steve Pang et Josh Friedberg l’ont lancé en 1993 à San Diego avec une idée simple et révolutionnaire en même temps : publier une vidéo tous les deux mois, comme une revue. Tu t’abonnais, tu recevais ta cassette. Et pendant deux mois, cette cassette vivait dans ton magnétoscope.

Pas une vidéo de skate — un magazine qu’on pouvait regarder

À l’époque, trouver de l’info skate c’était compliqué. Thrasher arrivait avec un mois de retard en France. Les vidéos de teams se vendaient 80 francs et tu les trouvais dans une boutique à Paris ou sur commande. 411 a résolu un problème que personne n’avait formulé clairement : comment suivre le skate pro entre les grosses vidéos de team ? La réponse : une cassette bimestrielle avec les contests, les interviews, les parts spontanées, les behind-the-scenes.

Avant YouTube, avant les smartphones, 411 était le seul moyen de voir Koston skater sans attendre deux ans une vidéo team. — L’arme secrète d’une génération sans internet

Numéro 1 à numéro 51 : le format bimestriel qui a tenu neuf ans

51 numéros entre 1993 et 2002. C’est le premier truc qui frappe. Neuf ans de régularité à une époque où le skate n’avait pas encore de cadre industriel solide. Chaque numéro durait entre 45 minutes et une heure. Le prix d’abonnement tournait autour de 30 dollars par an aux États-Unis — pour la France, certains passaient par des distrib’ spécialisées ou des amis aux US.

Le format était toujours le même. La section « Best of » avec les clips chauds du moment. Les « Street Best » qui montraient ce qui se passait dans les vraies sessions. Les interviews, menées sans bullshit. Et la « Sponsor Me » section — un truc sans équivalent avant ou après — où des riders inconnus envoyaient leurs footage et 411 en diffusait les meilleurs. C’était le premier système de découverte de talents du skate moderne, bien avant TikTok.

La musique, aussi. 411 prenait des risques sur la bande-son à une époque où les vidéos de teams utilisaient surtout du rock. Du hip-hop, du jazz, des trucs qui sortaient du script habituel. Eric Koston sur du Wu-Tang. Ce genre de détail qui construisait une esthétique.

411 #22, le « Transworld » épisode, la part Rowley : trois moments qu’on n’oublie pas

Difficile de parler de 411 sans mentionner des numéros précis. Parce que les gens qui ont grandi avec ce magazine ont des souvenirs ultra-spécifiques — pas « j’aimais 411 » mais « c’est le numéro 22 où j’ai vu ce frontside nosegrind de Koston pour la première fois ».

Geoff Rowley. Son passage dans 411 au milieu des années 90 avant sa part dans Welcome to Hell – 1996 de Toy Machine. Tu voyais un type en train de construire quelque chose de différent. Pas du tech propre, pas du contest style. Quelque chose de brut, presque violent. 411 te montrait ça en direct, avant que la vidéo team finalise l’image.

Daewon Song aussi. Les numéros où Daewon apparaissait régulièrement avaient quelque chose d’hallucinatoire. Des manuels impossibles, des combinaisons qu’aucun autre cerveau skate n’aurait inventées. 411 était le seul endroit où tu pouvais voir ce niveau de fréquence entre les grosses sorties — Daewon Song skatait dans chaque issue comme s’il ne pouvait pas s’arrêter.

Et puis la section « Sponsor Me ». Des kids de 15-16 ans qui envoyaient leurs VHS depuis leurs parkings de banlieue. Certains sont devenus pros. Paul « P-Rod » Rodriguez, avant qu’il soit P-Rod, a été vu pour la première fois dans ce cadre par des yeux qui comptaient.

Ils ont eu le bon goût de mourir avant de devenir nuls. C’est ça aussi, l’art de partir au bon moment. — Ce que peu de marques skate savent faire

2002 : numéro 51, la VHS qu’on ne recevra plus

Le numéro 51 est sorti en 2002. Pas de grand annonce. Pas de « dernier numéro collector ». La cassette est arrivée dans les boîtes aux lettres et beaucoup ne savaient pas encore que c’était fini. Quelques semaines plus tard, il n’y a pas eu de numéro 52.

Internet arrivait. Les clips se partageaient en basse résolution sur des forums. Les vidéos de teams commençaient à se distribuer différemment. Le modèle d’abonnement VHS bimestriel n’avait plus de marché. 411 a senti le changement et a arrêté avant de devenir caricatural.

La même année, Yeah Right! – 2003 de Girl allait sortir et changer les codes une nouvelle fois. La transition était en train de se faire. 411 avait fait son travail.

Ce que 411 a inventé sans le savoir : le skate content moderne

Revenons en 2026. Qu’est-ce que The Berrics fait ? Des clips réguliers, des formats courts, des interviews, des « Bangin! » et des « Recruit » pour les riders moins connus. C’est exactement la structure de 411. La fréquence bimestrielle remplacée par l’upload quotidien. La cassette remplacée par YouTube. Mais la logique éditoriale ? Identique.

411 a inventé le skate content avant que le concept existe. Avant les algorithmes, avant les metrics, avant les content strategies — ils publiaient de la qualité à rythme régulier et construisaient une communauté de fans abonnés. C’est basique dit comme ça. Mais en 1993, ça ne se faisait pas.

La section « Sponsor Me » — c’est l’ancêtre du clip Instagram qui fait signer un rider. Même mécanique. Un kid qui s’expose, une audience qualifiée qui regarde, un recruteur dans la foule. 411 a fait ça avant les réseaux sociaux avec une cassette et une adresse postale.

Les 51 numéros de 411 sont sur YouTube maintenant, uploadés par des archivistes passionnés. Qualité pourrie, son moyen, image qui sature. Et c’est exactement pour ça que c’est parfait.

Quel numéro de 411 tu repassais en boucle, et pour quel trick ou quel rider ? Dis-le en commentaire ↓

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Le lexique

  1. 1

    frontside nosegrind

    Grind où l'axe avant du truck prend appui sur un obstacle, la planche tournée frontside — le rider fait face à l'obstacle. Très technique, demande une bonne précision d'approche.

  2. 2

    manuel

    Figure d'équilibre où le rider roule sur les deux roues arrière (ou avant), la planche à la verticale, sans toucher le sol avec la partie centrale.

  3. 3

    footage

    Les images filmées d'un rider, que ce soit pour une part vidéo ou pour envoyer en sponsor me. Le footage est la matière première du skate filmé.

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