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Top 5 des parts de street les plus influentes de l’histoire

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Top 5 des parts de street les plus influentes de l’histoire

Video Days, Questionable, Menikmati, Sorry, Stay Gold — les cinq parts de street qui ont redéfini le skateboarding. Un classement culturel, pas un palmarès.

26 juin 2026 · 8 min de lecture
Guillaume Martin

Rédacteur skate chez NOSK8. Guillaume couvre les spots, les portraits de skaters et la culture skate française — chaque article est relu et sourcé (fédérations, médias spécialisés, riders).

A vu naitre et mourir 3 generations de pros. Chronique mensuelle.

Video Days, Questionable, Menikmati, Sorry, Stay Gold — les cinq parts de street qui ont redéfini le skateboarding. Un classement culturel, pas un palmarès.

Il y a une cassette VHS quelque part dans un grenier en France avec une étiquette écrite au feutre. Le film est rayé aux mêmes endroits à force d’être rembobiné. Tu connais ces endroits par cœur parce que c’est là que le trick arrive, que le son de l’impact colle au tempo de la musique, que tu as compris pour la première fois que le skate pouvait être autre chose que du sport.

Cinq vidéos ont fait ça plus que les autres. Pas cinq parmi beaucoup — cinq qui ont changé la direction du street skating pour tout le monde après elles. Chaque trick qui sort aujourd’hui dans une vidéo pro porte une dette envers l’une de ces parts. Souvent envers plusieurs.

Collection de cassettes VHS skate 90s — Video Days, Menikmati, Questionable — atmosphère sanctuaire
La culture VHS — avant le streaming, avant les clips YouTube, avant Instagram. L’époque où on rembobinait la même part dix fois de suite. (Illustration NOSK8)

Video Days – 1991 : Gonz invente le futur dans un spot de merde

Plan B Skateboards Questionable 1992

Video Days – 1991. Blind Skateboards. Mark Gonzales skate des trottoirs, des murets cassés, un bout de rail à moitié soudé. La caméra est portée à l’épaule, le son est celui du spot — pierre, plastique, vent. Et dans ce décor qui ressemble à n’importe quelle rue de n’importe quelle ville américaine, Gonz fait des trucs qui n’ont pas de nom encore.

Ce qui frappe dans Video Days – 1991, c’est le refus de l’héroïsme télévisuel. Pas de slow motion sur l’impact. Pas de musique dramatique. La part de Gonz ressemble à une promenade improvisée où les tricks arrivent comme des idées — naturellement, sans annoncer leur propre importance. Il skate la rue comme si la rue avait toujours été un skatepark, et comme si personne d’autre ne l’avait remarqué avant lui.

Jason Lee est dans la même vidéo. Sa part est elle aussi fondatrice — une fluidité technique qui anticipe de dix ans ce que le street skating va devenir. Mais c’est Gonz qui reste dans la mémoire collective parce que Gonz skate comme quelqu’un qui pense avec son corps. Chaque ligne est une phrase. Chaque spot est un mot.

Gonz ne faisait pas du skate de rue. Il faisait de la poésie avec du béton et quatre roues. — Video Days – 1991, la vidéo qui a changé le sens du mot « spot »

Questionable – 1992 : Plan B pousse le niveau technique dans une autre dimension

Un an après Video Days – 1991, Plan B sort Questionable – 1992. La différence est immédiate. On est toujours en street, mais quelque chose a changé dans le niveau d’exigence — les tricks sont plus précis, plus complexes, les combinaisons plus ambitieuses. Mike Ternasky, le directeur de Plan B à l’époque, voulait montrer ce que le street skating pouvait devenir si on poussait la technique au maximum.

La part de Mike Carroll dans Questionable – 1992 est une leçon de style. Propre, efficace, aucun geste inutile. Celle de Rick Howard réinvente ce qu’on peut faire sur un ledge. Et la part de Rodney Mullen, filmée en flat, est techniquement hors catégorie — des tricks qu’il est le seul à avoir inventés, exécutés avec la régularité d’une machine qui aurait des émotions.

Questionable – 1992 pose une question que le street skating va se poser pendant les vingt années suivantes : jusqu’où peut-on aller ? La réponse de Plan B en 1992, c’est qu’on n’a pas encore touché le plafond. Et cette réponse-là a libéré une génération entière de riders.

Menikmati – 2000 : éS Footwear et l’art de filmer le street comme du cinéma

Menikmati – 2000. éS Footwear. La transition entre les années 90 et les années 2000 se fait ici, dans cette vidéo, et tu peux presque entendre le clic du changement. Eric Koston skate avec une précision qui donne le vertige — chaque trick posé exactement là où il doit l’être, avec exactement la force qu’il faut. Pas une once d’énergie gaspillée.

Mais Menikmati – 2000 c’est aussi Arto Saari. La partie finlandaise de la vidéo est brutale d’une façon que le street skating n’avait pas encore montrée — des spots énormes, des rails hauts, un engagement physique total. Arto skate comme si chaque trick pouvait être le dernier. Cette tension entre la finesse de Koston et la puissance d’Arto résume à elle seule ce que le street skating peut être : technique ET raw, jamais l’un sans l’autre.

La qualité de filmage de Menikmati – 2000 change aussi les règles. On passe d’un langage documentaire à quelque chose qui ressemble à du cinéma. Le spot est mis en scène, l’angle choisi, la lumière travaillée. Le skate commence à se penser comme une image, pas seulement comme un acte.

Koston dans Menikmati – 2000, c’est 5 minutes qui ont redéfini ce que « technique » veut dire en street. — Le moment où éS a transformé une marque de shoes en héritage culturel

Sorry – 2002 : Flip Skateboards amène l’Europe au niveau mondial

Sorry – 2002. Flip Skateboards. La vidéo qui a prouvé que le street skating de haut niveau n’était pas une exclusivité californienne. Geoff Rowley, Tom Penny, Arto Saari encore — des riders de Liverpool, de Bristol, de Finlande. Des gens qui ont appris à skater sur du béton mouillé avec des ledges récalcitrants, dans des villes où le skate était toléré les jours de pluie.

La part de Tom Penny dans Sorry – 2002 est celle dont on parle encore. Penny skate avec une nonchalance qui est exactement l’opposé de ce qu’on attendait d’un niveau technique aussi élevé. Les tricks arrivent comme des accidents préparés depuis des années. Un nollie heelflip sur un curb quelconque en fait plus que la plupart des switch flip sur un escalier de quinze marches.

Sorry – 2002 c’est aussi la production Ty Evans qui arrive à maturité. Le montage est plus serré, les choix musicaux assument une esthétique, la vidéo a une personnalité qui n’est pas juste la somme de ses parts. Flip Skateboards n’est plus une marque européenne qui essaie de faire comme les Américains — c’est une marque avec sa propre voix. Et cette voix-là a beaucoup à dire.

Stay Gold – 2010 : Emerica clôt une décennie, ouvre une autre

Stay Gold – 2010. Emerica. Si les quatre vidéos précédentes ont défini le street skating des années 90 et 2000, Stay Gold – 2010 est celle qui documente la fin d’une époque et ouvre quelque chose de nouveau. Brandon Westgate, Andrew Reynolds, Bryan Herman, Kevin « Spanky » Long — une équipe qui skate des spots monumentaux avec une honnêteté brute qui refuse le confort.

La part de Brandon Westgate dans Stay Gold – 2010 reste une des plus physiquement impressionnantes de l’histoire du street. Des rails de dix marches, des escaliers que la plupart des riders ne regarderaient pas, des impacts qui font mal à regarder. Westgate ne « style » pas ses tricks — il les force à exister par la seule puissance de sa volonté.

Andrew Reynolds, lui, fait quelque chose de différent. À ce stade de sa carrière, il aurait pu se contenter d’une part solide. Au lieu de ça il s’impose sur des spots qui l’auraient mis en danger à 20 ans. La part de Reynolds dans Stay Gold – 2010 est une réponse à tous ceux qui pensaient que le street hardcore avait fait son temps.

Emerica ferme une boucle. Les références de Stay Gold – 2010 remontent directement aux vidéos du début des années 90 — même engagement, même refus du spectacle facile, même conviction que le skate de rue n’a pas à justifier son existence devant un jury. Juste le trick, le spot, la caméra. Rien d’autre.

Stay Gold – 2010 est la dernière grande vidéo de l’ère pré-Instagram. Après ça, tout change. — Emerica, 2010, la fin d’un monde qu’on n’avait pas vu partir

Ce que ces cinq parts ont en commun — et ce qu’on a perdu

Chacune de ces vidéos a été filmée sur du vrai asphalte, dans des vrais spots, avec des vraies contraintes. Pas une plaza artificielle homologuée par un comité. Pas un skatepark outdoor conçu pour que la caméra ait un bon angle. Des rues, des curbs, des rails trouvés par hasard un dimanche après-midi.

Ce qu’elles ont toutes en commun, c’est aussi le temps. Questionable – 1992 a pris des mois. Sorry – 2002 s’est étalé sur deux ans de tournage. On est dans l’ère pré-réseaux sociaux où une vidéo est un événement, pas un contenu à sortir avant la fin de la semaine. Cette lenteur-là se voit dans chaque plan — les spots sont choisis, les angles sont réfléchis, les tricks ont été tentés des centaines de fois avant qu’une caméra ne soit là.

Aujourd’hui les clips de trois minutes sur YouTube peuvent être meilleurs techniquement que n’importe quelle part de cette liste. Les tricks sont plus fous, les spots plus gros, les qualités d’image sans commune mesure. Mais quelque chose s’est perdu dans la transition — cette sensation qu’une vidéo entière est un argument, pas une collection de highlights. Que chaque trick existe dans le contexte d’un crew, d’une ville, d’un moment.

Rembobine. Regarde Video Days – 1991 un soir. Regarde Gonz skater cette rue comme si personne ne regardait. Et rappelle-toi pourquoi tu as mis une planche sous tes pieds la première fois.

Et toi — laquelle de ces parts t’a fait comprendre que le skate était autre chose qu’un sport ? Dis-le en commentaire ↓

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Le lexique

  1. 1

    nollie heelflip

    Figure où le skateur frappe le nose (avant de la planche) au lieu du tail, en faisant tourner la board d'un coup de talon.

  2. 2

    switch

    Posture inversée par rapport à la stance naturelle du rider — regular qui skate en goofy, ou l'inverse.

  3. 3

    ledge

    Muret ou bordure de trottoir sur lequel on réalise des slides et grinds.

  4. 4

    flat

    Sol plat sans obstacle — la discipline du flatground où Rodney Mullen a inventé la majorité des tricks modernes.

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