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Alien Workshop — la marque la plus étrange du skate et pourquoi ça marchait

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Alien Workshop — la marque la plus étrange du skate et pourquoi ça marchait

Photosynthesis - 2000, Chris Carter, Neil Blender : l'histoire de la marque skate la plus barrée des 90s-2000s, et ce qu'elle a laissé derrière.

18 juillet 2026 · 5 min de lecture
Guillaume Martin

Rédacteur skate chez NOSK8. Guillaume couvre les spots, les portraits de skaters et la culture skate française — chaque article est relu et sourcé (fédérations, médias spécialisés, riders).

A vu naitre et mourir 3 generations de pros. Chronique mensuelle.

Photosynthesis - 2000, Chris Carter, Neil Blender : l'histoire de la marque skate la plus barrée des 90s-2000s, et ce qu'elle a laissé derrière.

En 1990, à Dayton, dans l’Ohio — une ville d’usines et de bretelles d’autoroute, pas vraiment un haut lieu du skate — deux mecs lancent une marque de planches avec des extraterrestres imprimés dessus. Chris Carter et Mike Hill n’avaient ni budget de studio ni plan marketing. Ils avaient une photocopieuse, une fascination pour la science-fiction bas de gamme, et l’intuition que le skate manquait cruellement d’art véritable. Alien Workshop était née.

Si t’as grandi avec une planche entre 1995 et 2005, tu as forcément croisé un grip tape Alien Workshop chez un pote, ou vu traîner un exemplaire de Photosynthesis – 2000 sur une étagère à côté des cassettes usées. Ce n’était jamais la marque la plus vendue. C’était la plus étrange. Et c’est précisément pour ça qu’elle a compté.

Sortir un deck Alien Workshop de son sac plastique au skateshop, c’était toujours un petit choc. Pas de logo criard, pas de typo agressive façon World Industries. Juste une créature verte aux yeux immenses, ou une soucoupe qui crachait un rayon de lumière sur une ville en flammes. Tu regardais ça longtemps avant même de penser à rider dessus — comme si la planche méritait d’être accrochée au mur avant d’être poncée sur un curb.

Chris Carter et Neil Blender : deux artistes qui ont refusé de faire du skate normal

Alien Workshop - Photosynthesis (2000)

Neil Blender n’était pas un designer engagé pour faire joli. C’était déjà un rider culte, pro depuis 1981, inventeur de tricks à son nom (le Wooly Mammoth) et l’un des tout premiers skateurs à dessiner lui-même les graphismes de ses propres planches. Sa vision, mêlée à celle de Chris Carter — le co-fondateur qui a poussé l’imagerie extraterrestre et l’esthétique psychédélique jusqu’au bout, sans jamais transiger — a donné un truc qu’aucune autre marque n’osait faire : traiter le grip tape comme une toile, pas comme un espace publicitaire.

À une époque où World Industries misait sur l’humour potache et la provoc facile pour vendre des planches, Alien Workshop faisait le pari inverse : du mystère, du silence, une imagerie qui ne t’expliquait jamais rien. Pas de blague, pas de clin d’œil. Juste une soucoupe volante au-dessus d’un désert, et à toi de te faire ta propre idée.

Ils ont traité le grip tape comme une toile. Personne d’autre n’osait faire ça en 1990. — Ce que Carter et Blender ont changé

Photosynthesis – 2000 : la vidéo qui a lancé Dill et AVE, sur fond de Radiohead

Planche Alien Workshop posée sur un établi d'atelier, ambiance vintage 90s
L’atelier, littéralement — l’esprit « workshop » de la marque depuis 1990. (Illustration NOSK8)

Photosynthesis – 2000 n’a rien d’une vidéo de skate classique. Le montage traîne, les transitions sont abstraites, et la caméra s’attarde parfois sur des textures — de la fumée, de la lumière filtrée — plutôt que sur les tricks. C’est dans cette vidéo que deux noms qui allaient marquer la décennie suivante apparaissent pour la première fois sous le nom Alien Workshop : Jason Dill et Anthony Van Engelen. Danny Way, Anthony Pappalardo et Brian Wenning y roulent aussi, chacun avec une part qui ne ressemble à aucune autre sortie de l’époque.

La part de fin, celle de Dill, se termine sur « Polyethylene » de Radiohead. Pas un beat hip-hop, pas un titre punk énervé comme dans Welcome to Hell quatre ans plus tôt. Un choix musical presque hors-sujet pour du skate en 2000 — et c’est justement ce décalage qui a marqué tous ceux qui l’ont vue. Tu ne savais jamais à quoi t’attendre avec cette marque, et c’était le point.

On rembobinait cette cassette pas pour revoir un trick précis, mais pour retrouver cette sensation bizarre — un mélange de flou et de fascination — que la vidéo entière te collait. Aucune autre part de skate de l’époque ne te donnait cette impression de regarder quelque chose qui existait à côté du skate, pas juste dedans.

DNA Distribution, Habitat, et l’art qui a fini par racheter la marque elle-même

Alien Workshop n’a jamais été une marque isolée. Elle chapeautait DNA Distribution, la structure qui a accouché de Habitat Skateboards — une extension logique du même esprit : laisser des riders-artistes designer leurs propres planches, sans filtre marketing entre l’idée et le shape final. Là où la plupart des marques de l’époque partaient d’un logo pour construire une identité, Alien Workshop et son écurie partaient d’une œuvre et laissaient la marque se former autour.

Ce pari artistique a eu un prix. En 2008, Burton Snowboards rachète DNA Distribution ; en 2012, c’est Rob Dyrdek qui reprend Alien Workshop. Un an plus tard, Dill et AVE claquent la porte. La marque ferme en 2014. Ce genre de trajectoire — l’art qui séduit avant de se faire absorber par une structure plus grande — n’est pas propre à Alien Workshop. Tu la retrouves presque à l’identique chez Plan B, que Danny Way — déjà croisé dans Photosynthesis — a relancé après sa propre traversée du désert.

La marque la plus étrange du skate n’a jamais cherché à plaire à tout le monde. C’est exactement pour ça qu’elle a duré. — Le pari Alien Workshop

Ce que ça a laissé derrière : des marques qui pensent encore le grip tape comme une œuvre

Alien Workshop a fermé en 2014, puis relancé dès 2015 avec un nouveau projet vidéo. Elle n’a jamais retrouvé l’aura de son âge d’or. Mais l’année même de sa fermeture, Dill et AVE — les deux mecs révélés par Photosynthesis – 2000 — ont fondé Fucking Awesome, une marque qui applique exactement la même logique : le graphisme d’abord, le business ensuite. La même leçon qu’on retrouve chez Mark Gonzales, qui peignait ses propres planches bien avant que ce soit la norme.

C’est peut-être ça, la vraie leçon de cette marque bizarre : t’as pas besoin d’être compris tout de suite pour marquer une décennie entière. Il suffit juste que quelqu’un, quelque part, rembobine ta cassette parce qu’il n’a pas capté du premier coup — et qu’il ait envie de recomprendre.

T’as eu une planche Alien Workshop, ou juste la VHS de Photosynthesis qui traînait chez un pote ? Dis-le en commentaire ↓

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