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Tom Penny — Le génie de Bristol qui a fui la hype

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Tom Penny — Le génie de Bristol qui a fui la hype

Personne ne le dit jamais à voix haute. Tom Penny est meilleur que la moitié des SOTY que tu as vus défiler. Il a tout fait pour qu'on l'oublie. Portrait du génie britannique qui a fui la hype.

29 avril 2026 · 5 min de lecture
Guillaume Martin

Rédacteur skate chez NOSK8. Guillaume couvre les spots, les portraits de skaters et la culture skate française — chaque article est relu et sourcé (fédérations, médias spécialisés, riders).

A vu naitre et mourir 3 generations de pros. Chronique mensuelle.

La fluidité comme religion

Regarde n’importe quel switch heelflip de Penny dans les escaliers. Il ne pousse pas. Il ne grimace pas. La planche tourne comme si elle s’ennuyait. Tu rembobines parce que tu crois avoir loupé l’effort. Il n’y en a pas eu.

À Bristol, à la fin des années 90, Tom skatait MACBA et Lyon avec des chinos baggy, une cigarette coincée entre les doigts et une nonchalance qui rendait Eric Koston presque tendu en comparaison. C’est exactement ce qui terrifiait les autres pros. Tu peux imiter un trick. Tu n’imites pas une démarche.

Le terme steezy existait déjà. Penny l’a juste rendu obligatoire. Avant lui, on voulait gagner. Après lui, on voulait avoir l’air de s’en foutre.

Le contrat refusé qui dit tout

Carrière

  1. 1995Tom Penny, part etnies High 5ThrasherRévélation dans « High 5 » : le gamin de Bristol skate avec une fluidité surnaturelle. La planche tourne comme si elle s’ennuyait.
  2. 1996Tom Penny en Europe (1995)ArchivesLa machine US lui tend un chèque énorme. Il ne signe pas, rentre à Bristol squatter chez ses potes. Il veut skater quand il veut, pas devenir une marque.
  3. 2000Tom Penny, part éS Menikmati 2000ThrasherPart éS « Menikmati » : la part qui dit tout. Des switch heelflips dans les escaliers, sans effort, sans grimace. Tu rembobines pour vérifier.
  4. 2003Tom Penny, part Flip Really SorryFlipPart Flip « Really Sorry ». Avant lui on voulait gagner ; après lui on voulait avoir l’air de s’en foutre.
  5. 2009Tom Penny, part Flip Extremely SorryFlipPart Flip « Extremely Sorry ». Le génie réapparaît entre deux disparitions, intact, toujours aussi fluide.

1996. La machine US arrive en Angleterre avec un chèque qui aurait fait flipper la moitié des skateurs pros actuels. Penny le pose sur la table. Il ne signe pas. Il rentre à Bristol. Il continue de squatter chez ses potes, en empruntant des planches Flip Skateboards à droite à gauche.

Personne dans les bureaux US ne comprend. C’est précisément le problème. Penny ne veut pas devenir une marque. Il veut skater quand il a envie, là où il a envie, et disparaître entre deux parts pendant des mois sans que personne sache où il est passé. La rumeur dit qu’il a fait perdre un quart de million à un sponsor en oubliant tout simplement de répondre aux mails.

Vingt-cinq ans plus tard, à l’heure où chaque rider US a sa marque de bonbons CBD et son podcast, le geste de Penny ressemble à une œuvre d’art conceptuelle. Il a refusé d’être ce qu’on l’a supplié de devenir.

Menikmati, 2000 — la part qui a tout dit

éS sort Menikmati en 2000. Fred Mortagne aux manettes. La part de Penny dure quelques minutes. Elle redéfinit ce que beaucoup pensaient possible. Pas par les tricks — d’autres ont fait plus dur. Par la manière de les faire.

Le backside flip à MACBA pose une norme. Ses pieds attrapent la planche au sol comme s’il rentrait chez lui. Pas de bruit. Pas de drame. Juste une ligne droite qui se referme. Si tu n’as pas rembobiné cette part au moins quinze fois entre 2000 et 2003, tu mens.

À l’époque, on louait les VHS chez les copains. Trois jours pour rendre la cassette, donc cinq potes qui défilent dans le salon pour la voir avant qu’elle reparte. Menikmati a probablement formé plus de skateurs européens que n’importe quelle école. Penny y joue sans le vouloir le rôle du grand frère qu’on n’aura jamais.

Pourquoi Penny reste insurpassable

On peut citer Daewon Song pour la créativité, Andrew Reynolds pour la pop, Koston pour le sens du spot. Tom Penny, lui, a la chose la plus rare : la décontraction non négociable. Ça ne s’apprend pas. Ça se voit chez deux ou trois mecs par décennie.

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La marque de Penny depuis 1995. Pop sèche, érable canadien 7 plis, graphismes héritage Bristol.

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Le drame de l’époque actuelle, c’est qu’on a perdu le droit de disparaître. Un pro contemporain qui ne poste pas pendant deux semaines voit ses sponsors paniquer. Penny lui, disparaissait pendant deux ans. Il revenait sans s’excuser. Et la première ligne qu’il filait à la caméra valait à elle seule trois années de contenu pour algorithme.

Aujourd’hui, des kids de dix-sept ans citent Penny dans les commentaires sans avoir vu la moindre de ses parts. Ils ont juste vu le mot circuler. C’est le statut ultime : devenir une référence partagée par des gens qui ne savent plus pourquoi ils la partagent. Un mythe, pas un athlète.

La prochaine fois qu’un débat « qui est le GOAT » traîne dans un commentaire YouTube, glisse Penny. Tu verras ceux qui ont vu Menikmati hocher la tête. Les autres demanderont qui c’est. Tu sauras qui est qui.

Le switch heelflip de Tom Penny qui a l’air de s’ennuyer, ça reste le sommet du style pour toi ? Dis ton skateur le plus steezy. Dis-le en commentaire ↓

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