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Wade Speyer, 1991 : comment un ledge caché de San Francisco a donné son nom à tous les « hubbas » ?

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Wade Speyer, 1991 : comment un ledge caché de San Francisco a donné son nom à tous les « hubbas » ?

1991 : Wade Speyer pose le premier grind documenté du Hubba Hideout à San Francisco. Comment ce recoin est devenu le nom de tous les ledges d'escalier ?

7 octobre 2026 · 6 min de lecture

Faits sourcés, ligne street 1990-2005.

Une signature collective : chaque date, chiffre ou citation a une source. Une erreur ? On corrige. Qui écrit NOSK8

1991, San Francisco. Wade Speyer entend parler d’un ledge « au coin de la rue », y va avec un photographe, pose un grind en noir et blanc. Vingt ans plus tard, la ville rase le spot à la pelleteuse. Entre les deux, son nom a changé de sens : aujourd’hui, partout dans le monde, un ledge le long d’un escalier s’appelle un « hubba ». Comment un recoin mal famé a fini dans le dictionnaire du skate ?

Un ledge « au coin de la rue », 1991

Au début des années 90, si tu skates à San Francisco, tu passes par l’Embarcadero. La grande place au pied des tours, en face du Ferry Building, c’est EMB : des marches, des bancs, du granit, et une scène qui va fabriquer une bonne partie du street moderne. Wade Speyer y traîne comme tout le monde. Lui, c’est le gros gabarit de la bande, le mec qui prend tout en vitesse, plus tard figure de Black Label.

Un jour, il est en train de skater « The 7 », un set de marches de la place. Il raconte la suite au blog Made For The Grave en 2010 : « J’ai entendu quelqu’un parler d’un ledge juste au coin. Alors Bryce Kanights et moi, on y est allés, et il m’a shooté en train de faire le nosegrind. »

Petit détail qui compte pour les puristes : les archives, elles, parlent d’un crooked grind. TransWorld et la base NBD Finder datent la photo de 1991, signée Bryce Kanights, en noir et blanc. Speyer, lui, se souvient d’un nosegrind. Ce qui ne bouge pas, c’est le reste : c’est la première figure documentée sur ce ledge, et c’est lui qui l’a posée.

Embarcadero Plaza à San Francisco, ancien spot EMB, à deux pas du ledge du Hubba Hideout
Embarcadero Plaza aujourd’hui, l’ancien EMB. Le Hubba Hideout était à deux pas, près de Justin Herman Plaza. Photo : Kylelovesyou — CC0, via Wikimedia Commons

Deux escaliers de six marches, et un nom qui ne vient pas du skate

Sur le papier, le spot n’a rien d’un monstre. Deux sets de six marches, larges, bordés de chaque côté par de gros ledges en béton. Un passage piéton entre deux niveaux, près de Justin Herman Plaza. Le genre d’endroit où personne ne s’arrête.

Justement. Le recoin est planqué, et il attire du monde qui n’a pas envie d’être vu. Dans l’argot de la baie de San Francisco, les « hubbas », c’est le crack. Le coin devient la « cachette à hubbas » : Hubba Hideout. Les skateurs gardent le surnom tel quel. Personne ne pense alors qu’il va voyager.

Ce qui rend le spot dur, ce n’est pas la hauteur, c’est la forme. Le ledge descend avec l’escalier : tu ne grindes pas à plat, tu grindes en pente, avec une réception en brique au bout. Il faut de la vitesse, de l’engagement, et accepter de taper fort quand ça ne passe pas.

This Old Ledge: Hubba Hideout — Thrasher

1992-1998 : les couvertures s’enchaînent

Après la photo de Speyer, le spot passe dans les magazines, et là tout s’accélère. ESPN, au moment de la démolition, a fait le compte des couvertures shootées sur place. Mike Carroll fait la une de Thrasher en décembre 1992. Carl Shipman en janvier 1994, avec un frontside bluntslide. Fred Gall en février 1995, en switch 5-0. Brian Anderson y passe un 50-50 en 1996.

Et en 1998, Eric Koston fait la couverture du Photo Annual de TransWorld avec un backside noseblunt slide. Karl Watson était là ce jour-là : « J’étais juste à côté pour le backside noseblunt de Koston, et je n’arrivais toujours pas à y croire. » Si tu veux voir ce que Koston est devenu après, on a raconté son départ de Lakai pour Nike SB.

Chaque couverture fait venir de nouveaux skateurs. Le spot devient un passage obligé pour tout pro de passage à San Francisco, au même titre qu’EMB juste à côté. On a déjà raconté comment EMB, Love Park et Pulaski ont fait les années 2000 : Hubba appartient à la même famille.

Classics - Wade Speyer — Thrasher

La ville contre-attaque, les skateurs dévissent

Forcément, la ville finit par s’en mêler. À la fin des années 90, les ledges sont couverts de skatestoppers, ces bosses métalliques vissées dans le béton pour empêcher de grinder. Fin du spot ? Pas longtemps. Les bosses disparaissent : d’après ESPN, elles ont été « méticuleusement retirées » par un pro resté anonyme. Les sessions reprennent.

Skatestopper vissé sur un ledge en granit, la bosse métallique que la ville pose contre les skateurs
Un skatestopper, le même type de bosse métallique que la ville a vissé sur les ledges du Hubba Hideout à la fin des années 90 (photo prise ailleurs). Photo : TheGoodEndedHappily, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

En mars 2007, nouvelle tentative : la réception en brique est arrachée et remplacée par du sable. Les skateurs posent des planches de bois sur le sable et continuent. Sur la photo de une, prise en juin 2010, tu vois encore les petites bosses sur le ledge de droite, et Paul Rodriguez en train de jauger le spot. Cinq ans plus tôt, il quittait éS pour Nike SB, on te raconte cette histoire ici.

Fin de partie en janvier 2011. ESPN l’annonce le 22 janvier : le ledge du haut a été arraché la veille, le reste suit. Les escaliers et les ledges sont démolis. Vingt ans après la photo de Speyer, le Hubba Hideout d’origine n’existe plus.

Alors, pourquoi tous les ledges d’escalier s’appellent des « hubbas » ?

Parce que le spot a réuni trois choses que personne d’autre n’avait en même temps.

D’abord, une forme qui n’avait pas encore de nom. Un ledge qui descend le long d’un escalier, au début des années 90, ce n’est ni un curb, ni un handrail. Il fallait un mot pour ça, et le premier exemple célèbre a donné le sien.

Ensuite, la répétition. Carroll, Shipman, Gall, Anderson, Koston : six ans de couvertures sur le même béton. Quand tu as vu la même forme en une de Thrasher et de TransWorld pendant toute ton adolescence, tu finis par l’appeler par son nom.

Enfin, le surnom lui-même. « Hubba », c’est court, ça claque, et ça raconte un spot de rue, pas un skatepark. C’est pour ça qu’il a pris. Aujourd’hui, à New York, il y a le Black Hubba. Ailleurs, le Clipper Hubba. Partout ailleurs, n’importe quel skateur te dira « il y a un hubba en bas de la place » pour un ledge le long d’un escalier.

Le spot a disparu en 2011. Le mot, lui, est resté. Et tout a commencé par un grind de Wade Speyer, en 1991, sur un ledge dont il avait entendu parler par hasard, au coin de la rue.

Il y a un hubba près de chez toi ? Dis-nous comment vous l’appelez entre vous, et quel trick tu rêves d’y poser. Dis-le en commentaire ↓

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