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Ray Barbee dans Ban This : 1989

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Ray Barbee dans Ban This : 1989

En 1989, Ray Barbee signe sa part dans Ban This avec une planche de flat et des no comply. Trente ans après, on essaie encore de le copier.

9 octobre 2026 · 10 min de lecture

Faits sourcés, ligne street 1990-2005.

Une signature collective : chaque date, chiffre ou citation a une source. Une erreur ? On corrige. Qui écrit NOSK8

En 1989, un gamin de San Jose débarque dans l’une des vidéos les plus marquantes de l’histoire du skate. Il arrive avec une planche de flat. Ses enchaînements de no comply vont tout casser. Oublie les rampes géantes. Ray Barbee vient de poser les bases de la rue moderne. Il le fait avec une fluidité qu’on essaie encore de copier trente ans plus tard.

Powell-Peralta, 1989

À la fin des années 1980, l’industrie du skate est dominée par les grandes rampes verticales. Les compétitions sont aseptisées, organisées par les marques majeures de l’époque. La marque Powell-Peralta règne en maître sur le marché. Elle a sa fameuse Bones Brigade, avec les têtes d’affiche incontestées du moment : Tony Hawk, Steve Caballero ou Mike McGill. Pourtant, le centre d’intérêt commence doucement à glisser des skateparks vers le béton brut des centres-villes. Une nouvelle génération de skateurs réinvente le mobilier urbain. Sans transition ni demi-mesure.

Powell-Peralta, 1989
Ray Barbee · Freeskatemag via YouTube (citation (image de la vidéo citée)) — youtube

C’est dans ce climat de transition culturelle intense que sort la vidéo Bones Brigade Video Show numéro 4. Elle s’appelle Ban This, et elle sort au cours de l’année 1989. Stacey Peralta, réalisateur et cerveau créatif de la marque, le comprend. Il faut donner de la visibilité à ces jeunes loups. Ils désertent les rampes pour s’approprier les trottoirs et les marches de Californie. La vidéo sort en VHS. Elle circule de main en main dans les cours d’école et les skateparks. Elle devient instantanément un objet de culte absolu pour tous les pratiquants. Ils découvrent une autre manière de skater la ville.

Au milieu de cette fresque monumentale, la part de Ray Barbee arrive. C’est un ovni absolu. Il bouleverse les repères établis de la discipline. Alors que la plupart des pros misent sur la vitesse pure en rampe ou sur des tricks aériens spectaculaires, Barbee arrive autrement. Il a un sourire contagieux. Il a une planche au shape old school très large. Son approche du skate est radicalement horizontale. Sa section ne dure que quelques minutes. Mais elle suffit à redéfinir ce qu’il est possible de faire sur un bout de bois à quatre roues. Ça se passe sur le bitume plat d’un parking ou d’une place publique.

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Le line-up

La part s’ouvre sur des enchaînements au sol. Ils donnent immédiatement le ton de la session. On y voit des variations de manuals et de no comply, exécutés avec une décontraction déconcertante. Ray Barbee enchaîne les figures de flat et les petites descentes de curb. Il fait corps avec son matériel. Il démontre que la créativité prime largement sur la hauteur des sauts ou la complexité technique apparente. Les spectateurs découvrent des enchaînements fluides. Chaque trick mène naturellement au suivant. Ça crée une ligne continue qui ne s’arrête jamais vraiment.

vidéo citée (image à la une)
vidéo citée (image à la une)

Le cœur de la part dévoile une série de no complys sautés par-dessus des obstacles urbains. Il y a des plaques d’égout et des petites marches. Ça se passe dans la région de San Jose et de Los Angeles. Barbee popularise à lui seul le no comply frontside et backside. Il l’intègre dans des lignes fluides. Il transforme un mouvement hérité du freestyle des années 1970 en arme redoutable pour le street skate. Chaque impulsion se donne en posant le pied arrière au sol, tout en soulevant la planche. C’est un geste technique exigeant un timing parfait. Le skateur l’exécute avec une apparente simplicité désarmante.

La séquence finale s’accélère. Les tricks deviennent plus engagés sur des spots en pente et des rebords de béton rugueux. Elle illustre la transition parfaite entre le style old school et l’ère moderne du street. On y voit des bumps to bar, des petits grinds de fortune et des réceptions maîtrisées. Les surfaces sont loin d’être lisses, typiques de l’urbanisme californien de cette décennie. Cette démonstration technique sans temps mort s’achève sur une note joyeuse. Elle scelle définitivement le statut de cette part parmi les séquences les plus influentes de toute l’histoire de la discipline.

Spots urbains

Les spots de cette part se situent principalement en Californie du Nord. Ils sont autour de San Jose, la ville natale de Ray Barbee. Loin des spots aseptisés des parcs de skate payants, on trouve des bancs publics en bois. Il y a aussi des îlots de circulation en béton et des murets d’immeubles administratifs. Des portions de trottoirs ordinaires servent de terrain de jeu. Ces décors banals de la vie quotidienne américaine prennent soudainement une dimension artistique sous les roues de la planche. Ils révèlent le potentiel caché de chaque angle de rue.

À cette époque, la notion même de spot de street n’est pas encore codifiée. Les skateurs doivent improviser face à l’hostilité des passants, de la police locale et des propriétaires de magasins. Les dalles de béton de ces espaces publics des années 1980 ont des joints larges, des aspérités et des fissures. Elles rendent chaque réception délicate. Elles exigent un équilibre de tous les instants. Ces décors authentiques portent l’usure du temps et le passage des piétons. Ils confèrent à la vidéo une texture brute et réaliste. Une texture qui manque cruellement aux productions tournées en environnement contrôlé.

Aujourd’hui, la grande majorité de ces spots historiques a totalement disparu. Ils ont disparu sous les coups de la gentrification urbaine, des rénovations de centres-villes et de la mise en place de dispositifs anti-skate agressifs. Les murets ont été affublés de clous métalliques. Les dalles ont été refaites. Les bancs en bois ont été remplacés par du mobilier anti-vagabondage. Ce mobilier est conçu pour empêcher les planches de toucher le moindre recoin. Malgré leur disparition physique, ces lieux vivent dans la mémoire collective des skateurs. Ils vivent à travers cette vidéo. Chaque plan de Ban This devient une archive archéologique irremplaçable.

The Youngbloods

La bande sonore de la part de Ray Barbee dans Ban This est le titre Get Together. Il vient du groupe The Youngbloods. Le morceau est sorti initialement à la fin des années 1960. Ce choix musical audacieux tranche radicalement avec le rock lourd, le punk agressif ou le thrash metal. Ces styles rythment traditionnellement les vidéos de skate de la fin des années 1980. Avec ses accents folk-rock, ses paroles pacifistes et son rythme chaloupé, la chanson insuffle une atmosphère solaire. Elle rend l’ensemble de la séquence positif et profondément optimiste.

Le mariage entre les images de skate et la mélodie vocale fonctionne parfaitement. Il crée une synergie rare entre le mouvement du corps et la vibration de la musique. Lorsque Barbee amorce ses courbes souples et ses enchaînements aériens sur les refrains, la vidéo gagne une dimension quasi poétique. Le spectateur est captivé immédiatement. Ce choix prouve que le skate de rue peut se raconter sur un autre registre que la rébellion brute. On y injecte une élégance décontractée et une âme profondément humaine.

Cette association entre musique pop-rock vintage et skate de rue va influencer durablement le montage des vidéos. Ça ouvre la voie à des choix musicaux beaucoup plus éclectiques dans les décennies suivantes. Avant Ban This, associer une musique aussi douce à des images de gamins ridant du béton urbain semblait incongru. Les producteurs voulaient vendre une image rebelle et bruyante. En osant ce grand écart stylistique, la production offre à la part de Barbee une intemporalité rare. Ce segment devient un chef-d’œuvre audiovisuel. On le regarde encore aujourd’hui avec la même émotion intacte.

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Stacey Peralta

Derrière la caméra, on retrouve Stacey Peralta lui-même. Il est épaulé par les équipes de tournage de Powell-Peralta. Ces équipes parcourent les routes américaines à la recherche des talents de demain. Le matériel de l’époque se compose de caméras analogiques lourdes et encombrantes. Il est bien loin des équipements légers et haute définition d’aujourd’hui. Ça demande une complicité totale entre le filmeur et le skateur. Chaque plan est pensé pour valoriser la ligne globale du rider. Il ne saucissonne pas l’action en angles de vue superflus. Ces angles cassent la fluidité du geste.

Ray Barbee BROKE Every RULE Without Trying
Ray Barbee BROKE Every RULE Without Trying

Le montage, orchestré par la même équipe créative, fait un pari audacieux. Il laisse respirer les images. Il privilégie les plans larges pour admirer l’intégralité de la trajectoire du skateur. Contrairement aux montages ultra-rapides et frénétiques qui envahiront les productions quelques années plus tard, Ban This prend son temps. Le film pose son cadre. Il montre l’environnement urbain et contextualise l’action. Cette approche documentaire confère à la vidéo une valeur historique inestimable. Elle documente avec précision une époque charnière. Le skate de rue cherche encore ses marques et ses propres codes esthétiques à ce moment-là.

La relation de confiance entre Ray Barbee et Stacey Peralta transparaît à l’écran. Elle se voit dans chaque plan. Elle témoigne d’une liberté artistique totale accordée au jeune prodige. Il exprime ainsi sa vision singulière du skate. Peralta sait repérer les talents qui sortent des sentiers battus. Il leur offre une vitrine internationale immense. Il s’appuie sur la puissance de diffusion de la marque Powell-Peralta. Cette collaboration exemplaire entre un réalisateur visionnaire et un skateur inspiré démontre toute l’importance d’une direction artistique solide. Elle transforme une simple session de rue en moment historique de la culture populaire.

Planche et style

Côté matériel, Ray Barbee ride une planche au shape typique de la fin des années 1980. Elle est large, avec un nose court et un tail prononcé. Elle est montée avec des trucks larges et des roues relativement dures. Les chaussures de l’époque ne bénéficient d’aucune technologie sophistiquée. Elles se résument souvent à des baskets classiques en toile ou en cuir renforcé. Cette simplicité oblige les skateurs à compenser par le style. Ils compensent aussi par l’équilibre et un placement de pieds chirurgical. Ça leur permet de réussir des figures exigeantes sur le plan physique.

L’héritage technique et stylistique de cette part est immense. Elle a directement inspiré des générations entières de skateurs professionnels. Ils ont repris le flambeau du street skate dans les années 1990 et 2000. Des figures incontournables de la scène street comme Tommy Guerrero ou Natas Kaupas l’ont reconnu. Les légendes de la côte Est aussi, plus tard. Tous ont reconnu l’impact considérable de ce style fluide et décontracté. En prouvant qu’on pouvait créer un art visuel complet sans modules géants ni vitesses extrêmes, Barbee a ouvert la porte. Une frange entière de la population skate s’est alors retrouvée. Elle ne se reconnaissait pas dans la culture verticale.

Chaque fois qu’un skateur pose un no comply avec style dans une rue de Tokyo, de Paris ou de New York, il rend un hommage inconscient. Cet hommage va à cette session de 1989, immortalisée dans Ban This. Le legs de Ray Barbee ne se mesure pas seulement en nombre de tricks ou en innovations techniques pures. Il se mesure en une attitude. C’est une manière d’habiter l’espace urbain avec le sourire et une élégance intemporelle. C’est précisément cette empreinte culturelle indélébile qui fait de cette part un monument absolu du patrimoine skate. Elle est gravée pour toujours dans l’histoire de notre communauté.

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