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Rodney Mullen, 34 victoires sur 35 en freestyle : pourquoi tout recommencer dans la rue ?

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Rodney Mullen, 34 victoires sur 35 en freestyle : pourquoi tout recommencer dans la rue ?

Champion du monde de freestyle à 14 ans, 34 contests gagnés sur 35, l'inventeur de l'ollie sur le plat a tout recommencé dans la rue en 1992. Les trois raisons, faits et parts à l'appui.

4 octobre 2026 · 8 min de lecture

Faits sourcés, ligne street 1990-2005.

Une signature collective : chaque date, chiffre ou citation a une source. Une erreur ? On corrige. Qui écrit NOSK8

1992, une cassette de Questionable qui passe de main en main. La part de Rodney Mullen démarre comme tu l’attends : du freestyle sur le plat, propre, presque chirurgical. Puis l’image change. Le même mec, les mêmes pieds, mais cette fois sur du street.

Tu as devant toi le skateur le plus titré de son époque en freestyle. Trente-quatre victoires sur trente-cinq contests en dix ans. Un champion du monde à 14 ans. Et il recommence tout, devant une caméra, à 25 ans passés.

Qui fait ça ? Personne ne quitte un trône sans raison. Les siennes tiennent en trois points, et elles sont plus simples qu’on le croit. Mais pour les comprendre, il faut repartir de Floride, en 1977.

Gainesville, 1977 : un père dentiste et un deal

Rodney Mullen naît le 17 août 1966 à Gainesville, en Floride. Il monte sur une planche le jour de l’an 1977. Il a 10 ans.

Chez lui, ce n’était pas gagné. Son père est dentiste, strict, et il ne veut pas entendre parler de skate. Le compromis se négocie à la dure : Rodney arrêtera à la première blessure grave. Un contrat de gamin, avec une clause qui pend au-dessus de chaque session.

Deux ans plus tard, en 1979, il gagne les Oceanside Nationals. En 1980, il remporte l’Oasis Pro et passe pro. Il a 14 ans. Dans la foulée tombe son premier titre mondial de freestyle, au même âge.

34 sur 35 : dix ans sans perdre (ou presque)

Le freestyle des années 80, c’est une discipline de plat. Une planche, un bout de sol lisse, et des figures enchaînées comme une chorégraphie. Mullen y règne. Sur une décennie, il gagne 34 des 35 contests auxquels il participe.

Rodney Mullen en contest de freestyle à Oceanside, 1986

Il roule pour la Bones Brigade, le team de Powell Peralta. Celui des VHS que tu as usées jusqu’à la bande, celui de Tony Hawk. Mais le plus fort n’est pas dans le palmarès. Il est dans ce qu’il invente.

En 1982, il sort l’ollie sur le plat. La même année viennent le kickflip dans sa version moderne, le heelflip et l’impossible. En 1983, le 360 flip. Relis la liste : c’est la moitié de ce que tu as appris en session.

Le Skateboarding Hall of Fame le dit sans détour. Son ollie sur le plat de 1982 est devenu le trick le plus influent de l’histoire du skate. Le reste en découle. Sans ollie, pas de kickflip à apprendre, pas de marche, pas de gap.

1989 : le freestyle s’éteint, Rocco appelle

Fin des années 80, le décor bouge. Le freestyle perd son public. Les contests se raréfient, les regards partent ailleurs. Autour de Mullen, on lui fait comprendre qu’il va devoir transformer son style.

En 1988, il signe encore une part de freestyle pur dans Public Domain, la vidéo Powell Peralta. Regarde-la avec tes yeux d’aujourd’hui : tout ce qu’il fait sur le plat, tu l’as vu plus tard sur des marches.

Rodney Mullen, part freestyle dans Public Domain (Powell Peralta, 1988)

En 1989, il fait un détour par le cinéma. Il double Christian Slater dans Gleaming the Cube. Une parenthèse hollywoodienne, pas un plan de carrière.

Le vrai virage est ailleurs. Début 1989, il quitte la Bones Brigade. Il devient le principal investisseur de World Industries, montée avec Steve Rocco. C’est la toute première marque détenue par des skateurs. Si tu veux l’histoire complète, on l’a racontée dans notre dossier sur World Industries et Steve Rocco.

Retiens ce détail. Le champion du freestyle ne se contente plus de rouler pour une marque. Il mise son argent sur les skateurs qui tiennent leur propre business.

1992, Questionable : la part qui change de sol

En 1991, Mullen rejoint Plan B. La marque a été fondée par Mike Ternasky, Danny Way et Colin McKay. Ternasky voit quelque chose que les contests ne montraient plus. Il pousse Mullen vers le street.

Rodney Mullen, part dans Questionable (Plan B, 1992)

En 1992 sort Questionable, réalisée par Ternasky. Regarde le générique : Mullen, Danny Way, Colin McKay, Rick Howard, Mike Carroll, Matt Hensley, Pat Duffy, Sean Sheffey, Sal Barbier, Ryan Fabry. Un casting qui ressemble à une liste de légendes, et à l’époque, c’était juste une vidéo de team.

La part de Mullen raconte tout dans son montage. Elle s’ouvre sur du freestyle, sur le plat. Puis elle bascule dans la rue. Le passé et la suite, collés dans la même séquence.

1993, Virtual Reality : la confirmation

Un an plus tard, Plan B remet ça. Virtual Reality est présentée le 11 juin 1993. Thrasher la range, comme Questionable avant elle, parmi les meilleures vidéos de skate jamais sorties.

Pour la part de Mullen, Thrasher parle d’une avalanche de NBD, ces tricks jamais posés avant. Le freestyler de 1985 est devenu un streeteur qui invente encore. Même méthode, nouveau terrain.

Rodney Mullen, part dans Virtual Reality (Plan B, 1993)

Pourquoi il a tout recommencé dans la rue : trois raisons

On y est. Un mec invaincu ou presque quitte sa discipline pour repartir de zéro. Ce n’est pas un caprice. Trois raisons se tiennent, et elles s’emboîtent.

Un : le freestyle n’avait plus de scène. Plus de public, plus de contests, plus de couvertures. Rester le roi d’un royaume vide, ça ne nourrit personne. Le street, lui, était en train de devenir le centre du skate.

Deux : ses tricks étaient déjà ceux du street. L’ollie, le kickflip, le heelflip, le 360 flip. Il les avait inventés sur le plat. Il ne repartait donc pas de zéro. Il posait sa propre grammaire sur des curbs, des marches et des rails.

Rodney Mullen décompose un geste de skate pour de jeunes skateurs dans un skatepark de Camden, dans le Maine, en octobre 2013
Camden (Maine), octobre 2013 : trente et un ans après l’ollie sur le plat, Rodney Mullen décortique encore le geste pour des gamins du skatepark. Photo : PopTech, CC BY-SA 2.0, via Wikimedia Commons.

Trois : il avait parié sur les skateurs. En 1989, il met son argent dans World Industries, une marque tenue par des skateurs. En 1991, chez Plan B, Ternasky lui ouvre la porte du street et le pousse à la franchir.

Voilà pourquoi. Mullen n’a pas abandonné le freestyle. Il l’a emporté avec lui dans la rue, là où le skate allait vivre les trente années suivantes.

Après Plan B : A-Team, Almost et une hanche à réapprendre

En 1997, il lance A-Team, avec Marc Johnson et Gershon Mosley dans le roster. L’aventure s’arrête en 2000. Il enchaîne avec Almost, aux côtés de Daewon Song. Il dépose aussi un brevet pour les roues Tensor, en 2000.

En 2002, les lecteurs de Transworld l’élisent Skater of the Year. Dix-neuf ans après le 360 flip, il est encore au sommet. En 2004 sort The Mutt, son autobiographie écrite avec Sean Mortimer. Si tu ne dois lire qu’un bouquin de skate, c’est celui-là.

Ensuite, le corps réclame sa note. Sa hanche droite est bloquée par du tissu cicatriciel. À partir de 2007, il réapprend ses tricks dans d’autres stances. Le gamin de Gainesville a gardé le même réflexe : quand un sol ne marche plus, il en cherche un autre.

Rodney Mullen sur la scène de PopTech à Camden, dans le Maine, pendant son talk Getting Back Up en octobre 2013
PopTech, Camden (Maine), 23 octobre 2013 : Rodney Mullen sur scène pour « Getting Back Up ». Photo : PopTech, CC BY-SA 2.0, via Wikimedia Commons.

Il raconte tout ça sur scène. En 2012, TED met en ligne son talk « Pop an ollie and innovate! ». PopTech en 2013, à Camden dans le Maine, sous le titre « Getting Back Up ». TED le présente comme le parrain du street. Transworld l’avait classé 3e des 30 skateurs les plus influents en décembre 2011. Le Hall of Fame l’intronise en mai 2013.

La prochaine fois que tu claques un kickflip sur une marche, pense à ce freestyler de 1982. Il a posé le trick sur le plat, puis il a eu le cran de le suivre dans la rue. Tu retrouves sa fiche complète sur la page rider de Rodney Mullen.

Tu as découvert Rodney Mullen par la Bones Brigade, par Questionable ou par un talk TED ? Raconte-nous la première part de lui qui t’a retourné le cerveau.Poster un commentaire

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