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Plan B Skateboards : comment Mike Ternasky a réinventé le street skating en 1991

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Plan B Skateboards : comment Mike Ternasky a réinventé le street skating en 1991

En 1991, Mike Ternasky claque la porte de H-Street et fonde Plan B. Avec une seule vidéo, Questionable, il fait du skate de rue la discipline la plus sérieuse du monde.

5 juin 2026 · 7 min de lecture
Guillaume Martin

Rédacteur skate chez NOSK8. Guillaume couvre les spots, les portraits de skaters et la culture skate française — chaque article est relu et sourcé (fédérations, médias spécialisés, riders).

A vu naitre et mourir 3 generations de pros. Chronique mensuelle.

En 1991, Mike Ternasky claque la porte de H-Street et fonde Plan B. Avec une seule vidéo, Questionable, il fait du skate de rue la discipline la plus sérieuse du monde.

En 1991, Mike Ternasky claque la porte de H-Street, l’équipe qu’il dirigeait, parce qu’il ne supporte plus de voir le skate de rue géré par des types qui n’ont jamais posé un pied sur une planche. Quelques mois plus tard, il sort Plan B — et avec une seule vidéo, il fait passer le street d’un truc de gamins à la discipline la plus sérieuse de la planète.

On raconte souvent l’histoire à l’envers. On parle de Mike Carroll, de Rick Howard, de Danny Way comme si la marque s’était construite toute seule autour de leurs talents. La vérité, c’est qu’il a fallu un mec dans l’ombre, derrière la caméra, pour les réunir et leur mettre une pression que personne n’avait osé mettre avant. Ce mec, c’est Ternasky. Et le skate d’aujourd’hui lui doit plus qu’il ne l’imagine.

1991 : le jour où Ternasky a tout plaqué

Plan B Questionable 1992 — la vidéo qui a redéfini le street skating

Au début des années 90, l’industrie du skate est dirigée par des patrons vieillissants qui ne skatent plus depuis longtemps. Ils vendent des planches comme on vend des aspirateurs. Ternasky, lui, manage H-Street avec Tony Magnusson et il étouffe. Il voit le street exploser dans la rue — les ledges, les rails, les gaps — et il voit une industrie incapable de filmer ça correctement.

Alors il part. Il fonde Plan B avec une idée simple et radicale pour l’époque : la marque, ce n’est pas le logo sur la planche, c’est la vidéo. Le produit, c’est le footage. Et pour faire le meilleur footage du monde, il faut la meilleure équipe du monde. Pas une équipe sympa. La meilleure, point.

Ce que personne n’avait fait avant lui, c’est traiter une team de skate comme un projet artistique total. Ternasky filme, monte, recadre, repousse. Il demande à ses riders de retenter un trick cinquante fois pour que la ligne soit parfaite. À une époque où la plupart des vidéos ressemblaient à des montages de vacances, c’était une révolution silencieuse.

Ternasky n’a pas vendu des planches. Il a vendu une idée du skate où rien n’était jamais assez bon. — L’architecte resté dans l’ombre

Questionable – 1992 : le jour où la barre a explosé

Skatepark en béton brut — l'architecture que la génération street a transformée en terrain de jeu
Le béton brut, terrain où s’est forgée la révolution Plan B. Photo : W.carter / Wikimedia Commons (CC BY-SA 4.0)

Quand Plan B sort Questionable – 1992, c’est un séisme. Beaucoup de monde dans le milieu la considère encore aujourd’hui comme la meilleure vidéo de skate jamais sortie. Pas une des meilleures. La meilleure. Et il suffit de la regarder pour comprendre pourquoi.

La part qui met tout le monde par terre, c’est celle de Pat Duffy. Le gamin balance des handrails que personne n’aurait osé fixer du regard quelques mois plus tôt. Des rampes d’escalier longues comme des couloirs, en backside lipslide, en switch. À ce moment précis, le street change d’échelle. Ce qui était impossible la veille devient le nouveau minimum.

Et derrière Duffy, il y a un casting de rêve : Rodney Mullen qui réinvente le flatground, Danny Way et Colin McKay qui ramènent la puissance du vert dans la rue, Sean Sheffey et sa violence, Matt Hensley et son style. Ternasky n’a pas réuni des bons skateurs. Il a réuni les futurs piliers de toute une décennie.

La dream team que Ternasky a assemblée à la main

Regarde la liste de l’équipe en 1992 : Rodney Mullen, Danny Way, Colin McKay, Mike Carroll, Rick Howard, Matt Hensley, Pat Duffy, Sean Sheffey, Sal Barbier, Ryan Fabry. Sur le papier, c’est presque indécent. Dans la réalité, c’est le résultat d’un mec qui savait exactement quel potentiel allait définir les dix années à venir.

Mike Carroll et Rick Howard, justement, sont là — encore tout jeunes, encore en train de poser les bases du skate technique propre qui deviendra leur signature. Ternasky les pousse, les filme, leur donne une liberté qu’aucune autre marque ne leur aurait offerte. Il leur apprend, sans le dire, comment on construit une vidéo qui marque les esprits.

Cette intensité, c’était la marque de fabrique de la maison. On bossait dur, on retentait jusqu’à la nuit, on ne lâchait pas un trick tant qu’il n’était pas filmé propre. Pour des gamins de vingt ans, c’était dur. Pour l’histoire du skate, c’était fondateur. Va voir ce que sont devenus des spots comme EMB à San Francisco dans l’imaginaire collectif : c’est cette génération qui les a sacralisés.

1993 : Carroll et Howard partent fonder Girl

Et puis, en 1993, deux des plus beaux talents de l’écurie s’en vont. Mike Carroll et Rick Howard quittent Plan B pour monter leur propre marque avec Spike Jonze et Megan Baltimore : Girl Skateboards. Ce n’est pas une trahison, c’est une émancipation. Ils ont appris chez Ternasky ce que c’était qu’une vidéo, une identité, une famille. Ils veulent la leur.

Le timing dit tout. Ils commencent à promouvoir Girl alors qu’ils sont encore en tournée pour Plan B. Le ver est dans le fruit, mais c’est aussi la preuve de ce que Ternasky avait construit : une école. Girl ne serait jamais devenue Girl sans le passage de ses fondateurs par Plan B. La filiation est directe, même si elle s’est faite dans une certaine tension.

Pour le trentenaire qui a grandi avec les vidéos Girl et Chocolate, c’est troublant de réaliser que tout part de là. Que le skate propre et malin de Carroll, celui qu’on a copié pendant des années dans les parkings, a été forgé dans le moule d’un mec qu’on ne cite presque jamais.

Girl est née de Plan B. Et Plan B est née de la frustration d’un seul homme. Tout le reste, c’est de l’héritage. — La filiation qu’on oublie

Mai 1994 : Ternasky meurt, et la magie s’éteint

Le 17 mai 1994, Mike Ternasky meurt dans un accident de voiture. Il a 27 ans. En trois ans, il avait réécrit les règles du skate de rue, lancé des carrières qui dureront trois décennies, et imposé une exigence qui n’a jamais vraiment quitté le milieu depuis. Et puis plus rien.

Sans lui, Plan B perd son cerveau. La marque continue quelques temps, sort encore du bon footage, mais l’étincelle s’éteint doucement. Ce qui faisait la différence, ce n’était pas le bois des planches ni le nom sur le grip. C’était lui, derrière la caméra, en train de dire « refais-le, c’était presque ça ». Personne ne pouvait le remplacer.

C’est la part triste de l’histoire, celle qu’on n’aime pas raconter. Le skate adore ses légendes vivantes, ses comebacks, ses anniversaires. Il parle moins de ceux qui sont partis trop tôt en laissant un trou que personne n’a comblé. Ternasky est de ceux-là. Un nom que les anciens prononcent avec respect, et que trop de jeunes n’ont jamais entendu.

Ce que Plan B nous a laissé

En 2005, Danny Way et Colin McKay — deux gamins que Ternasky avait fait venir de H-Street — relancent Plan B. C’est leur façon à eux de rendre hommage, de reprendre le flambeau d’un mec qui les avait révélés. La marque existe encore aujourd’hui, et c’est déjà une victoire sur l’oubli.

Mais le vrai héritage de Plan B n’est pas une planche que tu peux acheter. C’est une manière de penser le skate. L’idée que la vidéo est l’œuvre, que la team est une famille exigeante, que progresser fait mal et que c’est précisément pour ça que ça compte. Chaque part filmée sérieusement depuis trente ans descend, de près ou de loin, de ce que Ternasky a inventé en 1991.

Quand on regarde le skate devenir un sport olympique millimétré, on mesure le chemin parcouru. Et on se dit que tout a vraiment basculé un jour de 1991, quand un type a décidé qu’il en avait marre de voir sa passion mal racontée. Il n’a pas attendu la permission. Il a fait son plan B. Le nôtre, en quelque sorte.

La part de Pat Duffy dans Questionable – 1992, tu l’as découverte à l’époque ou des années après ? Raconte où et quand tu l’as vue. Dis-le en commentaire ↓

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Le lexique

  1. 1

    handrail

    Rampe d'escalier en métal que le skateur descend en grindant ou en slidant. L'un des obstacles les plus engagés du skate de rue.

  2. 2

    part

    Section vidéo dédiée à un seul skateur dans une vidéo de skate. La carte de visite d'un rider, montée sur sa propre bande-son.

  3. 3

    switch

    Skater dans sa position inverse, pied opposé à l'avant. Tout devient deux fois plus dur, comme écrire de la main gauche.

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