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Hippie jump : pourquoi ce saut sans la planche t’apprend plus que 10 ollies ratés ?

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Hippie jump : pourquoi ce saut sans la planche t’apprend plus que 10 ollies ratés ?

Tu sautes, la planche roule seule sous toi, tu retombes dessus. Le hippie jump se rentre en une session — et il installe la vitesse, l'équilibre et le regard que ton ollie réclame.

26 août 2026 · 8 min de lecture
Guillaume Martin

Rédacteur skate chez NOSK8.

Spots, portraits et culture skate française — chaque article est relu et sourcé. Trois générations de pros au compteur. Chronique mensuelle.

Tu sautes, la planche roule seule sous toi, tu retombes dessus. Le hippie jump se rentre en une session — et il installe la vitesse, l'équilibre et le regard que ton ollie réclame.

Ton ollie ne monte pas. Trois semaines que tu tapes le tail, que la planche fait 4 cm et retombe de travers. Tu recommences. Toujours rien.

Et pendant ce temps-là, tu ne travailles rien d’autre. Ni ton équilibre, ni ta vitesse, ni ce truc bête dont personne ne parle : où tu poses les yeux.

Il existe un trick qui bosse exactement ces trois trucs, se rentre en une session et ne demande aucun coup de tail. Le hippie jump : tu sautes, la planche continue de rouler toute seule sous toi, tu retombes dessus.

Ça a l’air d’un gag. C’est un des meilleurs outils de progression pour un débutant. Voilà pourquoi — et comment le rentrer aujourd’hui.

Niveau

Débutant

Temps

1 à 2 sessions

Prérequis

Rouler, pousser

Surface

Plat, lisse, dégagé

Un trick où la planche fait le boulot toute seule

Tutoriel vidéo : comment sauter par-dessus une barre en laissant rouler sa planche

Le principe tient en une phrase. Tu roules, tu arrives sur un obstacle bas — une barre, une corde, une branche posée sur deux plots. Tu sautes par-dessus sans emmener la planche. Elle passe dessous toute seule, tu retombes sur les vis, tu continues de rouler.

Aucun pop, aucun coup de tail. Ce n’est même pas un trick au sens strict : la définition officielle parle d’une prouesse athlétique plutôt que d’une figure. Tu ne fais rien avec ta planche, tu fais tout avec ton corps.

Le mec qui l’a rendu célèbre, c’est Mark Gonzales — un skateur américain des années 80-90 qui a inventé une bonne partie du skate de rue moderne et adorait tout ce qui avait l’air un peu absurde. Depuis, le hippie jump traîne partout : les sessions entre potes, les jeux vidéo, les concours de hauteur. Le record recensé est à 150,3 cm, franchis par l’Allemand Steffen Köster le 14 juillet 2013 à Francfort. Un mètre cinquante, avec la planche qui file dessous.

À lire aussi : Le ollie en 6 étapes.

La vitesse n’est pas un risque ici, c’est le carburant

Skateur donnant un gros push au skatepark, regard vers l'avant : la vitesse qui rend le hippie jump possible
Un gros push, les yeux devant : l’état exact dans lequel un hippie jump se rentre. Photo : Wil540, Far Rockaway, 2019 — Wikimedia Commons (CC BY-SA 4.0)

Voilà le truc contre-intuitif. Presque tous les tricks de débutant se travaillent à l’arrêt ou au ralenti. Celui-là, c’est l’inverse : trop lent, il est impossible. La planche n’a pas l’élan pour parcourir sous toi la distance de ton saut, elle s’arrête, tu atterris à côté.

Pour la première fois depuis que tu skates, la vitesse devient ton alliée au lieu de ce qui te fait flipper. Tu es obligé de pousser franchement, de tenir un roulement stable, genoux souples, sans freiner à l’approche. C’est la compétence qui bloque le plus de débutants au skatepark : ils roulent tellement lentement que rien ne peut fonctionner.

Les 6 étapes pour ton premier hippie jump

Étape finale du hippie jump : le skateur retombe sur les vis et roule encore, devant la foule du LES skatepark
L’étape qui valide tout : les deux pieds sur les vis, les genoux qui absorbent, ça continue de rouler. Photo : Wil540 art, LES Skatepark, New York — Wikimedia Commons (CC BY-SA 4.0)
  1. Choisis un obstacle ridicule

    Sérieusement : ridicule. Une corde tendue à 10 cm entre deux sacs, une baguette de bois posée sur deux briques. Un truc qui tombe si tu le touches, jamais un obstacle en dur. Le premier se rentre à une hauteur où tu ne peux pas te blesser, sinon tu hésites au dernier moment — et hésiter, c’est exactement ce qui te fait rater.

  2. Place tes pieds comme pour rouler

    Pas de position spéciale. Les deux pieds au-dessus des vis, poids réparti. C’est la position dans laquelle tu vas atterrir, autant y être déjà. Aucun pied sur le tail — la partie relevée à l’arrière — tu ne vas rien poper.

  3. Lance-toi vraiment

    Trois ou quatre poussées franches : vitesse d’un jogging tranquille, pas d’une marche. Et surtout, tu ne freines pas à l’approche. Le réflexe naturel, c’est de ralentir en voyant l’obstacle arriver. C’est ce réflexe-là que le trick t’apprend à couper.

  4. Regarde après l’obstacle, jamais l’obstacle

    Fixe un point au sol deux mètres derrière la barre. Si tu regardes la barre, ton corps s’arrête dessus. Même règle qu’à vélo : tu vas là où tu regardes. Ce détail-là te servira sur tous les tricks à venir.

  5. Saute des deux pieds, droit vers le haut

    Petite flexion, puis tu montes verticalement. Ni en avant ni en arrière : ton corps garde déjà la vitesse de la planche. Remonte les genoux vers la poitrine, ça te donne dix centimètres gratuits.

  6. Retombe sur les vis, genoux pliés

    Vise les vis — là où les trucks se fixent sous la planche. Les deux pieds en même temps, genoux souples. Si tu roules encore trois mètres après, c’est rentré. Filme-toi : tu vas jurer avoir sauté deux fois plus haut que sur la vidéo.

Les 4 fails classiques et comment les corriger

Les 4 fails classiques

  • La planche s’arrête sous l’obstacle — tu n’allais pas assez vite, ou tu as freiné en approchant. Reprends l’élan trois poussées plus tôt et interdis-toi de regarder tes pieds.
  • Tu atterris derrière la planche — tu as sauté vers l’arrière sans t’en rendre compte, souvent par réflexe de protection. Regarde le point au sol après l’obstacle, pas la barre.
  • Tu atterris devant la planche — l’inverse : tu t’es projeté en avant. Tu n’as rien à pousser, ton corps a déjà la vitesse. Saute droit, c’est tout.
  • Tu sautes trop tôt — tu décolles un mètre avant la barre et tu retombes dessus. Attends que ta roue avant passe l’obstacle. Ça se sent en deux ou trois essais.

Monter la barre, centimètre par centimètre

Monter la barre centimètre par centimètre : skateur en l'air au-dessus de trois planches empilées à Central Park
Trois planches empilées à Central Park : l’obstacle idéal — on en retire une quand ça coince, on en rajoute une quand ça passe. Photo : Godot13 — Wikimedia Commons (CC BY-SA 4.0)

La progression est bête, et c’est ce qui la rend efficace : tu montes l’obstacle de quelques centimètres, tu refais trois passages propres, tu remontes. Corde à 10 cm, puis 20. Une planche à plat, puis deux empilées, puis trois.

Vidéo : progression du hippie jump obstacle par obstacle avant d'apprendre l'ollie

La règle : tu ne montes jamais tant que tu n’as pas trois réussites d’affilée. Pas deux sur cinq. Trois d’affilée. C’est ce qui transforme un coup de chance en geste que ton corps connaît.

Et c’est là que ça devient intéressant. Tu installes une habitude — petit palier, validation, palier suivant — sur un trick où l’échec ne coûte rien. Quand tu appliqueras la même méthode au no comply ou au manual, tu sauras déjà découper un trick en morceaux.

Alors : pourquoi ça t’apprend plus que 10 ollies ratés ?

Skateur passant un ollie au-dessus d'une barrière de chantier au Far Rockaway Skatepark
L’ollie par-dessus un obstacle, plus tard : vitesse d’approche, regard loin, genoux remontés. Trois choses installées avant. Photo : Wil540 — Wikimedia Commons (CC BY-SA 4.0)

Réponse nette, en trois points.

Un. Un ollie raté ne t’apprend rien parce qu’il renvoie une information illisible. La planche part de travers : c’est le pop ? le slide ? les épaules ? Tu ne sais pas, donc tu répètes le même geste flou dix fois. Le hippie jump ne te donne qu’une variable à la fois : tombé devant, tombé derrière, ou freiné. La correction est évidente à chaque essai. C’est ça, apprendre — pas répéter.

Deux. Il te fait bosser les trois fondations que l’ollie suppose déjà acquises : rouler vite sans te crisper, sauter en gardant ton corps aligné sur la planche, poser ton regard loin devant. Tu peux passer six mois à taper des ollies à l’arrêt sans jamais toucher à ces trois-là. Le jour où tu voudras ollier par-dessus quelque chose en roulant, elles te manqueront toutes d’un coup.

Trois. Il se réussit. Le premier soir, souvent. Et ça compte plus qu’on ne veut l’admettre : après trois semaines d’ollies qui ne montent pas, la petite voix qui dit « je suis peut-être pas fait pour ça » parle fort. Rentrer un truc, n’importe lequel, la fait taire. Tu repars au park en sachant que ton corps est capable d’apprendre — et c’est dans cet état-là qu’on rentre un ollie, pas dans l’énervement.

Donc non, il ne remplace pas l’ollie. Il le prépare, il répare le moral, il rend le reste lisible. Dix ollies ratés te laissent au même endroit. Une session de hippie jumps te déplace.

Va tendre une corde à dix centimètres du sol. Une heure suffit.

C’est quoi le plus haut obstacle que tu as passé en hippie jump — et avec quoi tu l’as fabriqué ? Dis-le en commentaire ↓

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Le lexique

  1. 1

    pop

    Le coup sec donné avec le pied arrière sur l'arrière de la planche pour la faire décoller du sol.

  2. 2

    tail

    La partie relevée à l'arrière de la planche, celle qu'on frappe au sol pour faire un ollie.

  3. 3

    les vis

    Les quatre boulons visibles sur le dessus de la planche, à l'aplomb des trucks. Le repère où poser les pieds à la réception.

  4. 4

    no comply

    Figure où l'on pose un pied au sol pour faire décoller la planche, sans utiliser le pop classique.

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