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Daewon Song a failli tout lâcher en pleine gloire : pourquoi il filme encore, 34 ans après Love Child ?

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Daewon Song a failli tout lâcher en pleine gloire : pourquoi il filme encore, 34 ans après Love Child ?

1993 : Daewon Song ne sait plus s'il veut skater. Un coup de fil de Rodney Mullen le ramène. Depuis, il ne skate plus que pour lui.

3 octobre 2026 · 7 min de lecture

Faits sourcés, ligne street 1990-2005.

Une signature collective : chaque date, chiffre ou citation a une source. Une erreur ? On corrige. Qui écrit NOSK8

1992, Love Child sort chez World Industries et un gamin de Gardena y pose un hardflip que tout le monde se repasse. Un an plus tard, ce même gamin ne sait plus s’il veut skater. Aujourd’hui il a 51 ans et il filme toujours. Qu’est-ce qui l’a retenu ?

135th Street, Gardena : Rodney Mullen repère un gosse

Daewon Song est né à Séoul en 1975. Il grandit à Gardena, dans le sud de Los Angeles. Et c’est dans une cour d’école que tout se joue.

Il le raconte lui-même au Chrome Ball Incident en 2013. Un jour, il voit Rodney Mullen skater seul à la 135th Street School, une école du quartier pas franchement tranquille. Sa première pensée : il va se faire défoncer, et Gardena va passer pour une ville pourrie. Sauf que Mullen l’avait déjà vu skater la semaine d’avant, dans une autre école. Il était venu demander à son pote Pat qui était ce gamin, puis il était reparti dans sa Camaro. La fois suivante, il prend son numéro. Les planches World arrivent gratuitement à la maison.

À 16 ans, il est sponsorisé par World Industries, la marque de Steve Rocco et de Mullen. Celle qui a renversé Powell et toute l’industrie de la fin des années 80.

Love Child, 1992 : un hardflip filmé à la lumière des phares

Dans Love Child, troisième vidéo de World, Daewon pose un hardflip. On le cite souvent comme le premier filmé. Lui reste prudent : d’autres le revendiquent, il cite Dan Gallagher et Shawn Mandoli. Il se souvient surtout d’avoir « défoncé ce truc », yeux fermés, à une époque où personne ne savait encore ce que voulait dire rattraper sa planche.

Le plus fou, c’est qu’il ne savait même pas qu’il filmait une part. Socrates, le filmeur, lui demandait juste s’il avait un trick. Les sessions de nuit au Beryl, ils les éclairaient avec un sac de caméra fluo pour rollers, bourré de papier cadeau, que le frère de Socrates avait ramené de son boulot dans un shop de rollers. Ils le posaient devant les phares de son pick-up en guise de réflecteur. Zéro budget. Une part qui reste dans toutes les têtes trente-quatre ans plus tard.

Daewon Song, part dans Love Child (World Industries, 1992)
La part de Daewon Song dans Love Child, World Industries, 1992.

En 1993, New World Order enfonce le clou. Sur le papier, Daewon est lancé.

Le gamin qui ne savait plus s’il voulait skater

Et c’est là qu’il décroche. Il le dit sans détour : il rencontre une fille de Long Beach, il se met à fond dans les voitures, il achète des outils, il rabaisse les caisses des autres, la tête sous le capot. Il perd le contact avec ses potes de skate.

Honnêtement, à ce moment-là, je ne savais même plus si j’avais envie de skater. Daewon Song, Chrome Ball Incident, 2013

Faut dire que le skate ne payait rien. Il le résume en une phrase : avec une tournée de journaux, il aurait gagné plus.

Pendant ce temps, World Industries tangue. Plusieurs riders claquent la porte pour monter Girl. Personne ne vient chercher Daewon, et il le reconnaît : « je n’existais même pas à ce moment-là ». Puis le téléphone sonne. C’est Rodney, juste après le départ des autres. Il est effondré, persuadé que c’est fini, que World ne s’en relèvera pas.

Daewon ne sait pas quoi dire. Alors il s’excuse. De ne pas avoir été là. Il le remercie pour tout et il promet de se remettre à skater, à filmer plus, à donner tout ce qu’il a, parce qu’il estime qu’il leur doit bien ça, à Rodney et à Rocco. « C’est comme ça qu’on a tout relancé. »

Vingt ans après, il en rigole à moitié. Si World avait coulé et qu’il n’était pas revenu filmer Rodney vs Daewon, dit-il, il serait peut-être en train de te faire ta vidange.

Daewon Song montre son téléphone dans le documentaire DAEWON de TransWorld Skateboarding
Daewon Song dans le documentaire DAEWON de TransWorld SKATEboarding · Image : TransWorld SKATEboarding, via YouTube

Rodney vs Daewon : le duel entre deux potes

Le retour, il a un nom. En 1997, Mullen lance avec lui Rodney vs Daewon : deux amis qui font semblant de s’affronter, chacun avec sa part. Le Round 2 sort en 1999. Le Round 3 sera la première vidéo d’Almost, en 2004.

Rodney Mullen vs Daewon Song, Round 1 (1997)
Round 1 : Rodney vs Daewon, 1997.

Entre-temps, il bouge. En 1999, après neuf ans chez World, il part fonder Deca avec Chris Haslam, JB Gillet, Shiloh Greathouse et Marcus McBride. Sa part préférée de toute sa carrière, c’est celle de la vidéo Deca. Pour la boucler, il a dormi deux semaines sous un bureau de l’entrepôt : une couverture tendue par-dessus, une tente improvisée, et le lendemain matin on repart filmer.

Deca s’arrête en 2002. Il enchaîne avec Artafact, une marque qui tient moins d’un an. Puis en 2003, il fonde Almost avec Rodney Mullen. Le gamin repéré dans la cour de 135th Street devient l’associé de celui qui l’a repéré.

2006 : Skater of the Year à 31 ans

Round Three en 2004. Cheese & Crackers en 2006. Et la même année, Thrasher le nomme Skater of the Year, un an après Chris Cole. À 31 ans, à un âge où beaucoup commencent à lever le pied, il prend le titre le plus convoité du street.

Daewon Song en frontside air au-dessus d'une foule à Guanajuato, Mexique, en mai 2006
Guanajuato, Mexique, mai 2006 : l’année de son titre de Skater of the Year · Photo : Chad Santos (Wikimedia Commons, CC BY 2.0)

La suite, c’est une longue liste de preuves qu’il n’a jamais rangé sa planche. En 2014, il remporte le 2UP, le concours de manuals des Berrics : un trophée et 10 000 dollars. En 2017, il entre au Skateboarding Hall of Fame. Le 26 octobre 2018, il quitte Almost, sa propre marque, et lance Thank You avec Torey Pudwill. En 2024, adidas sort DaeTrip : une vidéo avec Mike Arnold, tournée à San Pedro, à deux pas de chez lui.

DaeTrip, Mike Arnold et Daewon Song pour adidas (Thrasher, 2024)
DaeTrip, Mike & Daewon pour adidas, 2024, diffusé par Thrasher.

Alors, pourquoi il est toujours là ?

Parce qu’à un moment, il a arrêté de skater pour les autres.

Il a failli lâcher quand le skate ne payait rien et que tout le monde quittait le navire. Il est revenu par loyauté, pour Rodney. Et une fois revenu, il a viré un par un tout ce qui pouvait l’arrêter.

Le voyage, d’abord. Il déteste ça, il le dit. Il s’est toujours dit qu’il pouvait tenir une carrière de dix ans juste en skatant son jardin, et Koston a fait remarquer un jour que tout ce qu’il avait filmé en dix ans venait du South Bay. Lui passe ses journées à rôder dans les parkings, et derrière les spots connus il trouve ceux qu’il préfère.

Les règles du spot, ensuite. Pour sa dernière part Almost, il s’est demandé ce qu’il skaterait s’il ne restait plus rien. Des rochers, des arbres, de l’herbe.

Qui a écrit une règle qui dit qu’on n’a pas le droit d’atterrir dans l’herbe ? Daewon Song, Chrome Ball Incident, 2013

Et le regard des autres, enfin. Il le dit en toutes lettres : à partir de là, il s’en fout de ce que les gens pensent de ses parts. Ce n’était pas pour eux, c’était pour lui. Pas besoin d’un skatepark pour s’amuser sur une planche.

Reste les patrons. Deca, Almost, Thank You : depuis 1999, Daewon roule pour des marques qu’il a montées lui-même. Personne ne peut lui dire d’arrêter. Le gamin qui hésitait entre le skate et le garage a trouvé la seule façon de durer : être son propre spot, son propre public et son propre patron.

Le magicien du manual n’est pas un survivant. C’est un mec qui a failli partir, et qui a décidé que, cette fois, personne ne déciderait à sa place.

Ta part de Daewon préférée, c’est laquelle : Love Child, Round 1, Cheese & Crackers ou les rochers et les arbres ? Dis-le en commentaire ↓

Correction du 3 octobre 2026 : une première version de cet article affirmait que Daewon Song avait fondé Deluxe Distribution et qu’il avait disparu de la scène. C’était faux. Deluxe est un distributeur de San Francisco (Real, Anti Hero, Spitfire, Thunder) auquel il n’a jamais été lié, et il n’a jamais arrêté de skater ni de filmer. L’article a été entièrement réécrit à partir de sources vérifiées.

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