Street Shop LIVRAISON OFFERTE DÈS 50€
Mark Gonzales, 56 ans : le skater le plus dangereux du monde n’a pas raccroché

Accueil / Portraits

★ Portraits

Mark Gonzales, 56 ans : le skater le plus dangereux du monde n’a pas raccroché

Né en 1968 à Los Angeles, Mark Gonzales a réinventé le skate street dans les années 80. À 56 ans, il skate encore, peint, écrit de la poésie — et refuse toujours de jouer le jeu.

17 mai 2026 · 5 min de lecture
Guillaume Martin

Rédacteur en chef · 18 ans de skate

A vu naitre et mourir 3 generations de pros. Chronique mensuelle.

En 1986, un gamin de 18 ans a grindé un handrail à San Francisco. Pas un petit rail de trois marches — un vrai. Le genre de truc que personne n’avait tenté en skate street. Ce gamin, c’était Mark Gonzales. Aujourd’hui il a 56 ans. Et il skate encore.

Ce qui est bizarre avec le Gonz — et beaucoup de gens ne s’en rendent pas compte — c’est qu’il ne cherche pas à revenir. Il n’est jamais parti.

1986 : le type qui a tout changé sans le savoir

Avant Gonzales, le skate de rue existait, mais personne ne l’avait formalisé comme une discipline à part entière. Les skateparks fermaient les uns après les autres aux États-Unis. Les gamins se retrouvaient dehors, dans les rues, à improviser. Gonzales a regardé cet environnement différemment : les rails, les escaliers, les rebords de trottoirs — tout ça, c’était un terrain de jeu.

Son premier handrail grindé en 1986, c’est pas anecdotique. C’est le moment où le skate street devient une chose sérieuse. Avant lui, on ne descendait pas les handrails. Après lui, tout le monde a essayé. Et la majorité s’est mangé le sol.

Ce qui rendait Gonzales différent, c’était pas la technique pure. C’était l’impulsion — cette façon d’aborder un spot sans plan précis, de trouver la ligne dans l’instant. Rodney Mullen réinventait la mécanique du skateboard dans un garage. Le Gonz, lui, réinventait le rapport entre un skateur et la ville.

Real Skateboards et l’âge d’or

En 1991, Gonzales cofonde Real Skateboards avec Jim Thiebaud. Le timing est parfait : le skate street explose, les vidéos commencent à circuler sérieusement, les marques se structurent. Real devient une référence. Pas la marque la plus commerciale. La marque la plus respectée.

Si tu as grandi dans les années 90 avec des decks de skate dans les pattes, tu as forcément croisé le graphisme de Gonzales. Ses dessins — ces personnages naïfs, ces lignes qui semblent tracées à la va-vite mais qui ne ressemblent à rien d’autre — sont devenus une signature visuelle reconnaissable immédiatement. Le Gonz skate, le Gonz dessine, le Gonz écrit de la poésie. Les trois en même temps, depuis le début.

La timeline

Carrière

  1. 1986Mark Gonzales, kickflip à EMB — footage Thrasher ClassicsThrasherPremier handrail grindé en skate street — San Francisco. Le skate de rue change de dimension.
  2. 1991Mark Gonzales, part Real Skateboards Non-FictionRealCofondation de Real Skateboards avec Jim Thiebaud. Devient l’une des marques les plus influentes du skate indépendant.
  3. 1999Mark Gonzales, part Thrasher Skater of the YearThrasherPart Rat Pack pour Thrasher — Skater of the Year. Gonzales est intronisé dans le cercle des légendes officielles.
  4. 2002Mark Gonzales, Krooked KronichlesKrookedFondation de Krooked Skateboards. Son propre terrain de jeu, ses propres règles. La marque tourne encore aujourd’hui.
  5. 2020sMark Gonzales, part adidas Skateboarding The Silent OneadidasToujours en vidéo. Des clips sortent régulièrement. À 50 ans passés, il reste une présence active dans le skate contemporain.

Krooked : son propre monde depuis 2002

En 2002, Gonzales fonde Krooked Skateboards. Le nom résume tout : pas de trajectoire droite, pas de conformisme. Krooked, c’est l’anti-programme. Gonzales y a développé son univers graphique à fond — les decks Krooked ressemblent à des œuvres d’art qu’on clouerait au mur autant qu’on les griderait sur un curb.

La marque est distribuée par Deluxe Distribution aux États-Unis et fait partie de l’écosystème des marques de skate indépendantes que les connaisseurs soutiennent par conviction. Pas parce qu’une pub leur a dit de le faire. Parce que c’est Gonz, et que ça a un sens.

Pourquoi « dangereux » à 56 ans

Le mot dangereux, ici, c’est pas une métaphore sur les tricks. C’est une question de posture. Dans un milieu qui s’est professionnalisé à vitesse grand V — les contests World Skate, les Olympics, les contrats à six chiffres signés à 16 ans — Gonzales incarne quelque chose qui fout le bordel par sa seule existence.

Il ne joue pas le jeu des contests. Il ne donne pas d’interviews promo calibrées. Ses vidéos sortent quand elles sortent, dans le format qu’il a envie de faire. Ses dessins envahissent parfois ses vidéos de skate — il mélange tout, sans demander la permission.

Dans un système qui récompense les athlètes optimisés, le Gonz reste un artiste qui fait du skate. La différence est immense. Et à 56 ans, tenir cette position sans se vendre et sans disparaître, c’est peut-être le trick le plus difficile de sa carrière.

L’artiste et le poète

Gonzales expose régulièrement ses peintures. Pas dans le circuit skate — dans des galeries d’art. Son travail plastique a sa propre vie, indépendante du skateboard. Des œuvres sur toile, des sculptures, des installations. Le même chaos créatif que dans son skate, traduit sur d’autres supports.

Il publie aussi de la poésie. Des textes courts, souvent déconcertants, avec cette logique propre qui traverse tout ce qu’il fait. Pour beaucoup de skateurs de la génération 90s-2000s, découvrir que Gonzales écrivait des poèmes était presque choquant — et en même temps, totalement cohérent. Comment quelqu’un qui skate comme il skate pourrait-il ne pas avoir ce rapport-là au langage ?

Ce qu’il reste à comprendre

Mark Gonzales, c’est pas une icône figée dans l’ambre comme les marques de nostalgie aiment en vendre. C’est un mec qui continue à produire — des vidéos, des dessins, des poèmes — avec la même logique depuis quarante ans.

Si tu n’as jamais pris le temps de vraiment regarder son skate — pas la grande partie compilée, mais une session entière, un clip récent — fais-le. L’imprévisibilité est intacte. La légèreté aussi. Et cette façon de trouver une ligne dans un spot ordinaire que personne d’autre n’aurait voulue.

À 56 ans, le Gonz est toujours là. Et c’est exactement ce qui le rend dangereux.

Et toi, c’est quoi ton clip Gonzales préféré ? Les vieux comme les récents — balance le moment qui t’a marqué.Poster un commentaire

Partager

Continue ta lecture

Chroniques

Le skate olympique a tué le skate de rue — et personne ne s’en plaint vraiment

Quand Yuto Horigome a posé son switch 360 flip sur le podium de Tokyo, j'ai regardé ça depuis mon canapé. Et j'ai ressenti de la…

Lire l'article 7 min de lecture

Commentaires (0)

    Laisse ton commentaire

    Prénom, email et au moins 20 caractères requis. Un code de vérification sera envoyé par email avant publication.

    Ton email reste privé. Les commentaires sont modérés a posteriori.