Fully Flared, 19 ans plus tard : la vidéo Lakai qui refuse de vieillir
En 2007, Lakai Footwear lâche une bombe de 75 minutes qui redéfinit ce qu’une vidéo skate peut être. Quatre ans de tournage, des explosions au ralenti, une bande-son M83 et la rédemption d’un fantôme du skate. Dix-neuf ans après, Fully Flared n’a pas pris une ride — elle a juste cimenté sa place au Panthéon.
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Quatre ans pour filmer une légende
On a oublié à quel point Lakai avait pris son temps. Entre 2003 et 2007, Mike Carroll et Rick Howard, cofondateurs de la marque, ont laissé Ty Evans et Spike Jonze construire la vidéo comme un vrai film. Pas un montage pressé entre deux sorties de chaussures : un projet cinéma. Cory Weincheque à la co-réalisation. Un cast qui ressemble à un all-star game du skate des années 2000.
Le roster parle de lui-même : Eric Koston, Marc Johnson, Guy Mariano, Mike Carroll, Rick Howard, Mike Mo Capaldi, Brandon Biebel, Rob Welsh, Scott Johnston, Cairo Foster, Jeff Lenoce, Anthony Pappalardo, Alex Olson, Jesus Fernandez. Quinze parts, 75 minutes, zéro remplissage.
L’intro M83 : le choc
Trois minutes. C’est le temps qu’il faut à Ty Evans et Spike Jonze pour faire basculer la vidéo skate dans une autre dimension. Un parking désert, une orchestration de tricks au ralenti, et des explosions qui partent derrière chaque skateur pile au moment du pop. Le tout porté par Lower Your Eyelids to Die with the Sun de M83. À la sortie, la communauté tombe des nues.
Johannes Gamble supervise les effets pyrotechniques. Les premières versions, racontent Evans et Jonze en interview, étaient « significativement plus dangereuses » que la version finale. On les croit volontiers. Ce qui reste, c’est une séquence qui a ringardisé toutes les intros de vidéos skate de l’époque en une seule diffusion.
Guy Mariano, la part de la rédemption
Il y a une raison pour laquelle on parle encore de Fully Flared en 2026, et elle s’appelle Guy Mariano. De 1996 à 2004, Mariano disparaît. Héros adolescent de Video Days (Blind, 1991), il s’enfonce dans les narcotiques, squatte des drug dens à Los Angeles, et arrête le skate pendant huit ans.
Début 2004, Rick Howard, Megan Baltimore et un employé de Girl appellent sa copine Gina Rizzo. Ils proposent de payer la désintox. En échange : un deal sur Girl Skateboards et Lakai, plus « deux ou trois tricks » pour la vidéo que Ty Evans est en train de monter. Mariano accepte.
Trois ans plus tard, sa part ferme la vidéo. Réapprendre à tenir sur une planche. Réapprendre des tricks qu’il avait oubliés. En inventer d’autres. En 2008, Mariano rafle Best Street, Best Video Part et Readers’ Choice aux Transworld Skateboarding Awards. La vidéo skate venait de sauver un type qui avait frôlé la mort. C’est cette histoire-là qu’on regarde quand on relance Fully Flared, peu importe combien de fois on l’a déjà vue.
Marc Johnson et Koston : le sommet technique
La part de Marc Johnson — « marathon part » comme l’a surnommée la presse — pose une barre que peu ont passée depuis. MJ enchaîne les lines techniques sans jamais forcer. Chaque trick respire. Chaque transition de spot semble calculée au millimètre. C’est du skate de chef d’orchestre.
Et puis il y a Koston. On ne présente plus. Sa part à lui dans Fully Flared, c’est l’élégance absolue. Un catalogue de ce que le skate peut être quand il est fait par quelqu’un qui a passé vingt ans à affiner son vocabulaire. Les Nike SB n’existaient pas encore quand il a commencé — en 2007, il est déjà une légende vivante.
Pourquoi Fully Flared tient encore en 2026
On pourrait faire la liste : Best Video of the Year 2007 aux Transworld Awards, note 8,5 sur IMDb, présence dans tous les tops « meilleures vidéos skate de tous les temps ». Ça ne dirait rien. Ce qui fait tenir Fully Flared, c’est qu’elle est arrivée pile à la charnière entre le skate analogique (VHS, zines, Thrasher papier) et l’ère YouTube. Elle a gardé le meilleur des deux.
Aujourd’hui, les full-length coûtent cher, les marques préfèrent les clips TikTok de 45 secondes, et l’attention du public fond comme neige au soleil. Fully Flared rappelle qu’un skate film de 75 minutes, fait par des mecs qui y passent quatre ans, peut encore être l’acte de production le plus puissant qu’une marque skate puisse offrir. Dix-neuf ans après, la question n’est pas « est-ce que ça a vieilli ». C’est plutôt : qui osera en refaire une comme ça ?
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