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Burnside Skatepark, Portland — le skatepark illégal devenu légende

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Burnside Skatepark, Portland — le skatepark illégal devenu légende

En 1990, des skateurs de Portland ont coulé du béton sous le Burnside Bridge sans permission. 35 ans plus tard, Burnside est le skatepark DIY le plus influent du monde. Histoire, anatomie et guide pratique.

29 juin 2026 · 6 min de lecture
Guillaume Martin

Rédacteur skate chez NOSK8. Guillaume couvre les spots, les portraits de skaters et la culture skate française — chaque article est relu et sourcé (fédérations, médias spécialisés, riders).

A vu naitre et mourir 3 generations de pros. Chronique mensuelle.

En 1990, des skateurs de Portland ont coulé du béton sous le Burnside Bridge sans permission. 35 ans plus tard, Burnside est le skatepark DIY le plus influent du monde. Histoire, anatomie et guide pratique.


⏱ Lecture : 6 min

Burnside Skatepark Portland Oregon — bowl en béton construit sous le pont Burnside Bridge
Photo : Adumbvoget · Wikimedia Commons (CC BY-SA 3.0)

En 1990, un groupe de skateurs de Portland a décidé que la ville leur devait un spot. Pas un skatepark officiel avec une clôture et des horaires. Un endroit à eux. Sous le Burnside Bridge — un pont qui enjambe la Willamette River entre le centre-ville et le quartier est — il y avait un espace mort. Sable, ordures, tentes de sans-abri. Ils ont commencé à couler du béton un vendredi soir.

Personne ne leur avait demandé. Personne ne leur avait donné l’autorisation. Ils ont juste bossé. Et ils ont pas arrêté depuis. Burnside est toujours debout. Toujours en travaux. Toujours actif.

1990 : quand les skateurs ont pris un pont

Le mouvement DIY skate — Do It Yourself, construire ses propres spots — a une date de naissance précise dans l’histoire du skate mondial : l’automne 1990, Portland, Oregon. Mark « Red » Scott et une poignée de riders locaux se sont appropriés l’espace sous le Burnside Bridge et ont coulé leur première session de béton artisanal.

La ville de Portland a d’abord regardé sans intervenir. Les travaux continuaient, les formes grandissaient, les riders débarquaient de plus en plus loin. À un moment, les autorités ont pris une décision pragmatique : officialiser rétrospectivement ce que des skateurs avaient bâti sans eux. Burnside est aujourd’hui une installation reconnue par la Ville de Portland — sans jamais avoir été conçue par elle.

Ils ont pris un espace mort sous un pont et l’ont transformé en temple. Sans budget, sans permis, sans architecte. — Mark « Red » Scott, fondateur de Burnside (1990)

C’est ce précédent qui a inspiré des dizaines de skateparks DIY à travers le monde — le mouvement FDR à Philadelphie, les spots sous les ponts de Seattle, les bowl clandestins d’Europe. Burnside est le modèle fondateur. Le spot prouve que la culture skate peut créer ses propres infrastructures quand les villes ne répondent pas.

La géométrie du chaos — comment c’est construit

Burnside ressemble à rien de ce que tu as vu ailleurs. Pas de plan, pas de symétrie, pas de modules préfabriqués vissés ensemble un mercredi matin par une équipe de mairie. Les formes ont poussé organiquement, session après session, année après année.

Ce qu’il y a là-dessous :

  • Le bowl principalConfirmé

    Transitions profondes, coping en acier rouillé, walls qui montent à 2-3 mètres par endroits. Pas de fond plat — tout s’enchaîne.

  • La zone streetIntermédiaire

    Ledges en béton brut, quelques marches, hips qui connectent les zones. Le sol est inégal — c’est voulu, ça fait partie du jeu.

  • Les extensions nordEn évolution

    Ajoutées au fil des années par différentes générations de riders. Certaines formes datent des années 90, d’autres ont été coulées l’année dernière.

Burnside Skatepark Portland — session de skate dans le bowl béton sous le Burnside Bridge
Photo : Cacophony · Wikimedia Commons (CC BY 2.5)

Le béton est dur. Pas poncé, pas lissé à la perfection. Les irrégularités sont là depuis le début — certaines intentionnelles, d’autres pas. Les riders qui viennent ici savent à quoi s’attendre. Tu prends ton casque et tes protections, ou tu apprends à tomber correctement.

Vidéo

Spitfire « Live to Burnside » — Thrasher Magazine

Le skate DIY avant que ça devienne un mot à la mode

Le « DIY skateboarding » est partout dans les magazines aujourd’hui. Des articles, des documentaires, des comptes Instagram dédiés. Mais Burnside a précédé tout ça de vingt ans. Quand les fondateurs ont coulé leur premier béton sous le pont, le terme n’existait même pas dans la culture skate. C’était juste des mecs qui voulaient skater et qui n’avaient nulle part où aller.

Ce qui distingue Burnside de tout ce qui a suivi : la continuité. Le spot n’a jamais été « fini ». Des nouveaux modules sont ajoutés régulièrement par la communauté locale. Les riders qui viennent de partout ne sont pas que spectateurs — certains repartent avec du béton sous les ongles. C’est la règle implicite : si tu veux contribuer, les outils sont là.

Ce modèle — appropriation collective, entretien communautaire, évolution permanente — c’est exactement ce que font les meilleurs spots DIY en Europe aujourd’hui. Le mouvement des Brooklyn Banks à New York, les bowl artisanaux des Pays-Bas, les spots souterrains de Lyon. Tous ont une dette envers ce qui s’est passé sous le Burnside Bridge à l’automne 1990.

Burnside prouve qu’un spot illégal peut devenir une institution. Pas par la grâce des mairies — par la persévérance des riders. — Culture DIY skate, Portland 1990-2026

Venir rider à Burnside en 2026 : ce que tu dois savoir

C’est ouvert 24h/24, 7j/7. Pas d’horaires, pas de caisse, pas de vigile. Tu te pointes, tu rides. Le spot est éclairé en partie la nuit par les lumières du pont — les sessions nocturnes font partie de la culture Burnside depuis le début.

Les locaux sont là tôt le matin et tard le soir. Aux heures de pointe de l’après-midi, tu vas te retrouver avec des débutants, des touristes, des gens qui viennent juste regarder. Le vrai Burnside, c’est 7h du mat ou 22h.

Le béton est dur et le sol irrégulier. Prévoie des protections complètes si tu n’as pas le niveau. Burnside n’est pas un spot débutant — les transitions profondes du bowl peuvent surprendre même des riders expérimentés habitués aux skateparks lisses.

Accès : 300 SE Ankeny St, Portland, Oregon 97214. En voiture : parking gratuit sous le pont côté est. En transport : bus 14 ou 70 depuis le centre. À pied du centre-ville : 15 min à pied via le Burnside Bridge.

L’été c’est le meilleur moment. Portland a une météo imprévisible — le spot est couvert sous le pont, donc les sessions se font même sous la pluie. Mais l’été, le béton est chaud et sec, les soirées durent, et la communauté est à son maximum. Si tu viens de France pour un trip US, Portland + Burnside mérite le détour autant que Love Park à Philly.

Une dernière chose : si tu vois des gens travailler le béton quand tu arrives, ne les dérange pas. Propose plutôt un coup de main. C’est comme ça que ça marche ici depuis 35 ans.

300 SE Ankeny St, Portland, Oregon — Burnside Skatepark (OpenStreetMap)

T’as déjà ridé à Burnside, ou tu connais un spot DIY dans ta ville qui mérite le même respect ? Balance en commentaire ↓

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Le lexique

  1. 1

    bowl

    Zone de skate en forme de cuvette avec des parois courbes. On roule sur les transitions pour prendre de la vitesse et sortir en hauteur.

  2. 2

    coping

    Rail métallique ou rebord en béton placé en haut de la transition d'un bowl. C'est là qu'on fait les grabs et grinds.

  3. 3

    hip

    Jonction entre deux plans inclinés qui forment une pointe ou une arête. Permet de relier deux zones du spot en un seul enchaînement.

  4. 4

    DIY

    Do It Yourself — construire son propre skatepark ou ses propres obstacles, sans l'aide des institutions ni des entreprises.

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