Andrew Reynolds : The Boss à 46 ans, sobre et toujours sur Thrasher
Mars 2025. Thrasher publie son numéro 536. En couverture : Andrew Reynolds, 46 ans, un kickflip wallride impeccable. C’est sa cinquième couverture du magazine. Vingt-cinq ans après The End, The Boss est toujours là.
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De Lakeland à Thrasher : la naissance d’un Boss
Andrew Reynolds naît en 1978 à Lakeland, Floride. Une ville sans spots légendaires. Aucun skatepark digne de ce nom. Juste du béton brut, des escaliers et une envie de fuir la médiocrité. C’est cette brutalité de l’environnement qui forgera son style : direct, massif, sans fioriture.
En 1998, il signe son part dans The End de Birdhouse. Tony Hawk est sur la même vidéo. Résultat : c’est Reynolds qui repart avec le Skater of the Year de Thrasher. À 20 ans. Le kid de Floride vient de passer une couche d’histoire sur tout le monde.
Ce qui marquait à l’époque — et qui marque encore — c’était l’amplitude. Des kickflips sur des stairsets que personne n’aurait imaginé aborder. Des ollies qui avalaient des rails entiers. Comme Kareem Campbell avant lui, Reynolds transformait les obstacles de la rue en terrain de jeu personnel.
Baker Skateboards : l’empire du garage
En 2000, Reynolds quitte Birdhouse. Pas pour rejoindre une autre marque — pour créer la sienne. Baker Skateboards naît dans un garage avec Jay Strickland, une équipe de mauvais garçons et zéro compromis. Jim Greco, Erik Ellington, Dustin Dollin, Bryan Herman : des riders qu’aucune grosse boîte ne voulait vraiment. Des personnages, pas des panneaux publicitaires.
Baker2G sort la même année. Le ton est posé : pas de musique formatée, pas de sponsors corporate dans le dos, juste du skate filmé cash. La communauté sent immédiatement que c’est différent. Baker devient en quelques années la marque la plus culte du street skating.
En 2007, Reynolds va encore plus loin. Avec Ellington et Greco, il monte Bakerboys Distribution. Baker, Deathwish, Shake Junt, Brigada — un empire indépendant. Dans un marché dominé par des groupes comme Globe ou Collective, c’est un pied de nez calculé. Un peu comme The Gonz l’avait fait dans les années 80 : tracer sa propre voie plutôt que subir celle des autres.
La chute et le retour
Ce que les magazines ne montraient pas dans les années 2000 : Reynolds se détruisait. Alcool, cocaine, nuits sans fin. Le style était là, les tricks aussi — mais derrière les caméras, c’était le chaos. Des arrestations. Des matins difficiles. Une vie qui partait dans le mauvais sens pendant que le skate, lui, avançait.
Il décroche dans sa vingtaine. En août 2023, sur le podcast Hawk vs. Wolf, il l’annonce publiquement : vingt ans de sobriété. Pas un détail anecdotique. C’est l’histoire qui explique tout le reste : comment un homme qui aurait pu disparaître comme beaucoup d’autres de sa génération est encore là, à skater trois ou quatre fois par semaine, en forme, présent pour sa fille Stella qui skate aussi.
46 ans et cinq couvertures Thrasher
Mars 2025. Andrew Reynolds est en couverture de Thrasher pour la cinquième fois. Un kickflip wallride. L’amplitude est toujours là. Les épaules toujours carrées au-dessus de la board. Presque un quart de siècle après sa première couverture, et aucune trace de ralentissement visible.
Dans la foulée, New Balance Numeric sort le modèle NB Numeric 933, sa première chaussure signature chez la marque. Après des années chez Emerica, Reynolds rejoint une structure qui lui permet de continuer sur ses propres termes. Le documentaire Regarding Reynolds accompagne la sortie : 20 minutes qui capturent mieux que n’importe quel magazine ce que c’est d’être lui en 2025.
Ce qui frappe dans le doc, c’est la tranquillité. Reynolds n’a rien à prouver, et c’est précisément pour ça qu’il prouve tout. Il skate parce qu’il aime ça. Il skate parce que c’est ce qu’il fait depuis qu’il est gamin à Lakeland. Sobre, plant-based, père présent — et toujours capable de sortir des kickflips que des gars de vingt ans regardent bouche ouverte.
Certaines légendes deviennent des statues. Andrew Reynolds est toujours vivant.
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