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Praça Roosevelt, São Paulo : la place qui a fait l’inverse de Love Park

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Praça Roosevelt, São Paulo : la place qui a fait l’inverse de Love Park

À São Paulo, la Praça Roosevelt a été rasée puis rendue aux skateurs : 1 152 m² de Skate Plaza officielle, ouverte le 29 novembre 2014. L'exact inverse de Love Park.

20 juillet 2026 · 6 min de lecture
Guillaume Martin

Rédacteur skate chez NOSK8. Guillaume couvre les spots, les portraits de skaters et la culture skate française — chaque article est relu et sourcé (fédérations, médias spécialisés, riders).

A vu naitre et mourir 3 generations de pros. Chronique mensuelle.

À São Paulo, la Praça Roosevelt a été rasée puis rendue aux skateurs : 1 152 m² de Skate Plaza officielle, ouverte le 29 novembre 2014. L'exact inverse de Love Park.

Partout ailleurs, l’histoire finit pareil : les skateurs adoptent une dalle de béton mal aimée, la ville s’énerve, et un jour les bulldozers passent. Love Park, EMB : même scénario, même fin. À São Paulo, la Praça Roosevelt a suivi exactement le même chemin — jusqu’au moment où la mairie a fait l’inverse.

Elle a rasé le béton que les skateurs squattaient depuis les années 80. Puis elle en a coulé du neuf, 1 152 m², rien que pour eux. Voilà comment on en est arrivé là.

⏱ Lecture : 5 min

La place que les architectes traitaient d’erreur

Praça Roosevelt, quartier Consolação, plein centre de São Paulo. Entre la Rua da Consolação et la Rua Augusta, posée comme un couvercle sur le tunnel de la Ligação Leste-Oeste. Chantier signé en 1968, inauguration le 25 janvier 1970, pour l’anniversaire de la ville. Du béton, des escaliers, des recoins, des rampes cylindriques, un niveau haut baptisé « Praça dos Pombos ». Presque zéro arbre.

Trois ans après l’inauguration, ça fuyait déjà de partout. Les commerces ont fermé les uns après les autres. Dans les années 80, la presse locale parlait d’un « monstre de béton ». En 1987, Paulo Mendes da Rocha — futur prix Pritzker, alors président de la section pauliste de l’Institut des architectes du Brésil — lâchait la phrase qui a collé à la place pendant vingt-cinq ans.

La Praça Roosevelt est un bon exemple de ce qu’une place ne doit jamais être. — Paulo Mendes da Rocha, 1987

Praça Roosevelt à São Paulo en 2010, dalle de béton dégradée avant la rénovation
La place en 2010, deux ans avant les démolitions. Photo : Alexandre Giesbrecht · Wikimedia Commons (CC BY 3.0)

Les skateurs débarquent quand tout le monde s’en va

Années 80 : les salles de spectacle plient bagage, la dégradation s’accélère. C’est exactement là que les skatistas repèrent l’endroit et en font leur point de ralliement. Le truc que personne ne veut, ils le prennent. Rien de nouveau — c’est le même réflexe qu’à Philadelphie ou à San Francisco, à la même époque, sur le même genre de dalle ratée.

Sauf qu’ici, la place continue de couler. Le dernier supermarché ferme en 2006. Le voisinage parle de la Roosevelt comme d’une zone à éviter. En 2010, un prêt de la Banque interaméricaine de développement débloque enfin le chantier : 85 % de la facture, une addition qui grimpera jusqu’à 55 millions de reais. Objectif affiché — tout aplanir. Le « Pentagone » de béton, l’ancienne école, l’ancien supermarché : démolis à la main, pour ne pas fissurer le tunnel en dessous. Le spot historique disparaît. Réouverture le 29 septembre 2012.

Luan Oliveira à la Praça Roosevelt, São Paulo

Luan Oliveira raconte la Roosevelt (Canal OFF)

29 novembre 2014 : 1 152 m² rendus par contrat

La première version de la place rénovée est une douche froide. Les skateurs héritent d’un périmètre délimité par des panneaux, avec des horaires imposés. Rien de ce qui leur avait été promis n’est sorti de terre. Un an après la réouverture, la presse brésilienne fait les comptes : base de police absente, kiosques vides, aménagements skate aux abonnés absents.

Puis, le 29 novembre 2014, la ville ouvre la Skate Plaza : 1 152 mètres carrés de béton dessinés pour rouler, au milieu de la place, en plein centre-ville. Pas une tolérance, pas un arrangement à l’amiable — un équipement public assumé. Vingt-quatre heures plus tard, elle était déjà taguée de partout. Personne n’a fait marche arrière.

C’est ça, la bascule. À Philadelphie, la mairie a soudé du mobilier anti-skate avant de raser le spot. À Londres, il a fallu une campagne monstre pour sauver l’Undercroft de South Bank. À Barcelone, le MACBA tient encore par tolérance, jamais par écrit. São Paulo a détruit le vieux spot, puis en a reconstruit un neuf, dessiné, budgété, inauguré. C’est unique pour une place centrale de cette taille.

Le spot zone par zone

Plateau béton de la Praça Roosevelt rénovée à São Paulo vu depuis la ruePhoto : Agiesbrecht · Wikimedia Commons (CC BY 4.0)
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Le plateau et ses gradins

Consolação · Métro Consolação (ligne verte)

Intermédiaire
Béton coulé
Très passant

Le cœur de la place après 2012 : de larges paliers béton, des marches basses, des arêtes franches. C’est là que se font les lines de liaison entre les zones. Beaucoup de piétons en journée — la place est aussi un lieu de vie, pas juste un spot.

Dalle plate et bancs en béton de la Praça Roosevelt à São PauloPhoto : Luanna Blanc · Wikimedia Commons (CC BY-SA 4.0)
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La dalle plate et les bords de jardinières

Axe central de la place, côté Rua Augusta

Accessible
Ledge béton
Flat propre

Longue dalle dégagée bordée de jardinières basses : le terrain de jeu des ledges et du flat. Les bords sont en béton brut, donc rugueux tant que personne n’a waxé. Idéal pour poser un trick tranquille avant d’aller se frotter à la Skate Plaza.

La première fois que tu débarques par la Consolação, tu ne vois pas un spot : tu vois une place. Des gens qui mangent assis sur le béton, des gamins, des chiens, une odeur d’essence qui remonte du tunnel juste dessous. Et puis tu entends les roues avant de voir la Skate Plaza. Ce bruit-là, sec, qui rebondit entre les tours de vingt étages — c’est le moment où tu comprends que tu es au bon endroit.

Y aller sans se planter

Métro Consolação, ligne verte, tu remontes la rue et tu y es. Le béton public brésilien est rarement lisse : monte en roues 54 mm en 99A plutôt qu’en petites roues dures, tu encaisseras mieux les joints de dalle. Un bloc de wax dans le sac, les bords bruts s’apprivoisent vite. Et prévois du grip de rechange : la poussière du centre-ville bouffe l’adhérence en quelques sessions.

Le bust factor est faible mais pas nul. La Skate Plaza est faite pour ça, personne ne viendra t’embêter dedans. En revanche, les riverains se plaignent du bruit nocturne depuis la réouverture, et ça n’a jamais complètement cessé. Reste dans la zone prévue passé une certaine heure, et le spot restera ouvert pour les suivants.

Aujourd’hui, la Roosevelt n’est pas un musée. C’est le point de ralliement des skatistas paulistas, l’arrêt obligé des tours de marques qui descendent au Brésil, la place dont Luan Oliveira parle face caméra quand on lui demande ce qu’elle représente. Des gamins de treize ans y croisent des types qui roulaient là avant la démolition. La place a changé trois fois de visage. La communauté, elle, n’a jamais changé de trottoir.

Si tu veux comparer avec le scénario inverse — celui où la ville gagne et le spot disparaît — le dossier EMB, le spot qui a forgé le skate moderne raconte exactement l’autre bout de l’histoire.

Tu connais une autre ville qui a reconstruit un spot au lieu de le raser ? Balance le lieu en commentaire ↓

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