Eric Koston — L’homme sans trick signature qui a tout inventé
Le 29 avril, Eric Koston fêtera ses 51 ans. Pas de retraite en vue, pas de nostalgie molle. Juste un gars qui skate pour l’amour du geste — et qui vient de sortir l’un des clips les plus dingues de 2025. Un portrait de l’homme qui a défini le style sans jamais se laisser définir.
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De Bangkok à la Californie
Né le 29 avril 1975 à Bangkok, Thaïlande, d’une mère thaïlandaise et d’un père militaire américain de l’US Air Force, Eric Koston grandit à San Bernardino, Californie. À 11 ans, son frère lui tend un vieux deck. Pas n’importe lequel : une planche Mark Gonzales. Comme un signe du destin.
En 1992, il passe professionnel chez World Industries — la marque de Steve Rocco qui fabrique des légendes à la chaîne. Puis il rejoint 101 Skateboards, où il se distingue par une maîtrise du switch stance qui laisse bouche bée. Des tricks comme le nollie flip noseslide ou le switch kickflip backside tailslide — des combinaisons que personne n’avait osé mettre sur l’asphalte. La rue comme terrain de jeu infini.
Girl Skateboards — 22 ans de loyauté absolue
En 1993, Eric Koston rejoint la toute nouvelle Girl Skateboards, cofondée par Rick Howard et Mike Carroll. Il en devient l’un des piliers absolus pendant vingt-deux ans. Vingt-deux ans. Dans un sport où les careers durent en moyenne dix ans, c’est une éternité.
Avec Guy Mariano, il cofonde également Fourstar Clothing — une marque de streetwear skate qui va habiller une génération entière. Le skateboard comme lifestyle total, pas seulement comme sport. Cette vision, c’est déjà Koston qui la dessine. Le reste du monde ne fera que suivre vingt ans plus tard.
Mouse, 1996 : la part qui a tout changé
Si tu n’as vu qu’une part d’Eric Koston, c’est celle-là. Mouse, la vidéo Girl de 1996, propulse Koston au statut de dieu vivant du skate technique. Cette année-là, Thrasher lui décerne le titre de Skater of the Year — la récompense ultime dans notre monde.
Ce qui frappe dans cette part, c’est l’absence totale d’effort apparent. Koston ne transpire pas. Il exécute. Chaque trick atterrit comme une évidence, avec cette mécanique fluide que les meilleurs skateurs du monde allaient passer des décennies à essayer de copier. Son switch backside flip sur le plat, au début d’une line — c’est une œuvre d’art filmée en 16mm.

Son trick favori déclaré ? Le backside tailslide. Pas le trick le plus spectaculaire, pas le plus difficile en apparence — mais le plus beau à regarder quand c’est Koston qui le fait. Il y a une raison pour laquelle l’article « Eric Koston Has No Signature Trick » existe : parce qu’il les maîtrise tous au même niveau d’excellence. Chaque trick est son trick signature.
EDGLRD et Point Cloud — le retour en 2025
Quand Koston quitte Girl en novembre 2015, après vingt-deux ans, la question brûle : et maintenant ? Nike SB continue de le soutenir. Mais c’est en août 2024 qu’il annonce rejoindre EDGLRD, le projet de Harmony Korine — cinéaste culte, auteur de Kids et de Spring Breakers. La team comprend aussi Sean Pablo. Un rassemblement de personnalités hors-normes.
En mars 2025, EDGLRD sort Point Cloud — un film de skate expérimental mêlant VFX et prises de vue urbaines. La part de Koston y est à la fois familière et étrange. À 49 ans lors du tournage, il glisse sur les ledges avec la même précision chirurgicale qu’en 1996. Sauf que maintenant, c’est entouré d’effets visuels post-apocalyptiques. Le futur et le passé du skate dans le même plan.
Son deck signature EDGLRD — le « Flexerx » 8.38″ — est sorti dans la foulée. La communauté s’est arrachée le board en quelques jours. Preuve que Koston à 50 ans vend toujours autant que Koston à 25 ans.
Pourquoi Koston reste la référence absolue
Il y a une phrase qui résume tout : « I skate for love ». Koston l’a dite dans un clip YouTube de 2025, lors d’une session solo dans un parking de Los Angeles, sans caméra professionnelle, sans sponsor visible. Juste lui, son board et l’asphalte. À 50 ans passés, la même flamme qu’en 1986 quand son frère lui a tendu ce deck Mark Gonzales.
Dans le portrait de Mark Gonzales qu’on a publié ici même, on parlait de poésie sur l’asphalte. Koston, c’est la même chose — mais avec une précision mathématique qui en fait quelque chose d’unique. Gonzales invente le mouvement. Koston le perfectionne jusqu’à ce qu’il devienne invisible.
Le 29 avril, il a 51 ans. On est nombreux à espérer secrètement qu’il nous fera une part d’anniversaire. Parce que certains riders ne vieillissent pas. Ils s’affinent. Et Eric Koston est de ceux-là.
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