En 1999, un jeune Américain en baggy blanc posait ses roues sur les cinq blocs de béton du XIIe arrondissement. Andrew Reynolds kickflippait là où personne n’avait osé, photographié par Mathias Fennetaux. En une image, Paris entrait dans la légende du skate mondial.
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1999 : Le kickflip qui a tout changé
Avant ce saut, Bercy n’était rien de plus qu’un espace de glisse sous une verrière parisienne. Après, c’était un mythe. Andrew Reynolds, sa planche Baker sous les pieds, passe les cinq blocs en kickflip. La photo de Mathias Fennetaux circule dans le monde entier. Paris rejoint la liste des spots canoniques — au même titre que les escaliers de Carlsbad ou les ledges de Pulaski.
Ce n’était pas un hasard. Les blocs du haut avaient commencé à être waxés vers 1994 — quelques kilos de cire de skate appliqués en douce par une bande de gamins du 12e. Quand les fontaines de Bastille ont été anti-skatées fin 1997, toute la scène parisienne a convergé vers Bercy. Paulo, Léo, Galak, Rico, Milouze — une constellation de noms qui ne sortent jamais dans la presse grand public mais que chaque vrai skateux de Paris connaît par cœur.
C’est là que l’histoire du skate français a pris sa forme définitive. Une poignée d’adolescents sous une toiture en zinc, une dalle de béton waxée à mort, et l’ambition muette de faire quelque chose de grand.
La génération qui a grandi là
Deux décennies plus tard, les fils spirituels de cette scène se retrouvent au plus haut niveau mondial. Vincent Milou, champion de France, finaliste SLS, skate encore les spots mythiques de Paris comme s’il refaisait chaque fois le même pèlerinage. Bercy en est l’épicentre. Le sol y garde la mémoire de milliers de sessions — les impacts, les arrachages de skin, les premières vraies lignes.
Le skatepark de Bercy, c’est 800 m² couverts, un des rares spots parisiens praticables par tous les temps. Ce n’est pas seulement un skatepark — c’est un abri. Un endroit où on peut passer quatre heures sous la pluie à se battre contre un trick, sans regarder le ciel une seule fois. Ce genre d’endroit laisse des traces pour la vie.
Deux ans de silence
Printemps 2024. Les barrières se ferment. Le skatepark de Bercy est déclaré vétuste, la structure jugée dangereuse après trente ans d’usure intense. Pour beaucoup de skateurs parisiens, c’est un deuil silencieux. Pas de communication officielle. Juste une grille et un panneau de travaux.
Septembre 2025 : les travaux démarrent. La Ville de Paris s’engage sur une réfection complète — nouvelle dalle, nouveaux modules pensés avec les pratiquants, et une toiture entièrement reconstruite en bois. Une démarche de concertation rare pour un espace public de cette nature. Les skateux locaux ont été consultés sur la disposition des obstacles. C’est inhabituel. C’est bon signe.
Neuf mois de chantier. De l’autre côté de la grille, le béton est nu, les modules démontés, la mémoire mise en sommeil. Mais Bercy ne disparaît pas — il mue.
L’été 2026 — ce que Bercy devient
La réouverture est programmée pour cet été. Le projet prévoit des modules entièrement neufs, un espace spécifique pour les débutants — une vraie nouveauté pour Bercy, traditionnellement territoire des riders confirmés — et cette toiture en bois qui va transformer l’ambiance acoustique du lieu. Les impacts de trucks, les roulements qui crissent, l’écho des chutes. Tout ça va sonner différemment. Mieux, peut-être.
Pour ceux qui veulent se préparer à l’ouverture, des protections de skate restent indispensables sur la nouvelle zone débutants. Les modules promettent d’être plus exigeants que l’ancienne configuration.
Ce qui ne change pas, c’est l’essentiel. Bercy reste couvert. Accessible par tous les temps. Au cœur de Paris, à deux pas des quais de Seine. C’est toujours là qu’on vient quand il pleut sur les autres spots. C’est toujours là qu’on revient, des années plus tard, comme on revient à l’endroit où on a appris quelque chose d’important sur soi-même.
En 1999, Andrew Reynolds a sauté par-dessus cinq blocs et mis Paris sur la carte. En 2026, la ville répond : elle reconstruit. Le mythe continue.
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